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La Fromagerie Albert Perron
Thème : Économie

Au Lac-Saint-Jean, la Fromagerie Albert Perron est un symbole de qualité depuis plus de 110 ans

Laurie Goulet, Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 2003


Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, l'industrie fromagère a longtemps dominé l'économie agricole. À la fin du 19e siècle, plusieurs fromageries ouvrent leurs portes partout sur le territoire. Au Lac-Saint-Jean, Adélard Perron fonde une fromagerie qui existe encore de nos jours au sein de la municipalité de Saint-Prime. La réputation de cette entreprise n'est plus à faire au plan international car le Royaume-Uni est leur principal acheteur cheddar renommé depuis plus d'un siècle. Voyons le cheminement parcouru par les Perron depuis la fondation de la fromagerie familiale.
 
En 1882, Adélard Perron débute sa carrière comme apprenti-fromager dans la région de Charlevoix, d'abord à Saint-Fidèle, puis à La Malbaie. Sept ans plus tard, il vient travailler à Saint-Prime, au Lac-Saint-Jean, dans une petite fromagerie locale. Il repart à Charlevoix, mais revient en 1890 avec la ferme intention d'acheter le commerce en question. Il fonde ainsi la Fromagerie Perron. Quatre ans plus tard, il décide d'acquérir un nouveau terrain afin de construire un établissement pour son entreprise. Au début du 20e siècle, Adélard devient inspecteur des fabriques de beurre et de fromage au Lac-Saint-Jean. Comme il doit s'éloigner de temps à autre, il engage du personnel afin de continuer la production de cheddar. En 1905, les deux enfants d'Adélard, Johnny et Joseph, qui travaillent régulièrement au sein de la fromagerie, vont étudier et obtiennent leur certificat de fabricant de fromage et de beurre. 
 
En 1917, Johnny hérite de l'entreprise de son père où il y travaillera durant trois ans. Pendant ce temps, il instaure un nouveau produit : l'entreprise fabriquera désormais du beurre. La fromagerie devient ainsi une fabrique combinée (fabrique où l'on produit à la fois du beurre et du fromage). Johnny décide également d'agrandir le bâtiment d’origine en ajoutant un second étage afin de pouvoir y loger sa famille. 
 
En 1920, l'entreprise change de propriétaire, Joseph acquiert la fromagerie familiale. Dès que ses enfants atteignent l'âge de cinq ans, Joseph les fait travailler dans la fromagerie. Ainsi, jusqu'à l'adolescence, le père lègue son savoir-faire d'une façon progressive à ses enfants. La recette familiale du cheddar circule donc d'une génération à l'autre. Sur les cinq enfants de Joseph Perron, quatre d'entre eux obtiendront leur certificat de l'École de laiterie, alors que le dernier se consacre plutôt à l'agriculture. Albert Perron, un des fils de Joseph, part en 1939 pour Montréal afin de suivre, comme ses prédécesseurs, des cours concernant la classification du fromage. 
 
En 1950, le propriétaire décide de construire une deuxième salle de fabrication, deux bassins à fromage supplémentaires ainsi qu'une presse. Joseph Perron décède en 1960 et son épouse, Marie Lamontagne, hérite de l'entreprise. Trois ans plus tard, c'est Albert Perron qui prend la relève. Celui-ci décide de moderniser la fromagerie en 1968 et il choisit de la construire sur le terrain voisin. L'année suivante, Albert incorpore la compagnie sous le nom de Fromagerie Albert Perron. Depuis cette année-là, l'entreprise récolte plusieurs prix, qu'ils soient régionaux, nationaux ou internationaux. Jean-Marc Perron, le fils d'Albert continuera la longue tradition familiale. Il est diplômé de l'Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe. La Fromagerie Albert Perron demeure aujourd'hui la seule entreprise privée qui exporte encore du cheddar en Angleterre. Elle emploie actuellement environ une trentaine d'employés.
 
Aujourd'hui, il reste trois fromageries qui desservent le marché régional. Au début du 20e siècle il en était tout autrement. La Fromagerie Perron représente un bel exemple d'adaptation aux différentes époques. La famille a su s'adapter aux conditions changeantes du marché. Elle se démarque également par la continuation d'un héritage relié au savoir-faire traditionnel et familial et cela pendant quatre générations, de pères en fils.
 


Bibliographie : 

Fournier, Lise. La Fromagerie Perron de Saint-Prime, Québec, Les Publications du Québec, 1995. 48 p. 
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