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Le Grand feu de 1922
Thème : Société et institutions

Le Grand feu de 1922 dans le nord du Témiscamingue

Marc Riopel, Ph.D. Histoire, À travers le temps enr., Hudson, 20 septembre 2002


S’il est un événement marquant dans la mémoire collective des gens du Témiscamingue, c’est bien le Grand feu de 1922. Ce feu a causé beaucoup de dégâts dans la partie nord du lac Témiscamingue. La ville de Haileybury a été presque complètement détruite, ainsi que North Cobalt. Des gens ont dû se jeter dans les eaux du lac Témiscamingue et d’autres se sont protégés avec une couverture mouillée pour être épargnés par le feu. Les communautés de Notre-Dame-du-Nord et de Nédelec sont aussi fortement touchées par ce grand feu qui survient à peine quelques années après la grippe espagnole. Ce texte présente d’abord les conditions dans lesquelles ce feu s’est déclaré et propagé. Ensuite, un contemporain, Hilaire Damphousse, relate le passage du feu dans les environs de Notre-Dame-du-Nord. 
 
Au tournant des années 1920, à partir du 4 octobre de chaque année, le gouvernement provincial de l’Ontario permet aux gens d’allumer des feux d’abattis, peu importe si l’indice de danger pour les feux de forêt est élevé. Or en 1922, même si septembre avait été très sec, de nombreux feux ont été allumés dans le secteur nord-ouest du nord-est ontarien dès que l’interdiction des feux d’abattis a été levée. Lorsque le vent léger du matin se change brusquement en rafales en début d’après-midi, ces petits feux se transforment en un incendie dévastateur qui se propage rapidement en direction de Haileybury et de Notre-Dame-du-Nord. 
 
Voici maintenant ce que raconte Hilaire Damphousse à propos des ravages causés par ce feu chez les familles de Notre-Dame-du-Nord, dont plusieurs demeuraient dans cette localité depuis une dizaine d’années seulement. 
 
« La désolation est à son comble, vers les 15h30-16h00, à cause de la fumée ; il fait noir comme en pleine nuit. Mais le feu ne s'arrête pas là. Parti d’Haileybury, il continue son chemin destructeur vers Belle-Vallée, Notre-Dame-du-Nord et Nédelec, saute la rivière Des-Quinze pour se propager dans Notre-Dame-des-Quinze. Comme à Haileybury, le vent souffle à une vitesse de près de 130 kilomètres à l'heure. Le « Grand Feu » fait son apparition dans les propriétés de Élie Marcoux (aujourd'hui propriété de Mme Denis) et, dans le rang Cossette, à la ligne interprovinciale ou le Petit-Nédelec. Dans le rang Cossette, seule la propriété de M. Trefflé Laforge est épargnée et toutes les familles du rang s'y réfugient. À Judge, en Ontario, le feu brûle presque tout sur son passage. 
 
« Ici, comme par magie, quelques bâtiments sont épargnés dans les rangs et près du lac Témiscamingue : les familles Kelly, Léon Beaudry, Legendre et le quai où accostent les bateaux. Mais tout le reste brûle : le bas du village à sa largeur, le côté droit de la rue Principale jusqu’à la rue Ontario, chaque côté de la Banque Nationale, le magasin de Alphonse Dupuis et la pharmacie du docteur Armand Beauséjour du côté nord. Ici, comme à Haileybury, le village est séparé en deux. L'école brûle. Celle-ci nous servait de chapelle en remplacement de notre ancienne église qui avait brûlé le 1er janvier 1918. Notre église actuelle et le presbytère, alors en construction, sont épargnés. Les gens dont les maisons sont épargnées aident comme ils le peuvent, les sinistrés. Ici, nous déplorons une perte de vie, Émile Nadeau.  Il a péri en voulant aller voir ses propriétés au Petit-Nédelec. 
 
« La désolation est grande, il y a des pleurs, des cris, des lamentations, c'est triste à voir et à entendre ! Vers 18h00, le vent vire nord-ouest, ça sauve le nord du village, mais fait brûler le côté est, jusqu'à la rue Desjardins. Entre-temps, à cause des vents qui sont très forts, le feu saute la rivière et continue ses ravages du côté de Notre-Dame-des-Quinze. Les débris enflammés se multiplient, le feu est partout. […] 
 
« Le soir, vers 11 heures, le vent devient très froid et, réunis autour d’un feu (bienveillant celui-là) pour se réchauffer, les gens apprécient du fond du cœur les beurrées de graisse et les couvertures qui leur sont offertes. Le « Grand Feu » a semé la désolation partout où il est passé. Le lendemain, les yeux rougis, la population regarde, désespérée, les six pouces de neige, noircie par les cendres, tombée durant la nuit et qui recouvre les carcasses de leurs pauvres bêtes et les restes de leurs demeures. Le désespoir dans l’âme, personne ne peut dire un mot sans laisser couler de grosses larmes. Il faut repartir à zéro. » 
 
Pour plusieurs de ces nouveaux colons, tout est à refaire : maison, étable, grange et dépendances, en plus des animaux et de la machinerie à remplacer. Les jours suivants, les agriculteurs récupèrent leurs animaux éparpillés le long des routes et dans les champs. De plus, l’hiver s’en vient, ce qui oblige les gens à faire diligence. Des comités d’aide sont formés dans différentes municipalités du sud de la province et ils envoient, par chemin de fer, de la nourriture, des marchandises et des vêtements. Ces articles sont acheminés à la gare de Haileybury et ceux qui ont sauvé leurs chevaux et leurs voitures s’affairent à les transporter jusqu’à Notre-Dame-du-Nord et à Notre-Dame-des-Quinze, où ils sont ensuite distribués aux sinistrés. Ce feu a aussi dévasté les forêts avoisinantes, causant un grave problème d’approvisionnement en bois pour les années à venir. Pour s’approvisionner en bois de chauffage, un corps combustible indispensable pour le chauffage des maisons en hiver, les habitants seront obligés de se rendre aussi loin qu’à Guérin.
 
 
Bibliographie :

Damphousse, Hilaire. Le « Grand Feu » de 1922. Manuscrit, sans date.
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