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La crise du bois d’œuvre abitibien
Thème : Économie

La crise et le secteur du bois d’œuvre abitibien, 1930-1945

Marc Riopel, Ph.D. Histoire, À travers le temps enr., Hudson, 13 décembre 2002


Les scieries assurent le développement et la prospérité des villages forestiers abitibiens, au cours des années 1910 et 1920. Par contre, la crise économique de 1929 frappe durement ces nouvelles localités, dont l’économie est axée principalement sur l’exploitation forestière. Des établissements déclarent alors faillite, ce qui entraîne diverses répercussions. Les sous-traitants forestiers et les marchands de bois, entre autres, cessent eux aussi leurs activités et les colons s’en trouvent doublement touchés. Cette période difficile motive le départ de plusieurs familles de l’Abitibi. Puis, à compter du milieu des années 1930, la situation économique du pays se replace. Dans la région, cela se traduit par l’ouverture de nombreuses mines ainsi que de dizaines de nouvelles paroisses à la suite de l’entrée en vigueur de plans gouvernementaux de colonisation. 
 
La crise économique qui éclate en 1929 porte un dur coup à l’économie forestière de l’Abitibi. L’importante augmentation du tarif douanier imposé par les Américains sur le bois d’œuvre entraîne des conséquences désastreuses pour le secteur du bois de sciage abitibien. En fait, le nouveau tarif douanier force la fermeture des principales scieries d’Amos, de Macamic, de La Reine, de La Sarre, de Barraute et de Senneterre. Mais il y a plus. La crise de surproduction qui sévit dans l’industrie des pâtes et papiers se répercute également en Abitibi, même s’il n’y a pas de telles usines dans la région. L’usine de l’Abitibi Power & Paper, située à Iroquois Falls, en Ontario, s’approvisionne en bonne partie dans les forêts du sud du lac Abitibi. Sa faillite, en 1931, entraîne celle de la plupart de ses sous-traitants forestiers pour lesquels travaillaient la majorité des colons des environs, en plus de mettre fin aux achats de cette compagnie au lac Abitibi. 
 
Ainsi, les colons perdent un important revenu d’appoint à la suite de la fermeture des chantiers forestiers des entreprises de sciage, de ceux de l’Abitibi Power & Paper et des sous-traitants. De plus, ils ne peuvent plus vendre le bois coupé sur leurs lots, n’ayant pratiquement aucun acheteur. La CIP continue certes d’acheter du bois des colons abitibiens pour son moulin à papier de Témiscaming, mais en quantité et à prix réduits. En 1934, certaines grosses scieries, telles Howard-Bienvenu de La Sarre, poursuivent leurs activités, mais elles ne coupent que le bois déjà empilé dans leur cours. À court d’argent liquide, la compagnie ne peut payer ses ouvriers. Ceux-ci sont alors logés et nourris en échange de leur travail. Face à la crise qui sévit dans l’industrie du bois, 1 600 personnes, qui vivent en majorité dans les villages forestiers, décident de quitter l’Abitibi entre 1928 et 1930,
 
Cette difficile situation s’étire sur quelques années pour les colons abitibiens. Toutefois, la reprise économique qui s’amorce au milieu des années 1930 laisse entrevoir des jours meilleurs pour ces derniers et le secteur forestier en général. Les scieries, en particulier, bénéficient des programmes gouvernementaux de colonisation dirigée, dont les Plans Gordon et Vautrin. En effet, dès 1932, des contingents de colons arrivent en Abitibi et les scieries fournissent le bois au ministère de la Colonisation pour la construction des premières maisons. Une fois établis sur leur nouveau lot, les colons apportent ensuite leur bois aux scieries pour en faire des planches et des madriers utilisés pour la construction résidentielle et les bâtiments de ferme. La venue de centaines de familles de colons, dans la décennie 1930, contribue donc à la relance des scieries. À cela, s’ajoute l’augmentation graduelle de la demande de bois sur les marchés nationaux et internationaux. 
 
Par ailleurs, dans les années 1930, le marché régional du bois de construction est aussi en plein essor en raison de la découverte d’importants gisements miniers, un peu partout en Abitibi. L’ouverture des mines et la construction de villes minières adjacentes constituent un marché fort important et lucratif pour les scieries régionales. En effet, les compagnies minières achètent de grandes quantités de bois pour la construction des bâtiments de mines et des galeries souterraines. Plusieurs villes minières sont alors construites le long de la faille de Cadillac et dans le secteur de La Sarre, à proximité des puits de mines et dans les environs immédiats. À titre d’exemple, Dans la seule année 1941, les besoins des diverses mines de l’Abitibi atteignent 68 600 m3 de bois.
 
En 1934, l’Abitibi compte 55 scieries. La reprise du secteur forestier se fait nettement sentir dans les années de la Deuxième Guerre mondiale. Ainsi, en 1939, on dénombre 130 scieries abitibiennes et, en 1950, il y en a 215. Cette année-là, elles produisent 354 000 m3 de bois. Toutefois, dans la grande majorité des cas, il s’agit de petites industries dont la production annuelle se situe en deçà de 2 360 m3 de bois. En fait, en 1943, seulement 17 des 187 scieries de l’Abitibi et du Témiscamingue produisent sur une large échelle. De ce nombre, 11 sont dans le secteur de La Sarre, qui devient alors le plus gros centre forestier de la région. À titre d’exemple, la scierie Howard-Bienvenu, de La Sarre, produit plus de 11 800 m3 de bois annuellement, tandis que quatre autres entreprises produisent entre 2 360 et 11 800 m3. Ces cinq scieries embauchent alors plus de 350 ouvriers. Les villes d’Amos et de Senneterre comptent elles aussi de grosses scieries. 
 
La crise économique de 1929 a donc secoué fortement le milieu forestier abitibien. Les propriétaires de scieries et l’usine de pâtes et papiers d’Iroquois Falls déclarent faillite. Cela se répercute sur les colons puisque les chantiers forestiers ont fermé et que les acheteurs de bois ont cessé eux aussi leurs activités. Puis, au milieu des années 1930, la colonisation agricole et l’ouverture de mines relancent les scieries régionales. Les marchés nationaux et internationaux rouvrent lors de la Deuxième Guerre mondiale, ce qui consolide la reprise du secteur forestier. La Sarre s’impose alors comme centre forestier régional. 

 
Bibliographie : 

Asselin, Maurice et Benoît-Beaudry Gourd. « Les plans de colonisation et la consolidation du monde rural: 1930-1950 », dans Histoire de l’Abitibi-Témiscamingue, sous la dir. de Odette Vincent, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995, Collection Les régions du Québec no 7, p. 235-281. 
Perron, Martin. L'histoire de l'exploitation forestière dans la région de La Sarre de 1910 à 1980. La Sarre, Capitale forestière du Canada, La Sarre - 1989, 1989. 46 p.
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