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La vie religieuse dans les paroisses
Thème : Société et institutions

La vie religieuse dans les paroisses rurales et minières de l’Abitibi

Marc Riopel, Ph.D. Histoire, À travers le temps enr., Hudson, 18 juin 2004


La présence religieuse en Abitibi-Témiscamingue remonte aux années 1830 avec la venue sur une base régulière de
missionnaires chargés d’évangéliser les Algonquins. Les tâches des missionnaires s’élargissent à la suite de l’arrivée de bûcherons et de colons dans la région, qui fait alors partie du diocèse d’Ottawa. Les diverses vagues de colonisation entraînent la fondation de missions puis de paroisses catholiques, ce qui influence la création de diocèses dans la région. La population régionale se compose alors presque uniquement de catholiques. Le développement minier de la zone de Cadillac change les données à ce sujet. En effet, cela attire beaucoup d’immigrants dans les villes minières qui comptent, désormais, plusieurs confessions religieuses, ce qui contraste considérablement avec les villages agroforestiers, comme le décrit ce texte. 
 
Lorsque les premiers missionnaires font leur apparition dans la région, dans les années 1830, l’Abitibi-Témiscamingue fait alors partie du diocèse de Montréal. Par la suite, elle est rattachée à des diocèses ontariens : Ottawa, depuis 1847, Pembroke, depuis 1898, et Haileybury, depuis 1915. Ce n’est qu’à compter de 1938 qu’un premier diocèse entièrement québécois est créé, celui d’Amos. Il comprend les localités d’Abitibi-Ouest et d’Abitibi-Est ainsi que quelques localités situées au nord du secteur de Rouyn-Noranda. Les autres paroisses de l’Abitibi et du Témiscamingue sont désormais incluses dans le nouveau diocèse de Timmins, créé lui aussi en 1938. En 1974, les paroisses québécoises sont détachées de ce diocèse pour donner naissance à un nouveau diocèse entièrement québécois, celui de Rouyn-Noranda. 
 
Le mouvement de fondation des missions et paroisses catholiques dans la région se résume ainsi. Lorsque le nombre d’habitants d’un canton le justifie, ces derniers font une demande officielle à l’évêché à l’effet d’obtenir la visite régulière d’un missionnaire. Ce dernier fonde alors une mission catholique et s’y rend à tous les mois. À la suite de l’augmentation de la population, le missionnaire fait sa visite des colons à tous les 15 jours. Il célèbre la messe et procède au baptême des nouveau-nés, le cas échéant. Dès que la mission compte au moins 300 personnes, les habitants peuvent formuler une requête pour la création de la paroisse catholique. 
 
Cela se traduit par l’érection canonique de la paroisse et par la mise sur pied du conseil de la Fabrique, chargé d’administrer la paroisse et les infrastructures religieuses, notamment l’église, le presbytère et le cimetière. Un curé résidant entre également en fonction et, dans plusieurs cas, des communautés religieuses masculines et féminines s’y établissent, quelques années plus tard. De nombreux groupes et organismes à caractère religieux sont aussi mis sur pied tant dans les paroisses rurales que dans les paroisses urbaines. Au total, en 1939, le vaste diocèse d’Amos compte 53 paroisses. En 1950, la partie québécoise du diocèse de Timmins regroupe 35 paroisses. 
 
La diversité religieuse caractérise les villes minières abitibiennes, contrairement à l’unique présence catholique dans les milieux ruraux de la région. Il existe plusieurs paroisses catholiques dans les villes minières telles que Rouyn-Noranda et Val-d’Or, afin de stimuler la pratique religieuse des travailleurs et de combattre les attraits de la vie matérielle. Au début des années 1950, Rouyn-Noranda compte quatre paroisses catholiques, dont une anglophone. En 1958, on retrouve cinq paroisses dans la ville de Val-d’Or dont l’une d’elles, Our Lady of Protection, dessert les fidèles de rite byzantin. Dans les années 1950, des paroisses catholiques ukrainiennes, de rite byzantin, sont fondées à Val-d’Or et à Rouyn. Des paroisses russes orthodoxes voient le jour dans ces villes, à la même époque. Bien que les Russes y soient majoritaires, elles englobent également quelques Biélorusses, Ukrainiens, Roumains et Serbes.
 
Il existe également une importante présence protestante dans les villes minières de la région. En fait, les pasteurs protestants sillonnent la région depuis le milieu du XIXe siècle. Ils se trouvent en compétition avec les missionnaires catholiques pour la conversion des Amérindiens de la région. L’arrivée de communautés anglophones dans les villes minières favorise l’implantation du protestantisme en Abitibi. Les pasteurs anglicans et ceux de l’Église Unie accompagnent les premiers travailleurs anglophones miniers. En 1951, les trois pasteurs anglicans établis à Noranda, Rouyn et Bourlamaque desservent l’ensemble des communautés minières de la région. L’Église Unie ne compte qu’un lieu de culte, à Noranda, mais elle dessert les membres des autres villes et villages miniers. Ses locaux sont utilisés par les autres confessions religieuses : les Lettons luthériens, la congrégation pentecôtiste finlandaise, l’association yougoslave. Par ailleurs, les premières familles juives s'établissent à Rouyn en 1924-1925. Un rabbin arrive au début des années 1930 et une synagogue est ensuite construite. Il existe aussi d’autres groupes religieux dont des évangélistes, des baptistes et des Témoins de Jéhovah. 
 
En conclusion, soulignons, à la suite d'Odette Vincent, que la religion agit comme facteur d’intégration des immigrants à la société canadienne et québécoise. « La canadianisation des immigrants passe en effet par le projet des pasteurs protestants dont l’activité missionnaire auprès des nouveaux arrivants porte fruit dans certains cas. Les immigrants de la première vague arrivent dans les villes minières avec un héritage religieux qu’ils tentent de préserver tant bien que mal. Si certains ne pratiquent aucune religion, plusieurs groupes sont desservis par des pasteurs itinérants qui viennent irrégulièrement de Kirkland Lake, de Sudbury ou de Toronto. Ils utilisent les lieux de culte prêtés par l’Église Unie ou par l’Église anglicane. À Rouyn, les Finlandais luthériens vont à l'église anglicane de Saint Bede’s. Les Lettons, arrivés en 1948, fréquentent l’Église Unie. Les Yougoslaves se partagent en deux groupes : les Serbes, orthodoxes, fréquentent l’église anglicane tandis que les Croates privilégient l’église catholique Blessed Sacrament de Noranda, tout comme les Polonais d’ailleurs. Presque tous s'intègrent à la communauté anglophone. (Odette Vincent, « Vivre à la frontière: les premières institutions », p. 337.) 


Bibliographie :
 
Riopel, Marc. Le Témiscamingue. Son histoire et ses habitants. Montréal, Fides, 2002. 366 pages.
Vincent, Odette. « Vivre à la frontière : les premières institutions », dans Odette Vincent (dir.), Histoire de l'Abitibi-Témiscamingue, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995, p. 321-368. Collection Les régions du Québec no 7. 
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