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Du Canton de Sales à Notre-Dame-des-Monts
Thème : Société et institutions

Du Canton de Sales à Notre-Dame-des-Monts, 1850-2002

Serge Gauthier. Historien et ethnologue. Président de la Société d’histoire de Charlevoix. La Malbaie, 25 juillet 2002


L’arrière-pays de Charlevoix est un espace morcelé sur le plan territorial. De la paroisse de Sainte-Agnès datant de 1830 sont issues deux autres entités paroissiales : Saint-Aimé-des-Lacs et Notre-Dame-des-Monts érigées sur le plan canonique respectivement en 1942 et en 1947. Dans les années 1940, ce territoire est désigné sous le vocable pittoresque de « la paroisse aux trois églises ».
 
Toutefois, les origines de Notre-Dame-des-Monts sont différentes car cette paroisse est d’abord formée en Canton à partir de terres de la Couronne demeurées vacantes jusqu’alors (Township) , alors que les paroisses de Saint-Aimé-des-Lacs et de Sainte-Agnès sont rattachées à la Seigneurie de Murray Bay créée en 1762. Les anciens de Notre-Dame-des-Monts disent ainsi que leurs terres se trouvent « chez le Roi » plutôt que « chez le seigneur » comme c’est le cas à Sainte-Agnès et à Saint-Aimé-des-Lacs. 
 
Nommé en l’honneur de la famille De Sales Laterrière, seigneur des Éboulements, le Canton de Sales est arpenté pour la première fois en 1853 par l’arpenteur Duberger. Dès le 17 avril 1862, la municipalité scolaire du Township De Sales est constituée. Il y a à ce moment une population de quelques centaines - un peu plus de 200 selon toute probabilité - de résidents permanents dans le Canton De Sales. Cependant, le Canton de Sales n’est alors aucunement érigé en paroisse ou en municipalité et ses habitants relèvent tant sur le plan civil que religieux de Sainte-Agnès.
 
Il faut attendre le début du 20e siècle avant que des résidents de De Sales revendiquent une administration municipale sur leur territoire. En fait, ces paysans très religieux cherchent surtout à obtenir une église dans le Canton De Sales. Ils se trouvent fort éloignés du temple paroissial de Sainte-Agnès et un grand nombre d’entre eux ne peuvent se rendre à la messe dominicale surtout au cours de l’hiver et du printemps alors que les chemins sont fort mauvais. Quelques citoyens de De Sales pensent alors que le meilleur moyen d’obtenir une paroisse religieuse sur le territoire est de revendiquer au préalable une municipalité.
 
L’affaire est prise en charge notamment par deux paroissiens bien décidés à doter leur milieu d’une municipalité. Il s’agit de Joseph Girard et d’Henri Guay, deux agriculteurs du Canton De Sales. Ces deux hommes doivent assumer à leur frais de longs et fréquents voyages en train entre La Malbaie et Québec afin de convaincre les autorités provinciales de consentir à émettre le document officiel de fondation de cette nouvelle municipalité. Il semble bien que les responsables gouvernementaux du temps hésitent à former cette municipalité possédant une petite population d’au plus 500 habitants et dont le développement économique n’est pas assuré. À force de revendications, Joseph Girard et Henri Guay obtiennent en 1935 la création de la municipalité de De Sales. Joseph Girard est alors élu à titre de premier maire de cette nouvelle entité municipale.
 
Les habitants de De Sales n’ont pourtant toujours pas d’église sur leur territoire. Il faudra encore 12 ans de luttes afin que l’Évêque du Diocèse de Chicoutimi consente à créer une paroisse religieuse sur le territoire de De Sales. Dès le début de la décennie 1940, les résidents de De Sales entreprennent pourtant la construction d’une église sur leur territoire. L’Évêque de Chicoutimi, Mgr Georges Melançon n’appuie pas cette démarche et il expédie des directives très précises signifiant que le projet d’établir ce nouveau temple religieux ne recevra pas son appui. Une nouvelle église et une paroisse religieuse existent à compter de 1942 à Saint-Aimé-des-Lacs à environ 5 kilomètres de De Sales, mais la population de ce canton refuse clairement de se rendre à la messe à cette église. Finalement, à bout de ressources, l’Évêque de Chicoutimi consent finalement à reconnaître l’église de De Sales et la paroisse de Notre-Dame-des-Monts est créée en 1947. La même année, la municipalité de De Sales prend le nom de Notre-Dame-des-Monts.
 
Du Canton De Sales à Notre-Dame-des-Monts, cette localité demeure modeste. Elle possède en 2002 environ 950 habitants. C’est une population relativement jeune et selon le recensement canadien de 1996, la moyenne d’âge y est à peine de 36 ans. Par ailleurs, l’économie locale ne s’est jamais beaucoup développée. Si autrefois l’agriculture occupait la plupart des habitants du lieu, cette activité est aujourd’hui presque totalement délaissée. La majorité des travailleurs de Notre-Dame-des-Monts occupent une fonction à l’extérieur de la paroisse. Demeure cependant un irrépressible sentiment de fierté et d’attachement de ses habitants envers cette municipalité et à cette paroisse de Notre-Dame-des-Monts dont l’existence a été gagnée de haute lutte.
 

Bibliographie :

Gauthier, Serge. « Du Canton de Sales à Notre-Dame-des-Monts », Charlevoix, 1, 1, juin 1985, p. 11- 12.
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