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The King's Posts
Thème : Économie

The King's Posts et l’exploitation des fourrures Saguenay, 1760-1842

Camil Girard, Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 30 octobre 2003.


Lors de la Guerre de la Conquête, le général Murray envoie Thomas Ainslie pour évaluer la situation dans les Postes du Roi (King's Posts). Selon son rapport, les bâtiments sont en bonne condition et n'ont subi aucun dommage durant les hostilités. En apparence donc, la guerre n'a pas vraiment affecté le commerce des fourrures au Saguenay. Sous le nouveau Régime anglais, la structure administrative des Postes se modifie quelque peu. Si l'État continue d'affermer le Saguenay dès 1762 pour qu'on y exploite essentiellement un produit, les fourrures, en revanche, les nouveaux locataires des King's Posts sont des Anglais. Autre modification, les locataires anglais préfèrent s'occuper directement de leurs affaires, ce qui élimine souvent les sous-locataires.

Pendant le Régime anglais, nous assistons à une lutte à finir pour le contrôle du commerce des fourrures au Canada. Se situant d'abord au niveau des marchands, le conflit se transpose rapidement à l'échelle de deux grandes compagnies. Créée depuis 1670, la Compagnie de la Baie d'Hudson a de solides appuis en Angleterre, mais elle semble avoir peu d'influence auprès des nouveaux dirigeants qui gouvernent au Canada. Une nouvelle concurrente, la Compagnie du Nord-Ouest, est fondée en 1779 par un groupe de marchands anglo-canadiens dont les principaux représentants sont Benjamin et Joseph Frobisher, Simon MacTavish, John Gregory, Angus Shaw et Roderick MacKenzie. Cette compagnie a de meilleurs appuis politiques au pays, ce qui lui permet de concurrencer la Compagnie de la Baie d'Hudson pendant plus de trente ans au Saguenay.

Ce sont deux marchands anglais de Québec, Thomas Dunn et John Gray, qui obtiennent en 1762, grâce à l'appui du gouverneur Murray, l'exploitation de la traite et de la pêche dans les Postes du Roi (King's Posts) moyennant une location annuelle de 400 livres. Ils gardent, avec quelques associés, William Grant (1763) et Richard Murray (1764), leurs privilèges jusqu'en 1786. Alexander et George Davison, deux marchands de Québec, s'associent alors à l'influent François Baby qui saura user de ses connaissances politiques pour décrocher la location des King's Posts. Quelques années plus tard, Baby vendra ses actions en échange d'une pension de 150 livres qui devra lui être payée pendant la durée du bail. 

Il semble que, dès 1788, les Davison sous-louent les postes du Saguenay à la Compagnie du Nord-Ouest qui est à la recherche de bassins à fourrures pour assurer son expansion. À compter de 1802, cette compagnie acquiert la location directe des postes du Saguenay pour une durée de vingt ans. Ainsi, pendant deux décennies, peut-être trois, les marchands de la Compagnie du Nord-Ouest s'assurent, via la route du Saguenay, une porte d'entrée sur le riche bassin à fourrures de la Baie d'Hudson. 

En 1821, suite à la fusion avec la Compagnie du Nord-Ouest, la Compagnie de la Baie d'Hudson exploite alors le Saguenay puisqu'elle complète le bail de son ancienne rivale qui échoit en octobre 1822. Il faut croire que les propriétaires de la Compagnie de la Baie d'Hudson ne s'intéressent pas, du moins officiellement, à l'exploitation des fourrures dans les Postes du Roi puisqu'ils laissent aller le bail à John Goudie, un marchand et constructeur de navires de Québec. Ce qui surprend, c'est que la compagnie montre d'abord peu d'intérêt au renouvellement du droit de location et, par la suite, cherche à tirer avantage de la traite des fourrures dans les Postes du Saguenay. L'histoire n'a pas encore élucidé cette question.

Après quelques années où le bail change plusieurs fois de main, William Lampson et Moulton Bullock, deux marchands de Boston qui avaient pris le contrôle du bail en 1829 cèdent finalement leurs droits à la Compagnie de la Baie d'Hudson le 13 mai 1831 pour une somme de 25 000 livres Se dessine alors une nouvelle lutte au Saguenay. D'une part, la Compagnie de la Baie d'Hudson, sous le leadership de George Simpson, cherche à maintenir son monopole tant sur le commerce des fourrures que sur le territoire tout entier. D'autre part, un nouvel entrepreneur forestier, William Price, parvient, non sans mal, à ouvrir les King's Posts à la colonisation afin d'y exploiter les pinières. Price développera un nouveau monopole au Saguenay tandis que le commerce des fourrures périclite pour devenir une activité marginale qui se pratique par les Amérindiens dans des territoires de chasse de plus en plus éloignés des lieux de peuplement.

Tant que l'activité économique principale du Saguenay s’est limitée au commerce des fourrures, il n'y a donc pas eu de peuplement pour fins de colonisation. Les postes ont été créés le long de la route des fourrures et les Blancs qui interviennent dans ce commerce sont des employés au service des locataires ou sous-locataires du Roi. Par leur position, ils ne peuvent pas développer pour eux-mêmes un territoire que le Roi, à titre de propriétaire, afferme pour son bénéfice tout en respectant scrupuleusement ses alliances avec les Indiens du Domaine qui exploitent leurs terres ancestrales aux fins du commerce.
      

Bibliographie :

Girard, Camil et Normand Perron. Histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989. 665 p.
 
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