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Travailleurs forestiers et syndicalisation
Thème : Économie

Travailleurs forestiers et syndicalisation au Saguenay–Lac-Saint-Jean

Laurie Goulet, Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 30 octobre 2003

 
Dans la région, plusieurs générations d’habitants ou de cultivateurs ont été appelées à travailler en forêt durant la saison hivernale afin de gagner de l'argent. La syndicalisation des travailleurs forestiers a été un très long processus. Il faut dire que la majorité d’entre eux ont été longtemps des agriculteurs pour qui le travail en forêt était une activité complémentaire.
 
Jusque dans les premières décennies du 20e siècle, la majorité des travailleurs forestiers sont donc des agriculteurs. Cette situation peut expliquer pourquoi la première organisation à défendre les droits des travailleurs forestiers a été l'Union catholique des cultivateurs (UCC). En 1934, une section spéciale est créée pour ces travailleurs dont on veut améliorer les conditions de vie et de travail. L’UCC demande en particulier des salaires plus décents et une diminution du nombre d’heures de travail.
 
La première reconnaissance syndicale est obtenue dans la région en 1952 et implique la Compagnie Price Brothers. Rapidement, d’autres compagnies doivent composer avec les revendications de leurs employés qui exigent à leur tour une convention collective. Mais le climat est difficile et les compagnies forestières défendent leurs droits, en particulier sur la gestion et l’embauche du personnel. Le syndicat doit parfois siéger devant la Commission des relations ouvrières et rédiger des demandes au ministère du Travail afin de défendre ses causes. Finalement, salaires, conditions de travail et niveaux de productions seront fixés par conventions collectives. Dans les années 1960, le syndicat regroupe près de 3 000 travailleurs forestiers sur un total de 10 000 pour l'ensemble de la région.
 
En 1962, une grève éclate dans la région. Les travailleurs forestiers affrontent la compagnie Price Brothers et la Domtar Corporation. La Fédération de l'UCC appuie les revendications de ces travailleurs. Les discussions sur la convention collective durent jusqu'en 1968. Les partis ne s’entendent pas sur la libre circulation des personnes d’une concession forestière à l’autre. Les compagnies affirment que les concessions forestières leur appartiennent en exclusivité et que seules les personnes autorisées peuvent s'y rendre, ce que réfutent les travailleurs forestiers.
 
Afin de faire respecter les ententes conclues avec l'entreprise, des comités de surveillance sont mis en place. En plus de s'occuper des conditions de travail, l'UCC se charge de régler entre autres les problèmes relatifs aux accidents de travail et aux griefs. En 1980, des travailleurs forestiers s'affilient à la Fédération des travailleurs forestiers du Saguenay—Lac-Saint-Jean. Ce regroupement compte 850 membres qui, pour la majorité, sont des employés de la compagnie Abitibi-Price. Les autres travailleurs forestiers préfèrent s’affilier au Syndicat des métallos, qui est une section de la Fédération des Travailleurs du Québec (FTQ), ou à la Centrale des Syndicats nationaux (CSN). 
 
C’est peu à peu que les travailleurs forestiers, comme corps de métier, ont acquis leurs lettres de noblesse. La syndicalisation a permis une amélioration progressive des conditions de vie et de travail des forestiers. Le bûcheron d’autrefois est devenu un professionnel du travail en forêt.
 

Bibliographie :

Côté, Dany. Histoire de l'industrie forestière du Saguenay–Lac-Sain-Jean, Alma, Société d'histoire du Lac-Saint-Jean, 1999. 349 p. 
Couet, Jean-Marie. La Fédération de l'UPA du Saguenay–Lac-Saint-Jean, album souvenir 1930-1980, Chicoutimi, Union des Producteurs Agricoles, 1980. 88 p. 
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