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La légende de la Grande Catherine
Thème : Culture

La légende de la Grande Catherine de Baie-Saint-Catherine

Serge Gauthier. Historien et ethnologue. Président de la Société d’histoire de Charlevoix. La Malbaie, 7 août 2002


Joli village situé près de l’embouchure de la rivière Saguenay, souvent mis dans l’ombre de l’historique lieu de Tadoussac, Baie-Sainte-Catherine possède aussi une origine très ancienne. Dès 1603, Samuel de Champlain accoste dans le secteur où il rencontre des représentants de trois nations Amérindiennes. La municipalité de Saint-Firmin de Baie-Sainte-Catherine est toutefois plutôt récente puisqu’elle existe depuis 1903 seulement.
 
Mais, trève de dates historiques, l’anse à Catherine où la Baie-Sainte-Catherine est aussi une terre de légendes. À ce sujet, la forte et imposante Catherine Chamberlain a marqué l’histoire locale. Est-ce un personnage historique? Est-ce simplement une rumeur? Nous ne le savons par trop bien. Mais les gens de Baie-Sainte-Catherine racontent son histoire depuis plus de 150 ans. Certains disent même que c’est en son honneur que le site se nomme Baie-sainte-Catherine. Rien n’est moins sûr. Tout est donc incertain en qui concerne Catherine Chamberlain. Peut-être bien mais son histoire est évocatrice des débuts de la colonisation du village de Baie-Sainte-Catherine.
 
La légende décrit la Grande Catherine comme étant une femme de plus six pieds à la forte carrure. Ses manières avaient tout de celle d’un homme et elle en revêtait parfois les habits. C’est ainsi que Catherine Chamberlain vint d’Angleterre autour de 1850 déguisée en homme, à bord d’un navire où elle servait comme matelot . Il paraît même que la Grande Catherine portait alors une moustache ce qui rendait son allure masculine fort crédible et personne ne remarqua que c’était une femme tout au long du voyage.
 
La Grande Catherine, sans que la raison en soit connue, se fit débarquer dans le secteur de Saint-Siméon soit à Port-aux-Quilles. Reprenant son identité féminine, la Grande Catherine épouse un monsieur Foster de la région mais le mariage ne dure pas longtemps. Catherine Chamberlain se fixe plutôt dans le secteur de Baie-Sainte-Catherine, où elle décide de tenir un hôtel avec pension.
 
Le lien n’avait rien de recommandable. L’hôtel est surtout fréquenté par les nombreux bûcherons du secteur travaillant notamment pour la Compagnie Price. Ces hommes consommaient de grandes quantités d’alcool à l’hôtel de la grande Catherine. Par la suite, la forte dame les gardaient pour la nuit sans craindre leur colère ou leur force physique car la légende raconte « qu’elle était bien plus forte qu’un homme. »
 
Trois voyageurs un peu aventureux apprirent ainsi à leur dépend qu’il n’était pas souhaitable d’importuner inutilement la grande Catherine. En effet, une nuit d’hiver, ces voyageurs en provenance de Tadoussac, décidèrent de séjourner à l’hôtel de la grande Catherine. Celle-ci l’entendait autrement et n’appréciait guère être dérangée en pleine nuit. Avec force, elle cria :
 
- Je vais vous apprendre à déranger les gens honnêtes dans la nuit!
 
Les trois voyageurs eurent si peur devant ce sinistre cri qu’ils se pensèrent en présence de Satan lui-même. Ils en furent quitte pour une bonne frousse et la grande Catherine les invita aussitôt à entrer en s’amusant ferme que cette « bande de poules mouillées » avaient eu peur d’une femme!
 
La moralité de la grande Catherine posait des questions aux responsables de l’Église catholique des environs. Ce n’est toutefois pas l’église ni une quelconque autorité du ciel et de la terre qui fit cesser l’existence de l’hôtel de la Grande Catherine. Celle-ci quitta les lieux de son propre chef, un bon matin et son histoire entra dans la légende. On en parle depuis sans cesse.
 
Rien ne prouve l’existence de la grande Catherine. Ni papier, ni document officiel. Seule en parle, la tradition populaire des gens de Baie-Sainte-Catherine. Mais, si les historiens tiennent peu compte de son existence, les gens du lieu s’amusent encore à considérer Catherine Chamberlain comme une des fondatrices de leur localité et l’histoire continue d’être racontée aux visiteurs nombreux qui séjournent dans le beau village touristique de Baie-Sainte-Catherine.

 
Bibliographie :
Perron-Boulianne, Diane. Baie-Sainte-Catherine à tous vents. La Malbaie, s.é, 1985. 84 pages.
Potvin, Damase, Le tour du Saguenay. Québec, s.é, 1920, p. 61-63. 
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