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Le gouvernement provincial : un intervenant majeur
Thème : Économie

Le gouvernement provincial : un intervenant majeur dans le développement de la région au début du 20e siècle

Camil Girard, Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 30 octobre 2003

 
Les gouvernements qui se succèdent à Québec ou à Ottawa favorisent l'implantation de l'industrie des pâtes et papiers au pays. Au Québec, les gouvernements libéraux, qui dirigent la province de 1897 à 1936, poursuivent une politique vigoureuse d'affermage des ressources - concessions des forêts publiques, des ressources hydroélectriques et minières - dans un effort pour tirer de nouveaux revenus tout en renforçant le développement économique de régions riches en ressources naturelles. Le mouvement qu'amorcent les Félix-Gabriel Marchand (1897-1900) et Simon-Napoléon Parent (1900-1905) n'est qu'un avant-goût de ce que feront les Lomer Gouin (1905-1920) et Alexandre Taschereau (1920-1936), qui précisent et actualisent les orientations de leurs prédécesseurs.
      
En fait, le gouvernement du Québec continue d'affermer la forêt publique, mais il donne au mouvement un nouvel essor à partir de la fin du 19e siècle. Ainsi, au cours de la période 1868 à 1898, la province afferme 29 000 milles carrés de forêt. Pendant la seule décennie 1897 à 1907, le gouvernement du Québec concède plus de 23 186 milles carrés, ce qui illustre bien la volonté des élus provinciaux. 
      
Pour soutenir sa politique, le gouvernement multiplie les inventaires du potentiel des forêts et des cours d'eau dans diverses régions du Québec. Dès 1899, les promoteurs gouvernementaux explorent le Lac-Saint-Jean. Dans un rapport d'une qualité remarquable pour l'époque, G. A. Langelier estime que les secteurs des rivières Péribonka, Mistassini, Ashuapmushuan et Ouiatchouan renfermeraient au moins 19,5 millions d'acres de forêt pour un potentiel de 97,5 millions de cordes de bois de pâte (5 cordes à l'acre). Selon Langelier, en 1884, la Suède possédait 40 millions d'acres de forêt et la Norvège 17 millions. C'est dire la richesse que renferme ce territoire.
      
« Or, en examinant les données (...) il faut bien arriver à la conclusion qu'il n'y a ni pays ni région qui se prête mieux à cette industrie (de la pulpe ou la pâte) que l'immense territoire du lac Saint-Jean... En estimant à 1 1/2 corde - ce qui est le gros chiffre - la quantité de bois requise pour faire une tonne de pâte moulue, les 97 600 000 cordes de bois de ce territoire permettraient de fabriquer 65 666 666 tonnes de pulpe, ou 1 000 000 de tonnes par année pendant 65 ans. Le Canada Lumberman, s'appuyant sur une statistique digne de foi, disait en décembre dernier que les usines à papier des États-Unis consomment 1 000 000 de cordes de bois annuellement. Le territoire du lac St-Jean pourrait suffire à cette consommation pendant 65 ans, seulement avec la première coupe de ses forêts de conifères, ce qui peut donner une idée de l'importance de ce territoire au point de vue de l'industrie de la pulpe et du papier. »
      
Le potentiel hydraulique de la région fait aussi l'objet d'un nouvel inventaire. Les principaux cours d'eau se déversant dans le lac Saint-Jean pourraient produire quelque 870 000 kW. On voit bien, à la lecture du rapport publié par le gouvernement, l’objectif de convaincre les entreprises privées d'investir dans l'exploitation des ressources naturelles régionales.
      
Il faut croire que la politique québécoise a eu un certain succès puisque, pendant les trois premières décennies du 20e siècle, pas moins de dix entreprises de pâtes ou papiers et tout autant de centrales hydroélectriques sont bâties dans la région. Tout le réseau des grandes papetières qui opèrent encore aujourd'hui prend place durant cette période. Dès la fin des années 1920, la capacité de production de pâtes et de papiers atteint près de 700 000 tonnes par an ce qui équivaut à 1 880 tonnes par jour. Les centrales électriques peuvent déjà fournir 870 000 chevaux-vapeurs ou 1 166 000 kW. Le secteur industriel des pâtes et papiers embauche déjà quelque 5 000 salariés, ce qui illustre clairement les changements profonds que vit la société régionale pendant cette phase d'industrialisation.


Bibliographie :

Girard, Camil et Normand Perron. Histoire du Saguenay—Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989. 665 p.
 
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