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Jean-Charles Harvey (1891-1967)
Thème : Culture

Jean-Charles Harvey (1891-1967). Un Charlevoisien d’origine

Serge Gauthier. Historien et Ethnologue. Président de la Société d’histoire de Charlevoix. 27 septembre 2002


Né à La Malbaie le 10 novembre 1891, le journaliste et pamphlétaire Jean-Charles Harvey est donc un Charlevoisien d’origine. De cela, il parlera peu dans ses écrits si ce n’est pour signaler au passage la beauté des paysages de sa région d’origine comme dans le texte suivant :
 
« Dans notre province, c’est sans conteste à partir de la Rivière-du-Loup jusqu’à Percé que se trouvent les plus riches spectacles. Seules quelques côtes de Charlevoix et de la Côte-Nord peuvent soutenir la comparaison... »  (Harvey, Jean-Charles. « La grande poésie de nos plages », Trois-Pistoles, Le Soleil, 39, 209 (6 septembre 1930) : 2.)
 
Jean-Charles Harvey a-t-il sa place dans l’histoire de Charlevoix? Sans doute car cet homme qui s’est battu toute sa vie contre l’ignorance des siens est né dans un milieu où peu de personnes ont accès à l’éducation. En effet, à la fin du XIXe siècle, les jeunes garçons originaires de Charlevoix ne peuvent étudier dans aucun collège donnant des études supérieures à la traditionnelle école de rang. Et encore plusieurs jeunes Charlevoisiens se rendent à peine au diplôme de communion solennelle de la sixième année car les travaux des champs les accaparent et leurs parents ont rapidement besoin de leurs bras pour aider la famille à survivre.
 
Il est permis de se demander comment Jean-Charles Harvey a pu échapper à ce sort? C’est que, comme plus d’une centaine de Charlevoisiens de l’époque, il a pu bénéficier des largesses du député conservateur du temps Rodolphe Forget. L’homme politique et mécène fonde alors à compter de 1907 un pensionnat où sont accueillis tout à fait gratuitement des élèves désireux de prolonger leurs études. Forget fait même venir une communauté de religieuses françaises (les Sœurs de Saint-Louis-de-France) afin de diriger ce pensionnat. Le curé de Saint-Irénée, l’abbé J.O. Perron, s’oppose rapidement à ce projet. Faisant référence au costume des religieuses et à la couleur politique de Rodolphe Forget, l’abbé Perron qualifie les religieuses de « Sœurs bleues »! Le pensionnat ferme ses portes en 1912. Un des plus brillants élèves de ce pensionnat est Jean-Charles Harvey qui obtient un prix d’excellence et se rend étudier par la suite à l’extérieur de Charlevoix grâce à une bourse octroyée par Forget.
 
Toutefois, Jean-Charles Harvey n’est pas par la suite un chaud partisan du parti conservateur et il opte plutôt pour le parti Libéral. Il collabore au journaux et périodiques suivants: La Revue moderne (1921), La Gazette du Nord (1922), Le Soleil (1922-1934), L’Avenir du Nord (1931), Le Canada (1934-1937), L’Ordre (1935 sous la direction d’Olivar Asselin), Le Jour (1937-1946), Le Petit Journal (1953-1967). Esprit libre, Jean-Charles Harvey a maille à partir avec le clergé qui met à l’index son roman intitulé Les Demi-civilisés paru en 1934. La carrière littéraire d’Harvey est importante. Il publie parmi de nombreux titres : l’Homme qui va (Prix David en 1929), Sébastien Pierre (1935), Les filles du silence (recueil de poésies publié en 1958). Jean-Charles Harvey publie aussi des essais remarqués où il fustige le gouvernement de l’URSS (L’URSS paradis des dupes paru en 1946) ou encore marque son engagement fédéraliste (Pourquoi je suis antiséparatiste, 1964). Jean-Charles Harvey meurt en 1967 en l’année du centenaire de la Confédération canadienne. Il est encore actif dans le journalisme à son décès ne prenant aucune retraite de l’écriture.
 
Peut-on se demander si Jean-Charles Harvey se souvenait de son origine charlevoisienne. Une lettre de correspondance privée adressée en 1966 à un citoyen de Saint-Irénée, Pantaléon Bouchard, qui fut son condisciple au pensionnat de Rodolphe Forget nous prouve que le célèbre journaliste regrettait le manque d’éducation des siens et aussi la perte que cela représente pour la communauté. Il écrit à Pantaléon Bouchard : « Il m’est arrivé souvent de penser à lui, au cours de ma carrière et de regretter qu’un cerveau si fort ne pût poursuivre ses études. Mais maintenant je me dis qu’il a bien fait de demeurer fidèle à sa terre, l’une des meilleures de Saint-Irénée. J’ai toujours envié ceux qui sont resté près de la grande nature. Quiconque a vécu dans Charlevoix sait ce qu’est une belle chose. » Jean Charles Harvey est donc un Charlevoisien d’origine et il semble bien qu’il soit demeuré un Charlevoisien de cœur toute sa vie.
 

Bibliographie :

Savard-Boulanger, Sylvianne. « L’un des nôtres: Jean-Charles Harvey, essayiste-polémiste (1891-1967) », Charlevoix, 3, octobre 1986, p. 23-24. 
 
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