Chania

Ouverture d'une région à la colonisation
Thème : Société et institutions

Les pressions pour ouvrir le Saguenay–Lac-Saint-Jean à la colonisation au début du 19e siècle.

Camil Girard et Laurie Goulet, Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 2003


On peut comprendre que des actions posées en Europe peuvent avoir de grandes répercussions sur des territoires comme le Saguenay qui, au début du 19e siècle, est un territoire occupé par les Montagnais. Les forêts inexploitées de pins, une ressource naturelle recherchée sur les marchés de l’Empire, feront l’envie des industriels de l’époque comme William Price ou des populations comme celles de Charlevoix où les terres agricoles ne sont plus disponibles pour les jeunes issus de familles nombreuses. 
 
La France empêche sa rivale d’avoir accès à ses colonies d’Europe dont celles de la mer Baltique, riche en bois. De ce fait, l’Angleterre se voit privée de plusieurs matières premières dont le bois qui lui est indispensable pour la fabrication de navires. La métropole anglo-saxonne se tourne vers le Canada, riche en matière ligneuse. Ce sont des régions comme le Saguenay et le Lac-Saint-Jean que le gouvernement songe, dès les années 1820, à ouvrir à la coupe forestière.
 
La région du Saguenay–Lac-Saint-Jean a longtemps été un territoire fermé au peuplement, car aucun colon ne pouvait venir y exploiter les terres ni les ressources naturelles à l’exception des fourrures. Le territoire est identifié au Domaine du Roi réservé à la traite des fourrures (Traite de Tadoussac). Créé en 1652, ce territoire s’appuie sur les terres ancestrales des Indiens qui agissent comme pourvoyeurs auprès des agents des postes, afin d’assurer le commerce. Des compagnies privées obtiennent le monopole du commerce des fourrures sur l’ensemble de la Traite de Tadoussac. 
 
Cependant, vers le milieu du 19e siècle, certains évènements apportent des changements et font varier la vocation de la région. Outre les besoins des économies impériales pour le bois, les vieilles terres agricoles sont surpeuplées dans des régions comme Charlevoix ou le Bas-Saint-Laurent ou la Côte du Sud, ce qui incite les leaders locaux à ouvrir de nouvelles terres pour installer les enfants. Les autorités cléricales prônent la pratique de l’agriculture et le retour à la terre pour contrer les départs des jeunes vers les villes ou les Etats-Unis. Le gouvernement participe aussi à ce mouvement en menant des enquêtes auprès des populations sur l’opportunité d’ouvrir développe de nouvelles terres à la propriété afin de pratiquer la coupe du bois et l’agriculture.
 
Par ailleurs, certains événements font en sorte que des personnes exigent l’ouverture de régions, en périphérie des grands centres urbains, pour installer les jeunes sur des terres agricoles. Une pétition, signée par des gens de Charlevoix, prend forme le 4 avril 1829. Cette liste de 254 signataires demande l’ouverture des terres du Saguenay et du Lac-Saint-Jean à des fins d’exploitation agricole. Leur requête se concrétise en 1838, année où un groupe de colons part en direction du Saguenay afin d'y évaluer le potentiel forestier.
 
En 1842, le contrat de la Compagnie de la Baie d’Hudson doit être renouvelé. Le gouvernement du nouveau Canada-Uni décide d’apporter de grands changements. Il laisse le monopole du commerce des fourrures à la Compagnie, mais il permet désormais l’établissement de colons dans la région tout en se gardant le droit d’accorder des parcelles de forêts à des entreprises ou des intérêts privés. Cela concrétise les demandes de la population. 
 
C’est ainsi que commence l’installation permanente des Blancs sur le territoire du Saguenay et du Lac-Saint-Jean actuel. Les gens qui viennent s’établir dans la région sont propriétaires de leurs terres qui ne sont pas louées, mais bel et bien concédées. Une nouvelle aventure débute pour ces colons qui quittent une relative sécurité pour aboutir dans une région où tout est à faire.
 
 
Bibliographie :

Girard, Camil et Normand Perron. Histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989. 665 p.
Anonyme. « Requête demandant la colonisation du Saguenay », Saguenayensia, vol. 5, no  2, 1963, p. 39-45.
 
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