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Les métiers du monde minier
Thème : Société et institutions

Les métiers du monde minier : les aventuriers, les prospecteurs, les mineurs…

Marc Riopel, Ph.D. Histoire, À travers le temps enr., Hudson, 7 juin 2004


Lorsque l’on découvre une mine, une activité sans précédent se produit dans un secteur jusque-là inhabité. De nombreux spécialistes du monde minier et des travailleurs y accourent à la recherche de la « bonne affaire » à réaliser. Cette effervescence entraîne inévitablement la naissance d’une petite ville où se côtoient des hommes de divers métiers et de diverses nationalités. Le présent texte reprend des sections d’un article paru en 1945, sous la plume de Gabrielle Roy, qui décrit les activités minières ainsi que les métiers qui y sont associés, dans la petite ville de Val-d’Or. 
 
« La petite ville [de Val-d’Or] reçoit en ce moment un grand afflux de population. Géologues, aventuriers, prospecteurs y arrivent de tous les côtés. Que l’or soit facile ou difficile à extraire, c’est toujours la même espèce d’hommes hardis qu’il attire. Sans doute, aucune ville de la province, toute proportion de population gardée, présente une mêlée aussi cosmopolite que Val d’Or. On y entend le parler rude des Yugoslaves (sic), du yiddish, l’accent précis de quelques Français. On y croise des Russes, des Ukrainiens aux pommettes saillantes, et beaucoup de Canadiens français. […]
 
Depuis, les maisons d’affaires à un étage ou de simples petites baraques ont monté, montent de jour en jour au long de la grand’rue : délicatessen de Benny, buanderie de Lee Sim, cafés chinois; et surtout, des bureaux aux vitrines desquels on voit en étalage des pièces de minerai; ce sont les établissements des géologues assurés de ne pas chômer tant que les prospecteurs au regard allumé continueront de tomber à Val D’Or en coups de vent, leur havresac bourré d’échantillons. […] 
 
Ce qu’il y a surtout d’intéressant aujourd’hui, dans la vallée de l’or, c’est qu’on peut y saisir tout le vaste panorama de l’industrie, depuis la découverte, par exemple, d’un important gisement de cuivre, jusqu’à l’érection même d’une mine, les travaux d’exploration étant terminé. […] 
 
Car avant de localiser les gisements de minerai précieux, il arrive souvent que des propriétaires miniers doivent débourser de forts capitaux, et il arrive aussi que ce soit en pure perte. Les sondages au diamant coûtent deux dollars par pied et doivent quelquefois être conduits sur une très grande étendue du claim. J’imagine qu’aucun moment de l’industrie minière n’est accompagné d’une telle fièvre et d’une telle curiosité. De gros intérêts sont en jeu. Le sondage progresse. On ramène de sous terre des morceaux de minerai qui sont aussitôt échantillonnés dans les laboratoires d’analyse installés sur place. Un bon jour, les géologues, fébrilement occupés, annoncent qu’ils ont découvert des traces d’or puis de cuivre. […] 
 
Nous entrons dans le domaine toujours mystérieux de l’organisation souterraine d’une mine. C’est bien, en effet, lorsque la glissoire se referme sur la cage d’un puits et que la descente s’effectue dans les profondeurs de la terre que l’on commence à pressentir véritablement la grandeur et le côté poignant de l’industrie minière. […] Selon la directive de la veine, le puits a été creusé verticalement ou sur un trajet incliné. En ce cas, on y descend, non dans une cage, mais dans le skip, sorte de tombereau servant de véhicule aux hommes de la mine aussi bien que pour monter minerai. Le skip glisse sur ses rails, et l’on descend à une vitesse modérée sans heurts, plus doucement que dans un ascenseur; de temps en temps, on perçoit, lointain, le bruit d’une détonation. On reçoit au visage un air plus vif; c’est que l’on passe un des niveaux établis dans les mines à tous les cent ou cent vingt-cinq pieds. […]
 
Une galerie de mine s’ouvre à nos yeux, éclairée à l’électricité de place en place, telle une ruelle de faubourg. […] Un signal télégraphique rappelle le skip qui remonte aussitôt. Le langage des mines, lien avec la surface, se tait. […] On s’aventure au long des galeries, on arrive aux travers-bancs qui forment les ruelles transversales de la mine. […] Peu à peu, la tête par des mouvements plus habiles s’habitue à bien diriger le reflet de la lampe, l’oeil suit les dessins capricieux de la formation géologique. Et, soudain, on a capté dans le rayon de sa lampe, la veine de quartz, d’une blancheur glacée. On est devant l’or, invisible, dissimulé. Les profondeurs qui le recèlent éclatent brusquement de l’attaque terrible des foreuses à air comprimé. Ailleurs, on entend la pelle mécanique qui ramasse le minerai à grandes gueulées et le charge dans les wagonnets. […]
 
C’est ici que se joue le drame de l’or - semblable à celui de toute grande entreprise matérielle - qui, afin que l’affirme le génie de certains hommes, exige que d’autres hommes travaillent sous terre. Il faut sans doute les avoir accompagnés jusque là pour connaître le prix de ces quelques onces d’or qu’une mine, avec ses ombres sous terre, ses laboratoires, ses techniciens, son capital, arrive à produire en vingt-quatre heures.[…] Avec l’arrivée du minerai en surface, l’industrie n’en est encore qu’à ses débuts. Il va maintenant s’agir d’extraire les métaux précieux de ces tonnes et de ces tonnes de minerai. Et la première opération qui consiste à broyer le minerai est déjà la plus coûteuse de toute l’entreprise. »
 
Reprenons la conclusion de l’auteure pour terminer ce texte : « En définitive, c’est une aventure de sueurs, de labeur écrasant, de hautes recherches, où le génie scientifique de l’homme semble trouver sa suprême application; de nécessités implacables aussi qui font qu’en des puits noirs doivent s’enfoncer tous les jours d’autres hommes dont la condition, quoiqu’il en soit, reste profondément pathétique. Sur le mineur plus que sur tout autre homme pèse durement la rançon de peine exigée par l’époque des plus grandes réussites matérielles. »  


Bibliographie :
 
Roy, Gabrielle. « Dans la vallée de l’or », Le Bulletin des Agriculteurs. Novembre 1945, p. 8-10, 51-52. 
 
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