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Fondation de Radio-Témiscamingue
Thème : Culture

La fondation de Radio-Témiscamingue, CKVM AM 710

Marc Riopel, Ph.D. Histoire, À travers le temps enr., Hudson, 28 octobre 2002


Au début des années 1930, il s’avère impossible de capter une station radiophonique francophone au Témiscamingue. Les gens de la région doivent alors se tourner vers les stations anglophones. Les membres de l’élite locale, appuyés par les gens du milieu, revendiquent alors une radio francophone dans la région. Ainsi, dès 1934, la Chambre de commerce de Ville-Marie demande à la société Radio-Canada d’établir une station de son réseau au Témiscamingue, mais en vain. Malgré la constatation d’un inspecteur du ministère fédéral des Transports à l’effet que la réception radiophonique est presque nulle au Témiscamingue, il faudra attendre une dizaine d’années avant qu’une corporation privée fonde une station radio à Ville-Marie pour desservir l’ensemble de la région. Fondée en 1950, CKVM AM occupe depuis une place importante dans la vie culturelle témiscamienne. 
 
La fondation de ce poste de radio revient à une initiative conjointe de la Chambre de commerce, du clergé, de la population du Témiscamingue et des francophones du Timiskaming ontarien. Si les revendications de la population régionale remontent au milieu des années 1930, il faut attendre la fin des années 1940 avant que le gouvernement n’accède à cette demande. En 1948, le ministère des Transports du Canada autorise enfin la fondation d’un poste de radio privé à Ville-Marie. Le 23 novembre de la même année, le gouvernement du Québec émet des lettres patentes au nom de Radio Témiscamingue Incorporée, avec un capital social de 999 actions ordinaires d’une valeur nominale de 100 $ chacune. Radio Témiscamingue obtient une licence d’émission radiophonique le 11 avril 1949. Finalement, le 7 janvier 1950, Radio-Témiscamingue inaugure officiellement sa station de radio en diffusant sa première émission aux auditeurs de la région. 
 
Pendant ses deux premières années d’opération, CKVM diffuse uniquement de la programmation régionale. Au mois d’août 1953, Radio-Témiscamingue s’affilie au réseau Radio-Canada. En plus d’offrir un nouveau service aux Témiscamiens, l’affiliation au réseau d’État permet à la direction de CKVM de réduire la programmation locale, de diminuer son personnel ainsi que ses frais de fonctionnement. En octobre 1954, le gérant du poste, Louis Bilodeau, embauche le premier animateur local, Armand Fontaine. Peu à peu, Radio-Témiscamingue améliore son service. En août 1961, la compagnie installe un nouvel émetteur pour le poste de radio CKVM, ce qui permet, l’année suivante, d’accroître la puissance de diffusion de 1 000 watts à 10 000 watts. 
 
Les émissions radiophoniques à CKVM englobent plusieurs aspects de la vie socio-économique du Témiscamingue. Des émissions sur l’agriculture, la religion, l’économie, l’actualité, la littérature, le sport, les jeunes, les femmes et la culture se succèdent à tour de rôle sur les ondes. À titre d’exemple, CKVM établit sa programmation quotidienne composée des émissions Bavardage musical à 9h00 avec le personnel du poste, Causons mesdames à 11h00h, animée par Alice Dessureault Éthier et Le Témiscamingue rural à 12h30, sous la direction des agronomes locaux. D’autres émissions ont une grille horaire hebdomadaire. Ainsi, le jeudi, à 20h, Victor Dubrûle anime Tournoi, une émission à laquelle participe des représentants de diverses localités. Suit, à 20h30, un Radio Théâtre réalisé par les artistes animateurs de CKVM. Le vendredi, à 20h30, les auditeurs ont rendez-vous avec les Troubadours de CKVM.
 
Deux troupes de divertissements se partagent le temps d’antenne réservé à la culture, la Troupe CKVM et les Troubadours CKVM. Réunissant des chanteurs, des comédiens et des raconteurs, elles présentent des spectacles de variétés. Louis Bilodeau, gérant du poste de radio à cette époque, organise des tournées dans les localités du Témiscamingue avec ces deux troupes culturelles. Les comédiens et les comédiennes se déplacent alors d’un village à l’autre et présentent des spectacles dans le cadre de campagnes de financement de CKVM. Par ailleurs, des manifestations culturelles produites par des organisations locales sont aussi diffusées. Entre 1952 et 1955, la radiodiffusion des Pageants à la montagne de la grotte de Ville-Marie connaît du succès. Dans les décennies suivantes, les divers animateurs de CKVM participent régulièrement à la vie culturelle de Ville-Marie et des autres localités. 
 
Dès les premières années de sa fondation et pendant toute son histoire, deux préoccupations reviennent constamment à l’ordre du jour du conseil d’administration de CKVM. Il s’agit des difficultés financières et des projets de fusion ou de vente de cette station à des groupes de l’extérieur de la région. Ainsi, dès le mois de juin 1950, après seulement six mois d’activités, Radio-Témiscamingue se retrouve aux prises avec de sérieux problèmes financiers. Les actionnaires et la population étudient alors la possibilité de vendre le poste CKVM. Deux ardents promoteurs de CKVM, les chanoines Louis-Zéphirin Moreau et Louis-Charles Côté, s’opposent à cette vente et continuent à croire en CKVM, né d’un projet coopératif. Ils obtiennent du gouvernement du Québec l’autorisation d’émettre 500 nouvelles actions ordinaires de 100 $ chacune. En 1955, Radio-Témiscamingue compte 700 actionnaires.
 
Le 15 octobre 1964, la direction de Radio-Témiscamingue soulève en assemblée annuelle la question de la vente de CKVM. Elle demande à ses actionnaires s’ils sont satisfaits des services de la station et s’ils veulent la vendre à des intérêts étrangers. En bloc, ils répondent que CKVM doit demeurer propriété des Témiscamiens. Depuis longtemps, le groupe Radio-Nord Inc., de Rouyn-Noranda, lorgne du côté de CKVM. Il fait plusieurs tentatives pour acquérir la majorité des actions de Radio-Témiscamingue. Au début des années 1980 et 1990, il revient à la charge pour finalement voir son projet d’acquisition échouer. CKVM demeure encore aujourd’hui une compagnie privée indépendante des grands groupes de presse. 
 
L’attente d’une station radiophonique de langue française a été longue au Témiscamingue. Il a fallu des revendications répétées et les interventions de nombreux représentants locaux avant que CKVM n’entre en ondes en 1950. Cette petite entreprise indépendante a connu plusieurs périodes difficiles sur le plan financier, ouvrant ainsi la porte à sa prise de contrôle par des entreprises de l’extérieur de la région. Mais ces projets de fusion et d’acquisition ne se sont pas matérialisés. Les Témiscamiens et le personnel qui anime Radio-Témiscamingue ont voulu conserver une radio qui réponde à leurs besoins.


Bibliographie : 

Radio-Témiscamingue Inc. Album souvenir du 15e anniversaire. Ville-Marie, Radio-Témiscamingue Inc., 1965. Non paginé.
Radio-Témiscamingue Inc. Au service de la population depuis 25 ans, 1950-1975. Ville-Marie, Radio-Témiscamingue Inc., 1975. Non paginé.
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