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Val-Jalbert, un village industriel
Thème : Économie

Val-Jalbert, un village industriel, symbole de modernité au début du 20e siècle

Laurie Goulet. Groupe de recherche Histoire (GRH).Université du Québec à Chicoutimi. 2003

 

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, Val-Jalbert est très populaire auprès des touristes. Mais ce village rappelle aussi une époque pas si lointaine, celle des débuts de l’industrialisation de la région. Il est fondé en 1901, à la suite de la construction d’une usine de pâtes à papier. Commençons par faire un bref historique de la municipalité avant de décrire les services qui sont offerts dans cette petite ville où tout est planifié.
 
Ouiatchouan (rivière où l'eau tourbillonne) a été le premier nom de cette municipalité jeannoise. Son appellation provient du nom amérindien de la chute auprès de laquelle a été construite l’usine par l’entrepreneur, Damase Jalbert. Cet industriel canadien-français, né à Cap-Saint-Ignace, revient au Canada après avoir participé à l'exploitation et à la livraison de bois en Amérique du Sud. Il exerce quelques temps la profession de marchand général à Kamouraska, dans la région de la Côte-du-Sud. En 1885, il s'installe à Métabetchouan pour y opérer une fromagerie et un magasin général. Peu à peu, il tourne ses préoccupations vers l'industrie forestière. Il ouvre un magasin général et une scierie au Lac-Bouchette, ce qui lui permet d'embaucher 150 personnes. Jalbert décide en 1901 d’acquérir des terres autour de la rivière Ouiatchouan afin d’y construire une usine de pâtes à papier. La Compagnie de pulpe de Ouiatchouan naît la même année. La majeure partie des capitaux investis provient de petits investisseurs locaux. 
 
À la mort de Jalbert en 1904, la compagnie est achetée par un Américain puis revendue à Julien-Edouard-Alfred Dubuc en 1907. Fort de l’expérience acquise dans les usines qu’il opère déjà à Chicoutimi, Dubuc constate que les finances de l'entreprise sont en mauvais état. C’est à Dubuc que l’on doit de dresser un plan structuré de la ville tel qu’on le connaît encore aujourd’hui dans le site patrimonial qui a été créé pour le plus grand plaisir des touristes. Il rebaptise l’endroit en lui donnant le nom de son fondateur, Val-Jalbert. Malheureusement, la surproduction provoque une baisse des opérations en 1924 et force la fermeture de l’usine en 1929. Le propriétaire à ce moment est nul autre que William Price, un homme d’affaires actif partout dans la région, celui-là même qui a récupéré en douce une part importante des actifs de Dubuc après la faillite de 1922.
 
Sur le plan religieux, la ville a longtemps fait partie de la mission de Roberval. Son statut de paroisse a été accordé en 1911, dix ans après la construction de l’usine. La majorité des habitants de Val-Jalbert, pour ne pas dire la totalité, travaille à l’usine. C’est un village-industriel type. Les ouvriers et leurs familles profitent d’innovations en ce qui concerne les services publics. L’usine fournit l’électricité pour l’entreprise, pour le village de Val-Jalbert ainsi que pour Chambord, une municipalité voisine. Un système d’aqueduc est mis en place et financé par la Compagnie afin d’assurer une protection contre les incendies. Cela permet du même coup l'instauration d'un système d’eau courante à domicile. Les égouts traversent entièrement la ville, ce qui permet à chaque maison de posséder son propre cabinet d’aisance. Finalement, vers la fin des années 1920 toutes les habitations possèdent l’électricité et certaines peuvent profiter du téléphone. Peu de municipalités peuvent rivaliser avec Val-Jalbert au point de vue des services de consommation pour l’époque.
 
Val-Jalbert progresse très rapidement comparativement aux autres localités de la région. La compagnie de pâte investit dans les infrastructures ce qui permet au village de demeurer actif pendant près de trente ans. Tous les services liés à la modernité sont en place, qu’il s’agisse de l’hôtel, de la boucherie, du corps de police ou du bureau de poste. La localité dispose d’une école en 1915 avec l’érection de la municipalité scolaire. Les Sœurs Notre-Dame du Bon-Conseil prennent en charge l’éducation des enfants. En ce qui concerne le chauffage, il y a deux possibilités : le poêle à bois ou la fournaise à charbon. La compagnie fournit les rebus de bois à ceux qui le désirent.
 
Finalement, Val-Jalbert incarne le village planifié par un entrepreneur industriel qui entoure son entreprise de familles qu'il encadre. Il représente le parfait modèle de ville-usine caractéristique de la première moitié du 20e siècle. Le village prend forme autour de l’usine et tous les secteurs de la vie y sont reliés. On compte d’autres exemples de ces villes industrielles dans la région, dont Dolbeau, Arvida et Kénogami.
 
 
 
Bibliographie :

Cossette, Maurice. « J'ai vécu Val-Jalbert... en passant le pain », Saguenayensia, vol. 18, nos 3-4, p. 73-79.
Bouchard, Russel. Val-Jalbert : un village-usine au royaume de la pulpe, Chicoutimi, Société historique du Saguenay, 1986. 42 p. 
 
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