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La population des Kings’ Posts
Thème : Culture

La population des Kings’ Posts : les Ilnus, les prêtres et les employés des postes 

Camil Girard. Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 30 octobre 2003

 
Dans une région comme le Saguenay où l'on n'exploite que les fourrures, la population reste peu importante. D'abord, les Amérindiens, chasseurs, pêcheurs et cueilleurs sont les premiers Saguenayens. Ensuite, les employés des comptoirs occupent des fonctions reliées directement aux échanges. Ils n'ont pas d'autres avantages à résider dans les postes, le plus souvent de façon saisonnière, que celui de tirer un salaire ou une part des profits. Leur nombre ne semble pas avoir jamais dépassé la cinquantaine. Enfin, les missionnaires constituent le troisième groupe d'intervenants sur le territoire. Ils sont peu nombreux, mais leur influence est remarquable comme il sera montré plus loin.

Les autochtones et les débuts de l'acculturation

Dans la période des premiers contacts, les Amérindiens de la Traite de Tadoussac empruntent produits et valeurs des Européens. La langue des Européens commence à s'imposer. Les cultures autochtones se trouvent de plus en plus marginalisées par rapport à la culture européenne, qu'elle soit française, anglo-saxonne, espagnole, hollandaise ou autre. Au Saguenay, ce lent processus d'acculturation va de 1652 à 1853, moment de la création de la première réserve. La population blanche impose d'abord ses règles d'échange en organisant le commerce dans des comptoirs ou le troc s'effectue. En participant à l'économie des fourrures, l'Amérindien risque de briser le fragile équilibre dans lequel fonctionne son économie traditionnelle. Une chasse intensive tend à épuiser la forêt de sa ressource et les Montagnais du Saguenay en viennent à dépendre de plus en plus des hommes blancs pour leur survie ou pour leur défense.

Les descriptions qui nous sont parvenues sur la vie des Montagnais au cours de la période étudiée laissent toutefois voir un peuple qui maintient malgré tout un mode de vie traditionnel jusqu'au début du 19e siècle. Les premiers Saguenayens vivent toujours en nomades dans des cabanes fabriquées de perches et d'écorce de bouleau. Leur diète est composée pour l’essentiel de viande cuite légèrement au-dessus du feu ou encore elle est fumée ou séchée.
 
Lorsque Pierre Laure vient reprendre la mission du Saguenay au nom des Jésuites en 1720, il ne trouve plus que quatre postes de traite bien établis dont Chicoutimi à l'intérieur des terres et trois sur les côtes du fleuve, Tadoussac, îlets Jérémie et rivière Moisie. Il identifie cinq bandes qui vivent à l'intérieur du Saguenay, les Chicoutimiens, les Piékouagamiens, les Nékoubouïstes, les Chamouchouanistes et les Mistassins ainsi que deux peuples du littoral, les Tadoussaciens et les Papinachois. Laure écrit une grammaire et un dictionnaire montagnais. Dans sa relation, il rapporte qu'une épidémie s'est déclarée à la suite de l'arrivée à Chicoutimi de marchandises contaminées venant de Marseille. Plusieurs Montagnais sont alors décédés sans soins appropriés. Il montre enfin que le responsable du Domaine du Roi à Chicoutimi tente de protéger la chasse au castor. Les Montagnais n'en continuent pas moins de passer les peaux et fabriquent encore leurs robes, leurs capots ainsi que leurs mocassins et leurs raquettes.
 
Un siècle plus tard, la situation des premiers Saguenayens s'est beaucoup dégradée. Un habitué des espaces saguenayens, François Verreault, lors d'un témoignage fait à la demande de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada le 30 juin 1824, estime qu'il n'y a pas plus que 165 Montagnais qui survivent péniblement sur tout le territoire. Il se trouve, dit-il, trois familles à Tadoussac, neuf à Chicoutimi, douze au lac Saint-Jean et neuf sur l'Ashuapmushuan. Verreault, qui a vécu de 1773 à 1823 dans la région, affirme que la population amérindienne a diminué au moins du tiers pendant cette période. La rareté des animaux sur les territoires de chasse expliquerait l’éloignement des Montagnais du Saguenay, selon Verreault.

Les employés des comptoirs

Parmi les employés des comptoirs se retrouvent presque exclusivement des hommes. À quelques occasions, ils sont accompagnés de leurs épouses, le plus souvent des Amérindiennes, comme c'est le cas pour Nicolas Peltier qui, en 1677, puis en 1715, convole à chaque fois avec une autochtone. En 1750, dans les différents postes de traite de la région, on identifie 33 employés, dont 11 à Tadoussac, 8 à la rivière Moisie, 5 aux îlets Jérémie, 6 à Chicoutimi et 3 à Mistassini. À l'intérieur des terres ne se trouvent en fait qu'un commis et quelques engagés pour chaque poste. Dans les postes du littoral, comme celui de Tadoussac où l'activité est plus importante, deux commis sont payés 800 livres par année. Ceux-ci sont assistés d'un armurier rémunéré 450 livres, d'un tonnelier dont les gages s’élèvent à 300 livres et d'engagés, de garçons ou de compagnons qui reçoivent entre 60 et 160 livres par an. 

Le clergé

Quant aux prêtres, en particulier les Jésuites, ils s'intéressent aux aspects les plus complexes de la vie des premiers régionaux, qu’il s'agisse d'assurer des services religieux auprès des employés des postes, de convertir ou de convaincre les Montagnais de venir traiter avec les Français. Ils contribuent à bâtir des édifices qui assurent la permanence de l'institution religieuse en terre saguenayenne. Ils vivent près des Amérindiens, apprennent leurs langues et découvrent leur culture. Ils publient des documents, relations, dictionnaires, grammaires, recueils de prières et cartes. Ce sont souvent les seuls écrits qui nous soient parvenus sur ces cultures orales. 
      
 
Bibliographie :

Girard, Camil et Normand Perron. Histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989. 665 p.
 
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