Chania

Laterrière et Honorat
Thème : Économie

Laterrière (Le Grand-Brûlé) : une colonie-libre fondée en 1846 par un Oblat, le père Jean-Baptiste Honorat

Camil Girard et Laurie Goulet, Groupe de recherche Histoire (GRH), Université du Québec à Chicoutimi. 2003


Au milieu du 19e siècle, des immigrants de Charlevoix viennent peupler la sous-région du Saguenay, et peu de temps après celle du Lac-Saint-Jean. Grâce à eux, des villages voient le jour. L'histoire de la municipalité de Laterrière est particulière. Son fondateur, le père Jean-Baptiste Honorat, fait preuve d'innovation en créant la première colonie libre de la région saguenayenne. Comment lui est venue l'idée de construire une colonie de ce genre ici et quelles sont les difficultés qu’il rencontre?
 
Le site actuel de Laterrière se situe à quelques kilomètres au sud de Chicoutimi et prend la forme d'un plateau fertile, propice à l'agriculture. Quand le père Jean-Baptiste Honorat, Oblat de Marie-Immaculée, arrive au Saguenay en 1844, le site se nomme Le Grand-Brûlé, car il a été marqué d'un incendie majeur quelques années auparavant. Cet événement fait en sorte que les agriculteurs qui viennent s'y installer n'ont pas besoin de défricher leurs terres, les arbres étant en partie brûlés.
 
Dès son arrivée, l'ecclésiastique remarque la forte emprise du duo d'entrepreneurs William Price et Peter McLeod fils dans la vie des agriculteurs. Ces derniers, estime-t-il, n'ont pas assez de liberté d'action pour cultiver adéquatement leurs terres car ils dépendent en grande partie de l'industrie forestière. Le père Honorat ne se gêne pas et dénonce ouvertement les pratiques abusives de ces industriels forestiers qui empêchent le développement d'une agriculture viable. L'Oblat décide donc de créer une colonie agricole libre s’inspirant en cela de modèles européens appliqués en Belgique et en Hollande. Accompagné d'agriculteurs, il va s'installer au Grand-Brûlé. En mai 1846, un moulin à scie est érigé et en juin 1849, le moulin possède désormais deux vocations : scier le bois et moudre le grain afin de produire de la farine. En plus de ce bâtiment, le père construit une route reliant Saint-Alphonse de Bagotville et le Grand-Brûlé. C'est avec l'investissement d'Honorat que ces constructions ont pu voir le jour. Il a d'ailleurs contracté d'énormes dettes qui ne l'aideront pas. Cependant, de bonnes récoltes assurent l'établissement des colons et la pérennité du projet.
 
Malgré la bonne fortune des agriculteurs, le père Honorat vit un échec personnel. En ce temps de colonisation, personne ne peut contester le monopole des industriels forestiers sans en subir les contrecoups. En effet, les élites locales qui sont en bons termes avec Price et McLeod, manifestent peu d’intérêt à défendre la colonie du prêtre. Les élites locales2le dénoncent à l'archevêché de Québec, qui reçoit un bon nombre de plaintes auxquels il cède en 1849. Finalement, le père Honorat doit quitter la région saguenayenne au cours de l'été de la même année.
 
Malgré cet événement malheureux pour les habitants de Laterrière, la vie continue. En 1854, Jules Gauthier achète les installations des Oblats et assure de ce fait la continuité au sein de cette communauté
 
Il faut cependant ajouter que les agriculteurs qui sont venus s'installer sur ce territoire ont contribué au succès de cette colonie libre au Saguenay. D'ailleurs, il n'y a pas d'équivalent dans le reste de la région. Laterrière peut donc se dire qu'elle a un statut unique du point de vue de sa fondation.
 
 
Bibliographie :

Girard, Camil et Normand Perron. Histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989. 665 p.
Collectif. Regards sur Laterrière, continuité et changement, Laterrière, Comité des 150 ans de Laterrière, 1996. 63 p.
 
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