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La ruée vers l'or
Thème : Économie

La ruée vers l'or : l'ouverture des mines en Abitibi (1910-1950)

Marc Riopel, Ph.D. Histoire, À travers le temps enr., Hudson, 26 avril 2003

 
L’histoire des mines de la région du Témiscamingue et de l’Abitibi remonte au début de la Nouvelle-France, dans les années 1600. C’est alors que l’existence d’une première mine a été signalée aux explorateurs français de passage sur le lac Témiscamingue. Par contre, lorsque l’industrie minière prendra définitivement son envol, les activités de prospection et de mise en valeur se situent dans les régions voisines, dans le nord-est ontarien d’abord, mais surtout en Abitibi. Les prospecteurs suivent la faille de Cadillac et vont de découvertes en découvertes. Les gisements de divers métaux et d’or en particulier transforment le paysage de la région. En quelques années, de nombreuses villes minières voient le jour dans la région et contribuent grandement au développement économique de l’Abitibi et du Témiscamingue.

Remontons d’abord au XVIIe siècle, dans les premiers temps de la Nouvelle-France. Inspirés par les découvertes espagnoles au Nouveau-Mexique, les Français se mettent à la recherche de gisements de minéraux, espérant effectuer de grandes découvertes qui leur permettraient de remplir les coffres de l’administration et de financer les voyages d’expédition. L’apport des Amérindiens à ce sujet leur sera d’un précieux secours puisqu’ils connaissent fort bien le territoire et les ressources qu’il contient. À titre d’exemple, en 1686, dans la région du Témiscamingue, des Algonquins montrent aux voyageurs français l’emplacement d’une mine de plomb argentifère dans l’actuel canton de Guigues. Par contre, après son évaluation, on constate que son éloignement géographique constitue une embûche majeure à sa rentabilité. Cette mine de plomb argentifère sera finalement mise en valeur dans les années 1870, marquant ainsi les débuts de l’industrie minière dans la région de l’Abitibi et du Témiscamingue. 

À cette époque, les prospecteurs miniers fourmillent dans la région du lac Témiscamingue, tant du côté québécois que du côté ontarien. Au tournant du XXe siècle, des mines sont exploitées dans le canton de Fabre, mais leur durée de vie est éphémère. Toutefois, dès 1903, à la suite de la découverte d’un important gisement de cobalt, du côté ontarien du lac Témiscamingue, les prospecteurs abandonnent Fabre et se dirigent vers la zone de Cobalt. L’avenir leur donnera raison. Ainsi, à l’été 1904, quatre mines entrent en activités dans ce secteur. L’année suivante, le développement minier démarre sur une large échelle à Cobalt et des mines et des camps miniers apparaissent ici et là. En 1907, 500 compagnies sont actives dans le secteur de Cobalt et de Larder Lake. En 1908, la population de Cobalt, jusque-là inexistante, est estimée à 7 000, et certains avancent même le chiffre de 12 000 personnes, en 1909. Toutefois, ces gisements marquent rapidement des signes d’essoufflement.

Au début des années 1910, les prospecteurs se tournent vers d’autres zones situées des deux côtés de la frontière interprovinciale. Ils suivent la faille de Cadillac qui s’étend du nord-est ontarien jusqu’à Val-d’Or. En 1911, Edmund Horne effectue ses premières découvertes dans le canton de Rouyn. Il retourne dans ce secteur les années suivantes et, en 1920, il jalonne des terrains sur le nord du lac Osisko. D’autres gisements sont mis à jour par la suite. À compter de 1922, c’est la ruée minière dans ce secteur, principalement après les découvertes de gisements Powell et Horne. En 1925, des financiers new-yorkais fondent la Noranda Mines Limited et cette compagnie achète les terrains du prospecteur Horne. La Noranda Mines entreprend alors la construction d’une mine, d’une fonderie et d’une ville, baptisée Noranda, sur les bords du lac Osisko. 

À la même époque, les prospecteurs poursuivent leur travail d’exploration et se rendent dans la région des sources de la rivière Harricana, où ils découvrent d’importants gisements aurifères dans le secteur qui s’étend des actuelles villes de Cadillac à Val-d’Or. Ce dernier secteur s’avère l’une des plus riches découvertes faites jusque-là. La mine Lamaque, qui ouvre à proximité de l’actuelle ville de Val-d’Or, devient rapidement la plus grosse productrice d’or de la province de Québec. Ainsi naît Bourlamaque. une ville de compagnie. Parallèlement à cette dernière se développe Val d‘Or, à l‘initiative des commerçants. On retrouve le même phénomène avec les villes de Noranda et de Rouyn.

L’augmentation du prix de l’or, de 20 $ à 35 $ l’once, en 1934, entraîne l’ouverture de la plupart des mines d’or de la région. La mise en activités des mines abitibiennes a des retombées sur l’ensemble de l’économie provinciale puisqu’elles permettent à l’industrie minérale québécoise de prendre son envol définitif, à compter des années 1930. Au total, de 1927 à 1950, 50 mines entrent en production en Abitibi et au Témiscamingue, la plupart étant situées le long de la faille de Cadillac; 40 d’entre elles produisent de l’or, neuf du cuivre, du zinc et de l’argent et une du molybdène. 

La production des mines d'or de l'Abitibi et du Québec atteint son apogée en 1942, pour ensuite décliner jusqu'en 1947. Cela s'explique par des restrictions imposées en raison de la Deuxième Guerre mondiale, notamment en ce qui a trait au matériel de production et à l'outillage utilisé pour l'extraction. Il faut ajouter à cela la rareté de la main-d'oeuvre puisque les hommes sont mobilisés au sein des forces armées canadiennes. Pour pallier la pénurie de main-d'oeuvre, les compagnies embauchent des fils d'agriculteurs des zones rurales. Jusque-là, des travailleurs ontariens et des immigrants formaient l’essentiel de la main-d'oeuvre. La plupart d’entre eux étaient arrivés en même temps que la compagnie minière. Malgré certaines difficultés, l’intérêt pour l’exploitation minière se maintient et après la Deuxième Guerre mondiale, la prospection gagne le district de Chibougamau-Chapais.

L’industrie minière débute lentement autour du lac Témiscamingue, dans les années 1900, notamment dans le secteur de Cobalt, en Ontario. En 1910, les prospecteurs suivent la faille de Cadillac et découvrent d’importants gisements de cuivre et d’or, les années suivantes. Dans les années 1920, la Noranda Mines Ltd. entre en production. Les mines d’or prennent toutefois leur essor à compter de 1934 et la mine Lamaque se hisse rapidement au sommet des productrices d’or au Québec.  


Bibliographie :

Cassidy, George L. Arrow North. The Story of Temiskaming. Coblat, Highway Book Shop, 1976. 398 p.
Gourd, Benoît-Beaudry. « L'Abitibi-Témiscamingue minier : 1910-1950 », dans Histoire de l’Abitibi-Témiscamingue, sous la dir. d’Odette Vincent, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995, p. 283-320. Collection Les régions du Québec no 7.
Québec, Ministère des Mines et des Pêcheries, Service des Mines. L'industrie minière et la statistique de la province de Québec, rapport des années 1942 à 1947.
Surtees, Robert J. The Northern Connection. Ontario Northland Since 1902. North York, Captus Press Inc., 1992. 332 p.
Vallières, Marc. Des mines et des hommes. Histoire de l'industrie minérale québécoise. Des origines au début des années 1980. Québec, ministère de l'Énergie et des Ressources, 1989. 439 p.
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