Chania

Gabrielle Roy à Petite-Rivière-Saint-François
Thème : Culture

Les étés qui chantaient. Gabrielle Roy à Petite-Rivière-Saint-François (1950-1983)

Christian Harvey. Historien. Société d’histoire de Charlevoix. La Malbaie, 11 août 2002


« Parce que meurt une peu tous les jours ce qui fait notre joie de vivre, on ne doit pas en détacher d’avance son cœur. » Gabrielle Roy. Cet été qui chantait. 1972.
 
Native du Manitoba, l’écrivaine Gabrielle Roy connaît la célébrité lors de la parution en 1944 de son roman intitulé Bonheur d’occasion. Cet ouvrage reçoit le prix Fémina en France en 1947. Il est aussi traduit en anglais sous le titre The Tin Flute. Par la suite, Gabrielle Roy publie d’autres titres : Rue Deschambault, La petite poule d’eau, La montagne secrète, Ces enfants de ma vie, La détresse et l’enchantement sont parmi ses ouvrages les plus importants. Une partie importante de l’œuvre littéraire de Gabrielle Roy a été écrite dans Charlevoix, plus précisément dans la localité de Petite-Rivière-Saint-François où la célèbre auteure possède un petit chalet où elle réside durant plus de 25 étés. 
 
Gabrielle Roy connaît Charlevoix depuis le milieu des années 1940, alors que journaliste elle se rend dans cette région afin de produire des reportages. Au début des années 1950, en compagnie de son époux le docteur Marcel Carbotte, Gabrielle Roy se lie d’amitié avec des artistes comme Jean-Paul Lemieux et René Richard résidents de Charlevoix ou encore avec Madeleine Chassé et Madeleine Bergeron (les deux Madeleine comme Gabrielle Roy les désigne) aussi très attachées au milieu charlevoisien. Gabrielle Roy habite alors à Québec et elle choisit de séjourner l’été dans Charlevoix. Gabrielle Roy effectue d’abord des séjours dans des hôtels de la région: le Belle- Plage à Baie-Saint-Paul, la pension des sœurs Bouchard à Port-au-Persil. Puis, vers 1954, ayant découvert le site grâce à Jean Palardy et Jori Smith qui y habitaient, Gabrielle Roy se fait construire un chalet à Petite-Rivière-Saint-François.
 
Le chalet de Gabrielle Roy à Petite-Rivière-Saint-François est très modeste. Une petite cuisine, une chambre où se trouve un lit simple et, à l’extérieur, la vue imprenable sur le fleuve avec une balançoire où Gabrielle Roy s’assoit afin de contempler l’impressionnante nature qui l’environne. Les séjours de Gabrielle Roy à Petite-Rivière-Saint-François sont des temps forts pour l’écriture. À partir de 1955, la majeure partie de l’œuvre e Gabrielle Roy est rédigée à Petite-Rivière-Saint-François.
 
Les séjours de Gabrielle Roy à Petite-Rivière-Saint-François sont sous le signe de la belle amitié que l’auteure développe avec Berthe Simard, une de ses voisines. Berthe Simard se préoccupe beaucoup de son amie Gabrielle et lorsque celle-ci écrit trop longuement, celle-ci lui apporte de la nourriture et un peu de délassement. Berthe Simard et Gabrielle Roy font ainsi de pittoresques promenades sur le chemin de fer côtoyant la Petite-Rivière-Saint-François et comme l’écrit la romancière: « Nulle part au monde je n’ai connu chemin de fer plus tranquille ». Cette marche quotidienne sur la voir ferrée avec Berthe Simard est l’une des activités préférées de Gabrielle Roy avec sa participation à l’étonnante messe aux alouettes célébrées dans la petite chapelle d’un prêtre originaire du secteur. Gabrielle Roy raconte ses séjours à Petite-Rivière-Saint-François dans un magnifique recueil littéraire intitulé Cet été qui chantait.
 
Mais, le travail littéraire incessant de Gabrielle Roy n’est pas sans affecter progressivement la santé de la grande romancière. Au début de l’année 1983, faible et malade, elle souhaite quand même se rendre à Petite-Rivière-Saint-François pour l’été. Selon Berthe Simard, Gabrielle Roy déclare même : « je veux mourir ici à Petite-Rivière... ». Elle se rend quand même à Petite-Rivière en juillet 1983. Elle y demeure peu de temps avant d’être transportée d’urgence à Québec où elle meurt à l’âge de 74 ans. Depuis ce temps, le souvenir de Gabrielle Roy est constamment associé à Petite-Rivière-Saint-François. Son chalet est même devenu une résidence pour des écrivains. En 1975, à l’occasion du tricentenaire de Petite-Rivière-Saint-François, Gabrielle Roy a écrit un texte demeuré presque inédit et qui témoigne de son amour immense pour cette localité où elle passa de si nombreux étés qui chantaient:
 
« En cette année qui marque le tricentenaire de l’arrivée sur notre sol de Claude Bouchard, fondateur de ce village, notre père à tous, gens de Maillard, gens de Petite-Rivière-Saint-François, gens de grande-Pointe, et même père adoptifs d’étrangers en quelque sorte, comme moi, venue de très loin pour passer parmi vous mes plus heureux séjours d’été... »
 
Bibliographie :

Bluteau, Marc-André. « Gabrielle Roy en Charlevoix ». Charlevoix, 1, 2, avril 1986, p. 2-8.
Roy, Gabrielle. Cet été qui chantait. Québec, Éditions françaises, 1972. 207 p.
Les livres de Gabrielle Roy sont publiés notamment chez les éditeurs suivants : Boréal et Éditions Stanké.
 
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