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Électricité et l’aluminium
Thème : Économie

Électricité et l’aluminium au Saguenay–Lac-Saint-Jean au début du 20e siècle

Camil Girard, Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 30 octobre 2003

 
Si, au début du 20e siècle, l'implantation de l'industrie des pâtes et papier favorise la mise en valeur de la force hydraulique des cours d'eau, il apparaît rapidement que la capacité de production hydro-électrique du Saguenay–Lac-Saint-Jean dépasse considérablement les besoins de cette seule industrie. Richesse jusque-là inconnue, l'hydroélectricité ou la houille blanche incite le géant américain Alcoa (Pittsburg Reduction Cy qui devient en 1907 Aluminum Company of America) à investir au Canada pour espérer accroître sa production. Mais avant qu'Alcoa ne s'implante définitivement dans la région, il faudra plus de 25 ans d'efforts menés par divers intervenants. 
 
Ce sont de grands capitalistes américains, ce que certains appellent aujourd'hui des « développeurs », qui viendront mettre en valeur les ressources hydro-électriques de la région. Ces derniers s'appuient sur de vastes capitaux et sur des marchés en pleine croissance. En outre, ils ont avec eux des équipes d'experts dont la compétence a été éprouvée dans de vastes projets menés aux États-Unis. Ces capitalistes et industriels se percevaient comme les derniers conquérants de nouvelles frontières sur le continent nord-américain. Si, au 19e siècle, la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean développe son industrie en étroite symbiose avec le capital britannique, au 20e siècle, elle s'intègre de plus en plus à l'économie américaine. Le capital, le marché, la direction, la technologie, le modèle même de l'industrie américaine s'implantent en région éloignée. Les populations locales s'adaptent au nouveau mode de production surtout en tant que force de travail. Sous ce rapport, le Saguenay–Lac-Saint-Jean n'est pas une exception, il est plutôt un cas parmi tant d'autres du développement périphérique canadien et québécois qui s'appuie sur des produits de base ou des ressources naturelles.
 
Willson, Haggin et Scott
 
Il revient à l'inventeur du procédé universellement connu de production de carbure de calcium, Thomas L. Willson (Union Carbide), d'avoir obtenu du Commissaire des Terres, Forêts et Pêcheries du Québec, les premières concessions d'importance en vue d'exploiter les cours d'eau pour la production d'hydro-électricité dans la région. Le 5 février 1900, il achète le réservoir d'aval situé près de Chute-à-Caron dont la capacité est estimée à 270 000 kW. Willson veut utiliser l'électricité pour exploiter une usine d'extraction de carbure à partir de la chaux. Cet inventeur et industriel possède déjà une fabrique de carbure à Niagara Falls, ce qui lui permet de bien évaluer le potentiel de la région. Quant aux élites locales, elles verront d'un bon œil de tels aménagements, puisque ces nouvelles industries pourraient mettre en valeur les vastes ressources régionales : 
 
« Quant à l'énorme force motrice du Saguenay elle pourra actionner les plus grandes pulperies et papeteries du monde entier, à proximité des plus belles essences de pulpe qui existent sur la terre, et fournira des transmissions à distance ou sur place même, à toutes les industries imaginables, à meilleur marché que nulle part ailleurs. La proximité des eaux de marée et du chemin de fer facilitera singulièrement l'expédition des produits manufacturés. »
 
Certaines difficultés forceront Willson à s'installer à Shawinigan où il fonde la Shawinigan Carbide Company. Il abandonne momentanément ses projets au Saguenay. Il tentera à nouveau un démarrage en 1910, mais encore là sans succès.
 
Un autre Américain, L. T. Haggin, achète les droits du site d'Isle-Maligne en 1900. Haggin est associé à l'Oyamel Lumber Company qui est propriétaire d’un moulin à scie à Roberval. Le pouvoir d'eau situé entre les concessions Willson/Haggins revient à Benjamin A. Scott, un entrepreneur de Chicoutimi impliqué dans le développement de l'économie locale. Scott est lui-même partenaire avec Haggin dont il gère le moulin à Roberval. Horace Jansen Beemer, cet autre Américain de Philadelphie qui avait contribué à bâtir l'économie robervaloise dans la dernière décennie du 19e siècle, semble avoir été impliqué tant dans le dossier Haggin que dans celui de Scott. D'ailleurs, l'association Haggin/Scott dans Oyamel ainsi que les rapports toujours étroits entre Beemer et Scott suggèrent une communauté d'intérêts que renforce une longue amitié.
 
 
Bibliographe :

Girard, Camil et Normand Perron. Histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989. 665 p.
 
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