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Potentiel hydroélectrique et l’électrification rurale
Thème : Société et institutions

La mise en valeur du potentiel hydroélectrique et l’électrification rurale

Marc Riopel, Ph.D. Histoire, À travers le temps enr., Hudson, 23 septembre 2002


Dès le début du XXe siècle, le gouvernement du Québec délègue des ingénieurs civils afin d'évaluer le potentiel hydroélectrique des différentes rivières du Témiscamingue. Dès 1900, des individus et des compagnies s'intéressent au potentiel hydraulique des rivières de la région. Par contre, il faut attendre la vague de prospérité économique du milieu des années 1910 pour que des entreprises mettent en valeur le potentiel hydroélectrique des rivières témiscamiennes. Dans un premier temps, des barrages sont construits pour alimenter les nouvelles usines de la région. Dans un deuxième temps, l’électricité gagne peu à peu les villages et, au milieu des années 1940, l’ensemble des campagnes du Témiscamingue. 
 
La fin de la Première Guerre mondiale (1914-1918) apporte une vague de prospérité économique partout au Québec. Cela se traduit notamment par des investissements dans de nouveaux secteurs industriels axés sur la transformation des matières premières, comme les pâtes et papiers, les mines et l’hydroélectricité. À cette époque, les entreprises construisent des usines de transformations dans les régions éloignées, dont le Témiscamingue. Ainsi, dans la région, nous assistons à la construction d’un moulin de pâtes à papier, à l’ouverture de mines et à la construction de barrages hydroélectriques pour alimenter ces industries. Cela donne aussi naissance à premier développement urbain au Témiscamingue. 
 
Les premiers barrages hydroélectriques de la région sont érigés par des entreprises privées afin d’alimenter leur industrie et leur ville adjacente. Ainsi, en 1917, la Riordon Pulp & Paper entreprend la construction d’un moulin de pâtes à papier et d’une centrale hydroélectrique. En fait, elle acquiert le barrage érigé par Alex Lumsden, en 1888, servant à alimenter son moulin à scie. La Riordon décide alors de moderniser ce barrage situé sur la rivière Gordon. Elle remplace le barrage en bois par des installations en ciment pouvant emmagasiner suffisamment d’eau pour produire de 30 000 à 40 000 chevaux-vapeur. Parallèlement, la Riordon structure un réseau de distribution de l’électricité à son moulin et à toutes les résidences de la ville de Témiscaming qu’elle vient de créer.  Le barrage entre en production en 1919. En 1925, la Canadian International Paper acquiert notamment ces installations hydroélectriques et, l’année suivante, les revend à sa filiale, la Gatineau Power Company.
 
Par ailleurs, les chutes et les rapides de la rivière Des-Quinze intéressent les marchands de bois et les investisseurs dès le début du XXe siècle. Mais, ce n’est qu’au début des années 1920 que son potentiel hydroélectrique sera développé par une entreprise privée. Il s’agit là du second type d’investissement dans les barrages hydroélectriques et il se caractérise par la production privée d’électricité pour la vente à différentes entreprises et villes. C’est le cas de la compagnie Northern Quebec Power qui, en 1923, entreprend l’aménagement de la rivière Des-Quinze. Elle en détourne le cours original en creusant un canal large de 7,6 mètres et long de 244 mètres. Elle érige la centrale Rivière-des-Quinze à la sortie de l’ancien lac Ka-Ka-Ke. Cette centrale entre en production en 1926 et elle approvisionne en électricité les industries de Noranda Mines Ltd et les villes naissantes de Noranda et de Rouyn. Originellement, elle produit à la fréquence de 25 cycles par seconde. 
 
À la fin des années 1930, une autre centrale hydroélectrique entre en production au Témiscamingue lors de la mise en production d’une mine par la Belleterre Quebec Mines Ltd. En 1938, cette dernière érige une centrale hydroélectrique sur la rivière Winneway afin d’approvisionner sa mine et les résidences de la nouvelle ville de Belleterre. À la fermeture de la mine, en 1959, la municipalité de Belleterre achète cette petite centrale de 2 750 kilowatts. Elle approvisionne encore aujourd’hui Belleterre, qui est la seule localité du Témiscamingue autosuffisante en énergie hydroélectrique. Depuis quelques années, Hydro-Québec est propriétaire de ces installations. 
 
Malgré la présence de ces centrales hydroélectriques à proximité des localités agricoles du Témiscamingue, ces dernières ne peuvent s’y approvisionner en électricité puisqu’elles requièrent du courant à la fréquence de 60 cycles par seconde. Elles doivent se tourner vers les centrales hydroélectriques situées en Ontario, ce que fait la Compagnie Électrique de Ville-Marie. Fondée en 1925, cette compagnie fait construire une ligne de transmission électrique pour relier les installations de la Northern Ontario Power, situées sur la rivière Montréal, à Ville-Marie, en passant par la mission Saint-Claude, le Vieux-Fort et Duhamel-Ouest. Northern Ontario Power est une filiale de Canada Power & Paper et cousine de la Northern Quebec Power. Dès lors, les résidences et les rues de Ville-Marie bénéficient du service de l’électricité. À la fin des années 1930, la Compagnie Électrique de Lorrainville prolonge la ligne de transmission électrique de Ville-Marie jusqu’à Lorrainville. 
 
Malgré les demandes répétées à Northern Quebec Power, les autres localités et les campagnes du Témiscamingue ne bénéficient pas encore de ce service au début des années 1940. À Saint-Eugène-de-Guigues, le curé Jubinville et les paroissiens décident alors de construire leur propre barrage hydroélectrique. Ils amassent des fonds et entreprennent les travaux de construction d'une centrale électrique sur la rivière Cameron. Toutefois, faute d'argent, on abandonne les travaux et le barrage reste inachevé. Il faut attendre la loi créant l’Office de l’électrification rurale, en 1945, avant de remarquer des progrès significatifs dans l’électrification des campagnes. Cette année-là, la Coopérative d’Électricité du Témiscamingue voit le jour et, après la négociation d’une entente d’approvisionnement avec Northern Ontario Power, elle entreprend la construction de lignes de transmission pour desservir toute la région. En 1947, toutes les localités et les fermes bénéficient désormais du service de l’électricité. 
 
C’est ainsi que peu à peu se développe le réseau hydroélectrique au Témiscamingue. Des centrales hydroélectriques entrent en production dans les premières décennies du XXe siècle, mais elles ne vendent leur électricité que dans les localités où sont établies des industries. Puis, grâce à de petites entreprises, Ville-Marie et Lorrainville bénéficient à leur tour de ce service. Il faut toutefois attendre la fin des années 1940 avant que la Coopérative d’Électricité desserve l’ensemble du milieu rural témiscamien. 
 
 
Bibliographie :

Riopel, Marc. De la Baie-des-Pères à Ville-Marie, 1886-1986. Ville-Marie, Comité du Centenaire, 1986, 307 p.
Trépanier, J. Au fil des ans ou la petite histoire de l'électricité en Abitibi-Témiscamingue. Sans lieu, sans éditeur, 1981. 13 p.
Gouvernement du Québec. Rapports du ministère des Terres et Forêts, 1902, p. 135-148; et 1907, p. 226-231, 250-258.
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