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La mobilité ouvrière à Kénogami
Thème : Économie

La mobilité ouvrière à Kénogami entre 1912 et 1942

Gervais Tremblay, Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 30 octobre 2003

 
La ville de Kénogami a été créée en 1912 par la compagnie Price. Contrôlée par l'entreprise, soumise aux décisions civiles et administratives, la ville de Kénogami reproduit les volontés de l'industrie qui la fait vivre. Dans son action, la compagnie cherche à créer un environnement apte à garder ses employés au sein de l'entreprise. Elle tend également à minimiser le roulement de la main-d'œuvre et les coûts qui s'y rattachent. C'est donc cette capacité d'attirer et surtout de retenir les travailleurs qui explique l'impact du phénomène industriel sur la dynamique de la population régionale. 
 
Nous constatons au départ une relative diversité dans l’origine des individus venus travailler à Kénogami. Pour plusieurs d'entre eux, il s’agit d'une immersion culturelle dans la communauté canadienne-française saguenayenne. C’est par ailleurs d'une mobilité essentiellement individuelle. Nous sommes également en présence d'une forme de mobilité où le rôle de l'industrie comme pôle attractif n'est pas nécessairement suivi par un enracinement des individus. Les travailleurs continuent à se déplacer, la forte proportion d'emplois de courte durée confirmant cette allégation. 
 
L'embauche durant les années 1922 à 1931 est caractérisée par une présence relativement courte des individus dans l'entreprise, indiquée par le fait que 55 % de l'ensemble des nouveaux employés quittent durant la première année. À travers les rythmes d'embauche et de départ des employés se profile l'influence des fluctuations économiques. D'ailleurs, les départs involontaires, particulièrement les mises à pied, représentent plus de la moitié des causes de départ. Les années 1923-1927, en particulier, correspondent à l'arrivée de travailleurs d’origines ethniques diverses à l'usine de Kénogami, ce qui contribue peut-être aussi à expliquer le phénomène.
 
L'analyse de la structure par âges à l'embauche montre l'importance du groupe des 20-24 ans avec 26 %, suivi des individus âgés de 19 ans et moins avec 2 %. Les nouveaux employés ont relativement jeunes : 53 % des individus sont célibataires à leur embauche, avec un âge moyen de 23 ans, contre 34,3 ans pour les individus mariés. Sur le plan familial, 48 % des individus mariés déclarent ne pas avoir d'enfants lors de l'embauche. Les autres ont une moyenne de 3,6 enfants par famille. L'analyse selon le nombre d'enfants par famille montre, ce qui était prévisible, que leur nombre augmente en fonction de l'âge des individus. Ainsi, les familles les plus nombreuses se retrouvent parmi les individus âgés de 40 ans et plus, groupe dans lequel nous avons constaté que 42 % des chefs de famille ont quatre enfants ou plus, comparativement à 17 % seulement pour les autres chefs de famille. 
 
Les travailleurs Canadiens-Français sont les plus nombreux (80 %). Le reste se répartit entre les individus originaires d'Europe. L’on y remarque une représentation relativement importante de travailleurs d'Europe de l'Ouest, France et Angleterre et du Nord, Suède et Finlande. Certains travailleurs proviennent des États-Unis. Parmi les travailleurs canadiens provenant de provinces autres que le Québec, la majorité sont originaires du Nouveau-Brunswick. Au Québec, en excluant la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, la région administrative la plus fortement représentée est celle de la Gaspésie/Iles-de-la-Madeleine avec 28 % de l'échantillon, suivie de la région de Québec (incluant la sous-région de Charlevoix). La région de Montréal fournit 13 % du contingent de travailleurs. Enfin, comme on pouvait s’y attendre, la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean est la plus fortement représentée avec 42,4 % de l'ensemble des travailleurs. Pour les deux tiers, ceux-ci habitent le Haut-Saguenay et le reste vient du Lac-Saint-Jean. 
 
En conclusion, la mise en place de l’industrie des pâtes et papier dans la région a favorisé la venue de travailleurs issus de cultures diverses tout en favorisant une plus grande mobilité chez les jeunes de la région.

 
Bibliographie :

Tremblay, Gervais. Profil sociodémographique des travailleurs de la compagnie Price de Kénogami, 1912-1942, UQAC, mémoire présenté à l'Université du Québec à Chicoutimi comme exigence partielle de la Maîtrise en Études Régionales, 1999. 121 p.
 
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