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L’évolution de la population
Thème : Société et institutions

L’évolution de la population de l’Abitibi-Témiscamingue

Marc Riopel, Ph.D. Histoire, À travers le temps enr., Hudson, 6 mai 2004


La population de l’Abitibi-Témiscamingue se forme en quatre étapes distinctes. Il y a d’abord l’arrivée dans la région des premiers Amérindiens, au début des années 1500. Puis, la mise en valeur des ressources forestières et agricoles, à la fin du XIXe siècle, favorise le peuplement de la région du Témiscamingue. Cette première vague de colonisation s’étire jusqu’au début des années 1920. La troisième vague débute en 1911 et elle amène de nombreux colons dans le nord de l’Abitibi, à la suite de la construction de la voie ferrée du National Transcontinental. La quatrième vague s’avère sans aucun doute la plus spectaculaire puisqu’elle transporte des milliers de chômeurs urbains dans de nouvelles colonies abitibiennes. Nous sommes alors à l’époque des plans de colonisation des années 1930. Parallèlement, le développement minier entraîne la venue dans la région de nombreux groupes ethniques, contribuant à la diversité de la population régionale. 
 
Même si on sait aujourd’hui que des Amérindiens habitent la région de l’Abitibi-Témiscamingue depuis des milliers d’années, il s’avère difficile d’en déterminer le nombre avec certitude. En fait, les premières données sur la population amérindienne datent des années 1600, après l’arrivée des Européens. Ainsi, au début du XVIIe siècle, la région du lac Témiscamingue compterait 800 Amérindiens, répartis dans environ quatre bandes. À la fin des années 1830, les premiers missionnaires recensent 200 Amérindiens au lac Témiscamingue, 300 au lac Abitibi, 225 au Grand Lac Victoria et 75 au Lac à la Truite. Comme on peut le constater, la population des bandes amérindiennes fluctue considérablement, au fil des événements. Par exemple, plusieurs épidémies ont eu pour effet de décimer des bandes dont les survivants ont pu se joindre à d’autres bandes. 
 
À compter des années 1860, les entrepreneurs forestiers intensifient leur présence dans la région du lac Témiscamingue. Des bûcherons choisissent alors de s’y installer en permanence, créant des îlots de population sur le territoire. Ainsi, le recensement de 1871 dénombre 351 personnes dans la région du lac Témiscamingue, dont 269 Amérindiens (77 %) et 82 Eurocanadiens (23 %). À la fin des années 1880, de nombreuses familles de colons s’établissent dans la région, à la suite de l’intensification des coupes forestières. L’arrivée de colons favorise le renversement de cette proportion, principalement à compter de 1890, alors que les Amérindiens ne représentent plus que 26 % de la population régionale. La population totale passe de 1 072, en 1891, à 6 469, en 1901. En 1911, le Témiscamingue compte 8 526 personnes et en 1921, 11 662. Au total, 15 localités voient le jour, pendant cette période. Ensuite, il faudra attendre les plans de colonisation des années 1930 pour voir une augmentation du nombre de localités dans la région. 
 
Dans les années 1910, l’Abitibi rural voit le jour, à la suite de la construction de la voie ferrée du National Transcontinental. Il s’agit d’une zone de peuplement située au nord de la région qui s’étire de l’est à l’ouest, entre Amos et La Sarre. Le peuplement de ce secteur se fait très rapidement. Ainsi, entre 1913 et 1920, la population passe de 329 habitants à 11 823. Seize localités sont alors créées et dix d’entre elles se situent le long de la voie ferrée. Chacune de ces dernières compte plus de 500 habitants, en 1920, et la population de trois de celles-ci, soit Amos, Macamic et La Sarre, dépassent les 1 000 habitants. Entre 1920 et 1930, la population abitibienne augmente encore, quoique de façon moins rapide que dans la décennie précédente. En 1930, elle se situe alors à 19 716 personnes. Pendant ce temps, le nombre de paroisses passe de 16, en 1920, à 38, dix ans plus tard. 
 
Ainsi, à la fin des années 1920, la région de l’Abitibi-Témiscamingue compte deux zones rurales de peuplement, le Témiscamingue au sud et l’Abitibi au nord. Les plans de colonisation mis en œuvre au début des années 1930, pour répondre aux problèmes de chômage urbain, favorisent l’essor de la population régionale. Parallèlement, le « boom » minier des années 1930 dans la zone de la faille de Cadillac, située entre les deux zones rurales, entraîne la formation de villes et la venue de divers groupes ethniques dans la région. Ces mouvements de population permettent, d’une certaine façon, la création de la région de l’actuelle région de l’Abitibi-Témiscamingue en favorisant l’occupation humaine de l’ensemble du territoire. Voyons quelques données. 
 
Entre 1934 et 1937, les plans de colonisation Gordon et Vautrin amènent 16 591 personnes dans la région, dont 12 305 s’établissent en Abitibi et 4 286 au Témiscamingue. Elles représentent 57 % de l’ensemble des personnes déplacées au Québec dans le cadre de ce programme de colonisation. Également, cela entraîne la fondation de 19 nouvelles paroisses en Abitibi et de huit au Témiscamingue. Toutefois, plus de la moitié de ces personnes délaisseront leur lot de colonisation à la suite de la reprise économique, qui s’amorce en 1936. 
 
Par ailleurs, les centres miniers se développent très rapidement. Ainsi, en 1931, l’agglomération de Rouyn-Noranda regroupe environ 5 500 personnes et ce, seulement six ans après sa fondation. En 1951, elle compte 24 300 personnes, Val-d’Or et Bourlamaque ont une population de 11 145 habitants et Malartic, 5 983. La majorité de ces nouveaux urbains proviennent de l’extérieur de la région, en particulier du nord de l’Ontario, du Québec et de divers pays européens. En 1951, les Canadiens français représentent 86 % de la population régionale, les immigrants de souche britannique, 7 % et les différents groupes ethniques, 7 %. Les immigrants habitent principalement dans les centres miniers de la région. 
 
À compter de 1950, la population continue d’augmenter, mais de façon moins spectaculaire. En 1961, elle se chiffre à 155 000 personnes. Par contre, les années 1960 se caractérisent par l’exode rural et l’Abitibi-Témiscamingue connaît une perte nette de 10 000 personnes. Dans les années 1970, la croissance démographique reprend avant de ralentir sérieusement après la crise de 1982. Dans l’ensemble, la population régionale augmente légèrement au cours de la période pour atteindre environ 160 000, en 1991. Par contre, la part relative de la population de l’Abitibi-Témiscamingue dans l’ensemble du Québec diminue de près du tiers, passant de 3,4 % en 1951 à 2,3 % en 1991. Mais depuis, le déclin démographique se confirme davantage, comme l’indiquent les données des derniers recensements. En 1996, la population de la région ne s’élève qu'à 154 000 et en 2001, elle est seulement de 146 000. Au recensement de 2001, l'Abitibi-Témiscamingue ne compte plus que pour 2,0 % de la population du Québec. 
 
En somme, la population de l’Abitibi-Témiscamingue fluctue en fonction de deux facteurs principaux. La mise en valeur des ressources naturelles forestières et minières ainsi que la construction du chemin de fer du National Transcontinental amènent les premières vagues de peuplement de la région. Dans les années 1930, les programmes de colonisation gouvernementaux attirent un nombre fort important de familles dans la région. Par contre, plus récemment, les baisses de la demande des matières premières sur le marché mondial expliquent la diminution de la population. 
 
 
Bibliographie :

Riopel, Marc. Le Témiscamingue. Son histoire et ses habitants. Montréal, Fides, 2002. 366 p. 
Vincent, Odette (dir.). Histoire de l'Abitibi-Témiscamingue. Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995. 763 p. Collection les régions du Québec no 7. 
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