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Les Amérindiens
Thème : Société et institutions

Les Amérindiens au Témiscamingue et en Abitibi, au XVIe siècle

  Marc Riopel, Ph.D. histoire, À travers le temps enr., Hudson, 29 avril 2002


Plusieurs centaines d’années avant les Européens, les Amérindiens découvrent la région du Témiscamingue et de l’Abitibi. En effet, leur présence dans cette partie du Québec date d’environ 4 000 ans. Il s’avère toutefois difficile d’établir des liens de descendance directe entre ces premiers habitants et les Amérindiens actuels, qui s’identifient comme des Algonquins. Par contre, certains archéologues avancent l’idée que les ancêtres des Amérindiens actuels seraient arrivés dans la région vers les années 1300 à 1500. Ainsi, au XVIe siècle, cette région compte deux principaux groupes amérindiens, les Témiscamingues et les Abitibis qui vivent autour des lacs portant maintenant leurs noms respectifs. Ils nomadisent alors autour des lacs et des rivières, vivant en parfaite symbiose avec la nature dont ils tirent nourriture, outils, habitat, moyens de transport et vêtements, tel que le fait ressortir ce portrait de leur culture et de leur mode de vie traditionnels. 
 
Dans les années 1500, les Amérindiens du lac Témiscamingue et du lac Abitibi vivent en petits groupements familiaux. Chaque famille possède ses terres de chasse, à l’intérieur desquelles elle se déplace afin de chasser et pêcher. La chasse se fait avec des arcs et des flèches, tandis que l’on attrape le poisson à l’aide de filets et de harpons. Leur nourriture se compose de viande rouge de gros gibiers, tels les orignaux et les chevreuils, et de petits animaux, tels que les castors, les lièvres et les poissons. Lors de disette, les Algonquins mangent les racines de certaines plantes et une partie de l’écorce des arbres. La nourriture non consommée pendant l’été est séchée et boucanée, puis stockée dans des caches à plusieurs pieds du sol afin d’empêcher les animaux d’y avoir accès. Les Algonquins ont entre outre des caches de nourriture ici et là sur leur territoire, cela dans le but de transporter moins de nourriture lors de leurs déplacements. 
 
Les Algonquins fabriquent à la main tous les outils et les divers instruments qu’ils utilisent quotidiennement. Par exemple, les flèches et les harpons sont faits en pierres très dures, les os servent à la fabrication des pipes, des haches et des couteaux et l’écorce de bouleau est utilisée à plusieurs fins. Le wigwam, cette habitation de forme conique, est construit avec de l’écorce de bouleau et est recouvert de peaux d’animaux. Cette habitation peut être démontée rapidement, ce qui rend la tâche plus facile lors des déplacements de la famille. Les canots d’écorce, enduits de résine, servent de moyens de transport. Leur légèreté s’avère très utile lors des portages. Les canots contiennent de deux à quatre personnes, en plus des possessions de la famille. L’écorce de bouleau est aussi utilisée dans la confection des paniers, des cornets d’appel, des carquois et des jouets. 
 
En hiver, les Algonquins utilisent la raquette pour se déplacer sur la neige et les lacs gelés. Parmi les autres objets d’utilité courante, le porte-bébé est digne de mention. Il se compose d’un support de bois et d’un sac en cuir s’ouvrant sur le devant à l’aide d’un lacet de babiche, comme l’illustre cette description. « Le porte-bébé est une autre invention merveilleuse de l’Amérindien… Celui des Algonquins est particulièrement gracieux, ils le nomment tikanagan… Une fois l’enfant bien attaché au tikanagan, sa mère peut le placer sur son dos lors de ses déplacements. Lorsque la famille fait halte, la mère peut l’accrocher à un arbre ou l’adosser à un objet solide. Le bébé Algonquin passe les deux premières années de sa vie ainsi, dans une position verticale. Il entre dans l’existence avec une vision réaliste de son milieu. Il fait ses premiers pas vers l’âge d’un an. » (Yvon Couture, Les Algonquins. Val d’Or, Éditions Hyperborée, 1983, p. 56.) 
 
Les femmes fabriquent les vêtements avec la peau des animaux tués à la chasse. Les vêtements sont souvent brodés à l’aide de piquants de porc-épic ou de poils d’orignal teints selon un procédé qui se transmet de mères en filles. L’été, les hommes portent une peau de bête autour de la taille et des jambières recouvrant toute la jambe. Ils chaussent des mocassins faits de cuir de chevreuil, de cerf ou d’orignal. Les femmes se vêtent d’une robe, de jambières et de mocassins faits de cuir de chevreuil.  L’hiver, les hommes se recouvrent avec des peaux de castor et portent des mitaines et des mocassins plus épais. Le costume d’hiver des femmes ressemble à celui des hommes. Pendant la saison froide, les Algonquins utilisent également des peaux de lièvres comme couvertures, parce qu’elles sont très chaudes. 
 
Les Algonquins du Témiscamingue et de l’Abitibi fabriquent donc une bonne partie de leurs outils et objets d’utilité courante. Toutefois, des objets et des matériaux étrangers à la région sont introduits à la suite d’échanges avec des tribus voisines. Les Algonquins du lac Témiscamingue et du lac Abitibi font en effet partie d’un réseau d’échanges commerciaux très vaste. Ce réseau comprend les populations du voisinage immédiat telles que les groupes de la vallée de l’Outaouais, de la Haute Mauricie, mais aussi celles de la baie James, de la péninsule du Labrador ainsi que les populations iroquoiennes de la vallée du Saint-Laurent et de la région des Grands Lacs. À la fin du premier millénaire de notre ère, les échanges commerciaux augmentent considérablement, favorisant l’introduction de biens et d’objets iroquoiens parmi les groupes algonquins du Témiscamingue et de l’Abitibi. 
 
En résumé, des Amérindiens vivent dans la région du Témiscamingue et de l’Abitibi, depuis environ 4 000 ans. Les différents groupes nomades qui se succèdent apprennent très rapidement à tirer profit des ressources que leur offre la nature pour assurer leur subsistance. Les Algonquins fabriquent tout ce dont ils ont besoin pour vivre et se déplacer à l’aide de matières premières tirées de la nature entourant les lacs Témiscamingue et Abitibi. En ce qui concerne les biens qu’ils ne fabriquent pas, ils peuvent se les procurer par des échanges avec d’autres groupes d’Amérindiens. 


Bibliographie :

Côté, Marc. « Le site DaGt-1 : un établissement Algonquin du sylvicole supérieur en Abitibi-Témiscamingue », dans Traces du passé. Images du présent. Anthropologie amérindienne du moyen-nord québécois, sous la dir. de Marc Côté et Gaëtan L. Lessard, Rouyn-Noranda, Cégep-Éditeur, 1993, p. 5-59. 
Couture, Yvon. Les Algonquins. Val d’Or, Éditions Hyperborée, 1983. 184 p.
Lablierté, Marcel. « La rivière Dumoine, une route commerciale aux confins du Témiscamingue au cours de la préhistoire ». Dans Traces du passé. Images du présent. Anthropologie amérindienne du moyen-nord québécois, sous la dir. de Marc Côté et Gaëtan L. Lessard, Rouyn-Noranda, Cégep-Éditeur, 1993, p. 151-162. 
Mourier, Calixte, omi. Histoire générale du Témiscamingue au 19e siècle. Manuscrit non publié, Archives de la Société d’Histoire du Témiscamingue, 1885. 9 p.
Viau, Roland. « Gens des Terres, gens du Nord. L'occupation amérindienne, 1600-1680 ». Dans Histoire de l'Abitibi-Témiscamingue, Odette Vincent, sous la dir. de, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995, collection Les régions du Québec no 7, p.  7-121.
 
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