Chania

Les liaisons routières
Thème : Économie

Les liaisons routières à l’extérieur du Saguenay–Lac-Saint-Jean

Camil Girard et Laurie Goulet, Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 2003


Pendant le 19e siècle dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, la voie maritime est la plus fiable pour communiquer avec les autres villes du Québec. Le 20e siècle et ses inventions apportent de grands changements dans le secteur des transports. Grâce aux automobiles, aux camions et aux autobus les distances sont parcourues plus rapidement. Il faut cependant que les routes soient adaptées à ces moyens de transport.
 
C’est en 1924 que la première automobile effectue le trajet Québec-Chicoutimi. Le voyage dure cinq jours, ce qui peut donner un aperçu des piètres conditions routières en vigueur à cette époque. Il en est ainsi pour plusieurs autres chemins communiquant avec l’extérieur de la région. Pour se rendre dans les environs de Charlevoix, de la Côte-Nord ou dans les grandes villes comme Québec et Montréal, les routes sont peu nombreuses et surtout peu carrossables. Plusieurs demandes sont adressées aux gouvernements qui se succèdent mais les temps de réalisation sont considérables. Les demandes sont formulées pendant les années 1920 et 1930, alors que la concrétisation des projets survient seulement dans les années 1940-1960 et même 1970. 
 
Voici un exemple frappant : la route 155 reliant Roberval à La Tuque a pris beaucoup de temps à se concrétiser. On retrouve des articles et des demandes pour la construction de cette route dans les journaux à partir de 1926 jusqu’en 1976. Les gens de La Tuque font part de leur projet aux gouvernements qui ne bougent pas dans le dossier. Les compagnies forestières Consolidated Paper et International Paper en ont assez de cette situation et décident de financer le projet au cours de l’année 1957. C’est donc sous l’initiative de ces deux compagnies privées si la route 155 est réalisée. Enfin, l’asphaltage de cette route est effectué dix ans plus tard. Pour ce qui est des autres tronçons routiers, les ressources financières proviennent majoritairement des gouvernements provinciaux et fédéraux. Quant à la route 169 qui va de Québec jusqu’à Hébertville, son asphaltage date de 1948, mais les gens l’empruntaient déjà depuis la fin du 19e siècle. Le tronçon reliant Chicoutimi à Tadoussac et par le fait même la Côte-Nord, est réalisé pendant les années 1960 pour se terminer en 1967.
 
La Réserve faunique des Laurentides ou plus couramment appelé le Parc des Laurentides, est ouvert à la circulation en 1948. Les demandes de la population, particulièrement du Lac-Saint-Jean, se font entendre dès le milieu des années 1920, mais les travaux d’arpentage ont pris forme seulement vingt ans plus tard. Les premiers véhicules à emprunter ce trajet sont les autobus qui transportent les passagers d’une région à l’autre. Plusieurs réfections ont été effectuées depuis sa construction, dont des travaux d’élargissement de la chaussée réalisés en 1975. L’année suivante, un projet d’une autoroute à quatre voies est élaboré et deviendra réalité au cours des années 2010.
 
Dans les années 1950, l’ouverture de la ville minière de Chibougamau provoque aussi un grand besoin de route moderne pour se rendre à cet endroit. Sa construction date de 1949 et son asphaltage est effectué seulement en 1975. Pendant cette période, plusieurs réparations ont été nécessaires pour que les routes demeurent en bon état. Ce nouveau marché nordique favorise l’essor des sociétés de camionnage pendant les années 1950. En effet, plusieurs compagnies naissent au Saguenay–Lac-Saint-Jean pour permettre le transport des marchandises et matériaux : Roberval Express, Harvey Transport, Tremblay Express, Déménagement Joron et Hamel Transport. 
 
La réalisation de ces routes favorise aussi la création de compagnies de transport en commun qui effectuent des liaisons avec quelques villes situées à l’extérieur de la région. En 1926, Odilon Crevier achète toutes les parts de ses associés et devient propriétaire de La Compagnie d’Autobus et Taxis Limitée. Dès 1930, un service d’autobus relie Chicoutimi à la région de Charlevoix (Saint-Siméon et La Malbaie). Quatre ans plus tard, la compagnie dessert Saint-Urbain et se rend jusqu’à Québec. En 1939, la compagnie possède dix autobus et douze taxis et deux ans plus tard, Crevier est propriétaire de plus de quarante autobus. C’est seulement en 1952 que la compagnie régionale étend son réseau vers Montréal en passant par Québec et Trois-Rivières. Précisons toutefois que la sous-région du Lac-Saint-Jean est moins bien desservie par les autobus. 
 
Même si la région s’équipe tardivement en bons chemins et en liaisons avec l’extérieur de la région, son développement se concrétise assez rapidement. L’aide financière du gouvernement tarde à arriver, ce qui ralentit les volontés de la population régionale. Il faut attendre les années 1950 et 1960 pour que le réseau se complète vers les grandes villes comme Québec ou vers l’arrière-pays plus nordique, pensons ici à Chicougamau ou à la Côte-Nord, via la route Saint-Anne-Tadoussac.
 
Encore aujourd’hui, des demandes prennent forme pour l’amélioration ou la création de nouvelles liaisons, mais le processus de réalisation reste encore très lent et trop lié aux aléas de stratégies de parties politiques qui cherchent à se faire élire.


Bibliographie : 

Girard, Camil et Normand Perron. Histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989. 665 p.
Rondeau, Chantale. « Brefs historiques de diverses routes de la région », Saguenayensia, vol. 40, no 4, octobre-décembre 1998, p. 19-24.
 
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