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Production de bleuets et de pommes de terre
Thème : Territoire et ressources

La production de bleuets et de pommes de terre au Saguenay–Lac-Saint-Jean

Laurie Goulet, Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 2003

 
Certaines productions agricoles, dont le bleuet et la pomme de terre, contribuent au développement de l'économie agricole du Saguenay–Lac-Saint-Jean. L'exploitation de ces ressources se pratique depuis l'ouverture de la région au milieu du 19e siècle. Cependant, l'avènement du 20e siècle apporte une plus grande structuration des techniques d'exploitation et une commercialisation croissante. 
 
L'industrie du bleuet a beaucoup évolué depuis le milieu du 19e siècle. En effet, à cette époque, les bleuets sont récoltés par les cultivateurs et leurs familles qui les vendent à des marchands. L'argent récolté est investi dans la ferme familiale. Au début du 19e siècle, les techniques de récolte n'ont pas encore évolué, on ramasse les petits fruits par une cueillette de ceux-ci dans les bois. Dans les années 1940, la popularité du bleuet augmente aux États-Unis, une hausse des prix est reliée à ce phénomène. L'importance des revenus porte à la concrétisation de projets industriels : on assiste ainsi à l'instauration d'une coopérative à l'Ascension et d'une usine de congélation à Saint-Bruno (Lac-Saint-Jean), ainsi qu'à un projet d'une usine de déshydratation à Dolbeau. À cette époque, la production annuelle varie de un à cinq millions de kilos. De plus, en 1945, les revenus du bleuet sont légèrement plus élevés que l'industrie fromagère: les bleuets rapportent 2 808 762 $, alors que le fromage rapporte 2 231 579 $.
 
Une forte concurrence prend forme sur les marchés des bleuets pendant les années 1950 et 1960, ce qui favorise la création de bleuetières. En 1966, on compte seize bleuetières dans la région. Les premières années ne sont pas très productives. Les meilleurs résultats sont obtenus dans les villes de Normandin et de Saint-Léon. De plus, dans les années 1960, les commerçants s'organisent : des syndicats de coopérateurs prennent forme ainsi qu'une Fédération des cueilleurs de bleuets. Malgré ce regroupement, une forte dépendance demeure et les producteurs doivent toujours travailler avec les intermédiaires de l'extérieur. D'autres projets se concrétisent au début des années 1970. Une usine de transformation du bleuet, la Compagnie Julac, produira pendant quelques années, un vin apéritif qui aura quelque succès. Finalement, une station expérimentale s'installe à Saint-Léon. Des spécialistes de l'université du Québec à Chicoutimi et de l'Université Laval mènent des recherches sur ce petit fruit tant convoité, ce qui permet de mieux organiser l'ensemble de la production.
 
Quant à elle, la pomme de terre se cultive depuis les premières années de la colonisation du Saguenay–Lac-Saint-Jean. La production par ferme est limitée, car l'on n'exporte pas les récoltes, elles sont destinées à la consommation locale : chacun produit selon ses besoins. Plusieurs agriculteurs intègrent ce légume à la rotation des terres, ce qui fait augmenter le nombre d'acres cultivés : en 1851, on compte 558 acres alors qu'en 1891, il y en a 2 436. Au début du 20e siècle, la production connaît une expansion : on sait que les sols et le climat du Saguenay et du Lac-Saint-Jean sont favorables à la culture de la pomme de terre. Des 1 344 hectares cultivés en 1900, on passe à 2 101 hectares en 1920. De plus, pendant cette période les rendements sont égaux ou dépassent ceux de la province de Québec. 
 
Les années 1960 amènent un nouveau phénomène, un mouvement de concentration se fait voir chez les cultivateurs qui se spécialisent donc dans cette récolte. Trois zones sont identifiées pour leur grande concentration de producteurs de pommes de terre : Saint-Ambroise, Sainte-Croix et Péribonka. On dénombre alors quinze fermes qui produisent uniquement des pommes de terre, d'autres cultivateurs en sèment, mais en faible quantité. Deux problèmes demeurent cependant d'actualité : la faible efficacité de la mise en marché et les prix souvent très bas. Les producteurs ont longtemps craint la saturation des marchés locaux, mais il est peu rentable pour eux d'exporter leurs marchandises. 
 
Toujours pendant les années 1960, les spécialistes rappellent que le Saguenay–Lac-Saint-Jean est propice à cette culture. En plus du climat et des sols favorables, des facteurs divers contribuent à la production de pommes de terres comme la faible présence de maladies, d'insectes et de mauvaises herbes. Pour favoriser la bonne qualité du produit, il faut construire des caveaux afin de conserver la pomme de terre fraîche plus longtemps. Sans caveaux, les producteurs doivent vendre dès la récolte alors que les prix sont au plus bas. Finalement, les producteurs régionaux vont développer de bonnes techniques de production et de mise en marché de leur produit. La commercialisation des produits à l'extérieur de la région n'a pas toujours été facile, mais les producteurs se sont organisés en conséquence. 
 
Des coopératives épaulent aujourd'hui les producteurs de pommes de terre ainsi que les producteurs de bleuets.
 
 
 
Bibliographie : 

Girard, Camil et Normand Perron. Histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989. 665 p.
Pépin, Pierre-Yves. Le royaume du Saguenay en 1968, Ottawa, Ministère de l'Expansion économique régionale, 1968. 435 p.
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