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L’Érablière des Pignons
Thème : Économie

L’Érablière des Pignons au Témiscamingue

Marc Riopel, Ph.D. Histoire, À travers le temps enr., Hudson, 10 octobre 2002 


Le secteur forestier amène la création de différentes entreprises de transformation du bois et permet aussi l’exploitation commerciale d’érablières. Il en existe quelques-unes en activité au Témiscamingue, en particulier celle des Pignons, à Laniel. L’entaillage des érables constitue en fait une ancienne tradition amérindienne. Cette activité est reprise par des entrepreneurs Blancs qui désirent offrir ce service à l’ensemble de la population. Les érablières, ou sucrerie comme on les appelle également, démarrent de façon artisanale. Puis, au tournant des années 1980, certaines d’entre elles optent pour la nouvelle technologie du système à tubulure. Mais la pollution environnementale engendre des conséquences désastreuses pour certaines entreprises, comme le démontre l’histoire de l’Érablière des Pignons. 
 
L’érablière des Pignons est exploitée commercialement depuis le milieu des années 1930. Auparavant, elle appartenait à une famille d’Algonquins, les Jawbone. Ces derniers l’exploitent à des fins personnelles. Il s’agit pour eux d’une activité printanière, comme plusieurs autres familles algonquines le font dans la région. Ils entaillent deux coteaux d’érables avec des cornets de bouleau. Les Algonquins recueillent ensuite la sève dans des paniers d’écorce de bouleau et la font bouillir dehors dans de grandes marmites de fonte accrochées à un trépied. Ils en obtiennent des blocs de sucre qu’ils utilisent régulièrement dans leur diète. 
 
En 1934, Albert Gagnon se porte acquéreur de ce terrain, qui appartenait aux Jawbone. Il débute la production commerciale d’eau d’érable à cet endroit. On l’appelle la Sucrerie d’Albert Gagnon. M. Gagnon développe lentement son érablière. À ses débuts, il achète quelques chaudières d’aluminium et ramasse l’eau d’érable avec des chevaux. Il ramène l’eau à la cabane, qui possède un évaporateur. Lorsque son volume d’eau augmente, il achète de nouvelles chaudières et un deuxième évaporateur. En 1969, il compte 5 400 chaudières pour ramasser l’eau d’érable. M. Gagnon reçoit le public le dimanche pour des parties de tire traditionnelle. Comme publicité, il se rend au village et avertit les gens qu’il recevra le public à son érablière, le dimanche suivant entre 14h00 et 17h00. Il fixe le prix d’entrée à 1,50 $ et les gens peuvent manger de la tire d’érable à volonté. Il vend également du sirop. 
 
Albert Gagnon demeure propriétaire de l’érablière jusqu’en 1969. Il vend alors la propriété, l’équipement et les bâtiments à la famille Laforest. Il s’agit de Janel Laforest et deux de ses fils, Michel et Henri. Henri en assume la gérance. Les Laforest modernisent les bâtiments et lui donnent le nom d’Érablière des Pignons. Ils poursuivent l’exploitation de l’érablière à la chaudière pendant 10 ans. Ils achètent un « Muskeg » pour faire la tournée des érables et ramasser l’eau. Ils augmentent la production de sirop jusqu’à 450 gallons par année avec le système à chaudière. 
 
Les préparatifs en vue de la saison des sucres débutent en février. La première étape consiste à tracer les sentiers et à vérifier l’état du matériel. Viens ensuite l’entaillage des érables. Ce travail se fait à deux personnes qui vont en raquettes d’un arbre à l’autre et choisissent l'endroit où entailler. Le premier entaille et le second place le chalumeau. Cette opération se termine vers le 20 mars, au début du printemps. Par la suite, ils accueillent les visiteurs à toutes les fins de semaine. Au menu des repas, on sert des fèves au lard, des grillades, aussi appelées des Oreilles de Christ, des œufs dans le sirop et des crêpes, sans oublier la tire sur la neige. Les Laforest vendent également du sirop d’érable aux visiteurs. 
 
En 1979, les Laforest modernisent leur entreprise en adoptant un système à tubulure pour recueillir l’eau d’érable. Il s’agit d’un système qui relie tous les érables à une station de pompage centrale et de là, aux évaporateurs pour transformer l’eau en sirop. Ils reçoivent l’aide financière et technique du gouvernement du Québec à cette fin. À la première année d’opération avec ce nouveau système, on s’aperçoit que certains érables fournissent moins d’eau que d’autres. Après examen, on constate le dessèchement des érables dû aux pluies acides. D’année en année, les érables fournissent de moins en moins d’eau, forçant ainsi les Laforest à fermer l’Érablière des Pignons en 1985. Le système à tubulure est démantelé et revendu. Malgré ce problème environnemental, il existe d’autres érablières en activité, dont une à Laniel et une à Fugèreville. 
 
Les Blancs ont fait leur la vieille pratique algonquine d’entailler les érables. À la différence des Algonquins pour qui les érables sont une façon de se procurer du sucre et des gâteries, les Blancs exploitent les érablières comme activité où commerce et loisirs sont complémentaires. L’Érablière des Pignons de Laniel accueille des groupes de 1930 jusqu’au milieu des années 1980. Le dessèchement des érables, problème causé par les pluies acides, force alors cette entreprise à fermer ses portes.  
 
 
Bibliographie : 

Drouin, Rita et collaboratrices. Femmes Algonquines, anecdotes. Ville-Marie, Comité de la Condition féminine au Témiscamingue et Multi-Diffusion enr., 1989. 50 p. 
Laforest, Henri. Entrevue réalisée par Marc Riopel. Fabre, Multi-Diffusion enr., 20 novembre 1989. 60 minutes. 
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