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Productions agricoles au 19e siècle.
Thème : Économie

La diversification des productions agricoles au 19e siècle.

Laurie Goulet, Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 2003


L'agriculture de subsistance est l'activité économique adoptée par la majorité des personnes qui viennent s'installer au Saguenay–Lac-Saint-Jean au milieu du 19e siècle. L'activité des agriculteurs ne se limite pas à un domaine d'exploitation unique. La diversification est de rigueur même si les échanges avec l'extérieur sont rares. Il se développe alors un mode de production particulier : la pluriactivité qui consiste en la pratique de diverses activités agricoles. Voyons les principales raisons de l'adoption de cette méthode et les caractéristiques propres à ce style d'agriculture traditionnelle.
 
Les premières personnes qui prennent possession du territoire ne peuvent pas vivre uniquement de l'agriculture. La mise en culture des terres se révèle être ardue, il faut couper les arbres, enlever les souches et la végétation en place. Ce travail prend plusieurs années, ce qui retarde la rentabilité des terres. Les agriculteurs doivent donc se trouver une autre source de revenus. Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, c'est l'industrie forestière qui comble ce besoin monétaire grâce, entre autres, aux entreprises de William Price. Les hommes vont travailler dans les chantiers l'hiver et reviennent avec un revenu qui sera investi dans la ferme familiale. On achète ainsi du bétail, des semences ou divers équipements. Les enfants participent ainsi à ce mode de production agricole : les garçons vont soit dans les chantiers, soit faire la drave au printemps, alors que les filles enseignent ou font le ménage chez les notables de l'endroit. La totalité des revenus appartient à l'ensemble de la famille afin d'améliorer le patrimoine familial.
 
La région du Saguenay–Lac-Saint-Jean est pratiquement isolée du Québec pendant les premières années de colonisation. En dehors de la navigation, les communications avec l'extérieur sont rares, car les routes sont presque inexistantes ou en mauvais état. Cela prive les agriculteurs d'un marché pour écouler leurs produits agricoles. C'est pourquoi ils se tournent vers une agriculture de subsistance. Chacun fabrique son beurre, son lait, ses légumes, sans trop se préoccuper de produire des surplus pour des marchés locaux limités ou trop éloignés. Enfin, les denrées qu'ils ne peuvent pas produire sont achetées dans un magasin, et ce grâce aux minces revenus dégagés par le travail dans les chantiers.
 
Au sein d'une paroisse, l'entraide entre voisins est primordiale, surtout lorsque la majorité des fermes ne produisent pas au-delà de l'auto-subsistance. En effet, ce qui manquera à une famille, le voisin pourra lui échanger contre une autre denrée. Une ferme type possède quelques animaux : des vaches, des moutons, des porcs et de la volaille. Les vaches permettent la production de lait et de beurre. 
 
Cependant, au tournant du 20e siècle, près de 70 % du beurre est fabriqué de façon artisanale, mais la presque totalité de la production est écoulée sur les marchés extérieurs. L'arrivée du chemin de fer dans la région (1888 pour Roberval et 1893 pour Chicoutimi) incite à transformer la production laitière en beurre ou en fromage, ce qui favorise une amorce de production centrée sur la transformation et la vente sur des marchés extérieurs. Cela fournit une source de revenus supplémentaire à la famille. 
 
Outre le lait qui sera de plus en plus transformé à partir des années 1880 (beurreries-fromageries), la production de moutons et de porcs sert surtout à la consommation locale. Par contre, la laine des moutons contribue à l'ouverture de petites manufactures de filature afin de carder cette ressource première. Encore une fois, un montant d'argent entre dans la cellule familiale. En 1901, on compte en moyenne trois porcs et près de sept moutons par ferme. 
 
Finalement, les agriculteurs diversifient leurs sources de revenus afin d'obtenir une plus grande sécurité et une certaine liberté d'action. Rien ne les oblige à retourner aux chantiers l'hiver venu. De plus, en cultivant une plus grande variété de produits, le travail devient moins monotone. Cette pluriactivité permet également à tous les membres de la famille de se rendre utile, du plus âgé au plus jeune. Ainsi, l'expansion de la ferme familiale est le résultat d'un travail collectif.
 
 
Sources :

Bouchard, Gérard. Quelques arpents d'Amérique : population, économie, famille au Saguenay (1838-1971), Montréal, Boréal, 1996. 635 p.
Girard, Camil et Normand Perron. Histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989. 665 p.
 
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