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Les premiers Saguenayens : les Ilnus
Thème : Société et institutions

Les premiers Saguenayens : les Ilnus

Camil Girard, Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 30 octobre 2003

 
Le terme « Montagnais » qui sert à désigner les groupes de l'est du Québec est un mot inventé par les Français. Il signifie " montagnards " et se réfère à l'environnement montagneux dans lequel vivent ces tribus. Pour se désigner eux-mêmes, les Montagnais utilisent le mot Ilnout, qui veut dire littéralement les hommes, le peuple, ou encore Ne-o-no-il-no, qui se traduit par le peuple parfait. Au début du 17e siècle, nous distinguons dans la région du Saguenay et des alentours, trois groupes autochtones : les Montagnais du littoral, les Montagnais de l'intérieur et les peuples limitrophes.

Les Montagnais du littoral

Les Montagnais du littoral se différencient des autres et ont été, de plus, les premiers à avoir des contacts avec l'homme blanc. En plus d'exploiter des réseaux hydrographiques à l'intérieur des terres, ces peuples mettent en valeur les ressources du fleuve. La chasse aux phoques et aux loups-marins, la pêche à l'anguille et à la morue, la cueillette de coquillages sur les berges, voilà qui élargit l'alimentation de ces peuples. Cette exploitation plus ou moins fixe des ressources marines a pu permettre à ces groupes d'accumuler davantage de surplus tout en développant certaines formes de sédentarisation. Le territoire de Tadoussac est occupé par les Tadoussaciens, qui se confondent au 17e siècle avec les Betsiamites, lesquels exploitent la rivière du même nom ainsi que la rive nord du Saguenay et en particulier la rivière Sainte-Marguerite. Les Papinachois vivent dans les environs des rivières Manicouagan, Godbout et Sept-Îles.

Les Montagnais de l'intérieur

Le bassin hydrographique du Saguenay et du Piékouagami (le lac Saint-Jean) est exploité par la tribu Porc-Épic ou Kakouchak qui aurait créé avec d'autres tribus alliées montagnaises un réseau d'échanges. Même s'ils commercent avec les peuples du littoral, les Kakouchaks défendent leur chasse-gardée avec les peuples de Nicabau (Outakouamiouèques), ceux de Mistassini (Mistassinouèques) et de Mouchau Ouraganish (Mouchaouauastiirinouèques).

Les peuples limitrophes

Autour du Saguenay, d'autres peuples apparentés occupent les territoires. Les Montagnais-Attikamèques auraient exploité le bassin hydrographique de la rivière Saint-Maurice à partir des années 1650, peut-être avant. Sans doute que cette nation a pu entrer en compétition à un moment ou à un autre avec les Kakouchaks. Au-delà du grand lac Mistassini et au sud de la rivière Rupert et de la Baie-James se trouve une autre nation algique, les Cris. Au nord-est, les Montagnais-Naskapis exploitent, au rythme des migrations, les hordes de caribous de la toundra. Enfin, limitrophes aux peuples côtiers, en face de l'Ile Anticosti, se retrouvent les Oumamiouèques.

L'économie montagnaise

Toute l'activité économique de l'Amérindien tourne, au début du 17e siècle, autour de la satisfaction de besoins essentiels. Ses deux préoccupations principales consistent à se nourrir et à se vêtir. Pour réussir à vivre en forêt, le Montagnais est en mouvement perpétuel, d'où l'importance qu'il accorde à la fabrication de moyens pour assurer ses déplacements l'année durant. Les premiers Saguenayens ont appris à mettre en valeur l'écorce de bouleau pour la fabrication du canot, ce qui leur assure une mobilité constante pour chasser ou pêcher. 

Pour fabriquer une telle embarcation, il faut au couple amérindien une semaine de travail. L'homme choisit l'écorce avec soin, puis après avoir invoqué la terre et l'esprit de l'arbre, il le dépouille. La charpente de l'embarcation est généralement en cèdre, bois léger et facile à travailler même avec les outils traditionnels. Les parties plus exposées aux chocs sont renforcées de bouleau. Entre des piquets fixés au sol et dessinant la forme du canot, l'écorce est placée, le côté argenté vers le dedans. Les carreaux sont rassemblés avec des racines très fines de pin gris ou d'épinette. L'intérieur est enfin recouvert de languettes de cèdre très minces qui se maintiennent en place en appuyant sur des encoches faites sur les côtés. La femme calfate le tout avec de la résine de conifère à laquelle on ajoute du suif fondu. La longueur du canot varie entre quatre et six mètres et pèse de quinze à trente kilos. Il peut contenir entre 250 et 500 kilogrammes selon les conditions de la navigation et la qualité de la fabrication. 

L'hiver venu, le Montagnais cache son canot et sort raquettes et toboggan. La raquette est fabriquée à partir d'un cadre en bois, de forme ronde ou ovale dont l'intérieur est tressé de peau crue. Cette invention assure les déplacements individuels sur la neige. Quant à la fabrication du toboggan, elle commence par la préparation de fines planches de bouleau d'environ trois centimètres de large par deux mètres de long que le chasseur taille avec sa hache d'os ou de métal. Des planches transversales, placées côte à côte et attachées par des lacets en peau d'animal (babiche), retiennent les pièces principales. La partie frontale est recourbée à la chaleur du feu. Tirée par l'homme ou le chien, le toboggan glisse sur la neige molle sans enfoncer et permet au chasseur de ramener au camp l'orignal ou l'ours tué ou de transporter ses ballots de fourrures.
 
 
Bibliographie : 

Girard, Camil et Normand Perron. Histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989. 665 p.
 
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