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La société de colonisation du curé Hébert
Thème : Économie

La société de colonisation du curé Hébert fonde Hébertville en 1852

Camil Girard et Laurie Goulet, Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 2003

 

La saturation des terres cultivables au sein de l'espace laurentien a des répercussions au Saguenay et au Lac-Saint-Jean. Certains agriculteurs décident d'aller tenter leur chance ailleurs en espérant trouver de bonnes terres pour leurs enfants. C'est dans ce contexte que les sociétés de colonisation voient le jour et tentent d'organiser le mouvement migratoire. La Société des comtés de l'Islet et de Kamouraska, créée en 1849, fait partie de cette lignée. Le curé Nicolas-Tolentin Hébert, fils de Patriote, s'intéresse au sort des colons qui veulent s'installer dans une région neuve et se joint à ce mouvement. Qu'est-ce qu'une société de colonisation et de quelles façons s'effectue l'installtion des nouveaux colons au Lac-Saint-Jean? C'est ce que nous verrons dans ce court texte.
 
La Société des comtés de l'Islet et de Kamouraska est fondée en 1849 par des cultivateurs des municipalités de la Côte-du-Sud (aujourd'hui Bas-Saint-Laurent) dont Sainte-Anne et Saint-Jean-Port-Joli. Ces sociétés ne peuvent créer de monopole, car un sociétaire ne peut acquérir plus de trois actions. Différents types de sociétaires se côtoient : ceux qui iront s'installer dans la nouvelle colonie et ceux qui assurent l'élargissement du capital afin que la société soit rentable. Leur milieu social diffère : en 1851, 28 % des actionnaires font partie de l'élite et du clergé, 41 % sont des agriculteurs et 31 % sont des ouvriers-journaliers. Il y a donc diversité d'intérêts au sein de ces sociétés. Le leadership du mouvement est assuré par le collège agricole de Sainte-Anne-de-la-Pocatière où œuvre l’abbé François Pilote, un autre acteur qui encourage les populations à se prendre en charge. L'agent responsable de l'exécution du plan d'action est nul autre que le curé Nicolas-Tolentin Hébert.
 
Avant de partir sur le terrain, il faut que la société négocie avec le gouvernement afin d'obtenir des terres. En février 1849, le gouvernement accorde deux cantons dans la vallée du lac Saint-Jean à la société de colonisation. Du 25 mai à la fin juin 1849, le curé Hébert, accompagné de quelques hommes, fait l'exploration des berges du lac Saint-Jean afin de trouver des terres propices à son projet d’établissement. De retour au lac en août 1849 avec quarante-quatre hommes, le défrichement du canton Labarre (près de la ville d'Alma) et l'ouverture d'un chemin sur la rive droite de la rivière Chicoutimi se mettent en œuvre. La société a des obligations : l'arpentage, le défrichement et la construction de chemins. En mai 1850, Hébert repart vers la lac Saint-Jean avec soixante-quinze hommes, des animaux et de l'outillage. Cet été là, l'exploration des cantons Charlevoix et Ouiatchouan (aujourd'hui Roberval) est concrétisée. Quelques colons s'établissent à ces endroits. En 1851, en plus des travaux de défrichement et de semence, on construit deux moulins hydrauliques : le premier pour scier le bois et le second pour moudre le grain. 
 
En 1852, le village prend véritablement forme : les registres de baptêmes, mariages et sépultures débutent en juin. De plus, la construction d'un entrepôt est réalisée afin de loger les familles. En effet, en l'année 1852, les sept premières familles viennent s'installer et rejoindre les défricheurs déjà sur place. Peu à peu, des maisons sont érigées, ainsi qu'une chapelle temporaire. Calixte Hébert, le frère de Nicolas-Tolentin, vient habiter Hébertville. Il prend en charge le magasin d'approvisionnement et la gestion de l'association lors des absences du prêtre. A partir de ce moment, on peut dire que le premier village du Lac-Saint-Jean est fondé. Hébertville est la tête de pont pour la sous-région du Lac-Saint-Jean en devenant un centre d'approvisionnement et de communication.
 
L'implication du curé Hébert pendant la fondation d'Hébertville est concrète. A l'époque, il doit s'occuper de trois paroisses : Saint-Pascal, Sainte-Hélène et le canton Labarre. Il y a beaucoup de distances entre elles, car les deux premières se situent sur la rive sud du Saint-Laurent. Tout au long de la mise en place d'Hébertville, le curé se déplace fréquemment sur le territoire. Il met beaucoup d'énergie dans son projet du lac Saint-Jean. Ses plans de colonisation lui tiennent à cœur. 
 
Bibliographie :

Girard, Camil et Normand Perron. Histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989. 665 p.
Hébert, Pierre-Maurice. Le curé Hébert, un siècle d'histoire : 1810-1888, Montréal, Éditions de l'Écho, 1988-1999. Volume 1, 403 p. 
Hébert, Pierre-Maurice. « L'ouverture du Lac-Saint-Jean: objectif du curé Hébert en 1848 », Saguenayensia, vol. 34, no 3, 1992, p. 36-43
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