Chania

Laniel
Thème : Économie

Laniel : un village différent

Marc Riopel, Ph.D. Histoire, À travers le temps enr., Hudson, 9 octobre 2002

 

Le petit village de Laniel représente un cas intéressant dans l’histoire du Témiscamingue. Contrairement à la majorité des autres localités de la région dont l’économie est axée sur l’agriculture, l’histoire de Laniel se forge au gré des grands travaux publics réalisés dans la région, en particulier lors de la construction d’un barrage de rétention des eaux et du chemin de fer. De plus, dès les années 1930, Laniel devient une destination touristique pour les amateurs de chasse et de pêche. Par ailleurs, des entomologistes à l’emploi du gouvernement fédéral y établissent une station d’études des insectes. Ce petit village situé au cœur de la forêt, sur les rives du lac Kipawa, accueille également une scierie d’une certaine importance qui fournit de l’emploi à la majorité des habitants, du moins pour quelques années. Après sa fermeture, Laniel développe sa vocation de village touristique qu’il poursuit encore aujourd’hui. 
 
Laniel doit d’abord son existence à la construction d’un barrage de rétention des eaux du bassin hydrographique du lac Kipawa, au tournant des années 1910. À cette époque, le gouvernement fédéral effectue ce type de travaux afin de régulariser le niveau de l’eau de la partie nord de la rivière des Outaouais, entre le Témiscamingue et le Grand Lac Victoria. Le gouvernement réagit ainsi aux pressions exercées par divers entrepreneurs d’Ottawa et d’Hull à l’effet d’obtenir un débit d’eau constant toute l’année pour alimenter leurs établissements industriels. Sur le lac Kipawa, cela se traduit par la reconstruction des deux barrages existants, l’un à proximité de la rivière Gordon, dans la partie sud, l’autre près de l’actuel village de Laniel où la rivière Kipawa prend sa source. Dans ce cas-là, il s’agit de remplacer la vieille digue en bois construite vers 1882 par Charles Smith. En 1911, une fois le nouveau barrage en béton en service, la famille Denis vient s’y établir à titre de surveillant du barrage. 
 
En 1922, deux familles seulement demeurent dans le secteur de Laniel. La construction du chemin de fer sur l’ensemble du territoire témiscamien, entre 1922 et 1924, entraîne le développement d’un petit hameau dans ce secteur dont les terres sont impropres à l’agriculture. Quelques-uns des travailleurs affectés à la construction de la voie ferrée décident d’y élire domicile. Ils fondent ainsi le hameau auquel ils donnent le nom de Laniel, en l’honneur du missionnaire oblat Armand Laniel. Une fois les travaux terminés, le Canadien Pacifique embauche quelques personnes pour veiller à la bonne marche de la gare et des activités ferroviaires en général. Dans les années 1920, seul le chemin de fer relie Laniel à Témiscaming au sud et aux localités de la région au nord. 
 
Le nouveau village se développe rapidement dans les années 1920. Une première école en bois rond est construite, des entrepreneurs ouvrent un hôtel, deux magasins, auxquels s'ajoute un bureau de poste. La pêche commerciale débute sur le lac Kipawa en 1923, alors que des gens de Laniel expédient différentes espèces de poissons par chemin de fer. Une chapelle-école est construite en 1933 et cette année-là, les Oblats de Ville-Marie débutent leurs missions catholiques à Laniel. Puis, en 1937, on construit un chemin de Fabre à Laniel, route qui se rendra en 1946 jusqu'à Témiscaming. Au début des années 1940, deux pourvoyeurs, John Denis et M. Dorval, lancent leur entreprise qui accueille des touristes américains venus pour la pêche et la chasse. 
 
L’ouverture d’une station entomologique en 1929 par le ministère de l’Agriculture du Canada constitue l’élément le plus original de l’histoire de Laniel. Ainsi, à chaque été, des entomologistes étudient les insectes dans ce secteur du Témiscamingue afin de trouver des moyens de protéger la forêt et la faune contre les dommages qu’ils peuvent causer aux différentes essences forestières. Les chercheurs embauchent Adrien Denis de Laniel à titre de guide et d’homme à tout faire. La station se situe à la pointe aux pins à Laniel et compte quatre bâtiments. Il y a le chalet principal qui sert aussi de cuisine, le chalet pour le chercheur responsable de la station et sa famille, le petit chalet pour les étudiants en stage et le laboratoire. En 1965, le ministère des Forêts du Canada, responsable de la station, décide de mettre fin à ses activités. En 1978, Jacqueline Perreault achète le terrain et les bâtiments et les transforme en gîte d’hébergement touristique qui démarre en 1981 sous le nom de Chalets Pointe-aux-Pins. 
 
Par ailleurs, le secteur forestier fournit de l’emploi à plusieurs travailleurs de Laniel à titre de bûcherons et d’ouvriers de scierie. En effet, au milieu des années 1940, le sous-traitant forestier Henri Gagnon et le marchand de bois Paul-O. Goulet, tous deux de Fabre, s’associent et construisent une scierie à Laniel. Elle produit six mois par année et fournit du travail à une quinzaine d’hommes. En 1949, la Consolidated Paper Company achète cette scierie et procède à sa modernisation. Elle remplace les scies rondes par des scies à rubans et augmente du coup la capacité de production de 6 100 mètres de planche par jour à 12 800 mètres de planche la première année d’activité. Mais, en 1952, devant la volonté de ses employés de se syndiquer, la Consol, comme les gens la désignent, décide de fermer la scierie de Laniel et de draver le bois jusqu’à Pembroke où elle possède également une scierie. 
 
Ainsi, le petit village de Laniel se démarque de la majorité des autres villages du Témiscamingue. Il doit son existence à la réalisation de grands travaux publics. Son économie est axée sur le tourisme, la pêche commerciale et l’exploitation forestière. À cela, s’ajoute la présence d’une station entomologique pour l’étude des insectes. Après la fermeture de cette station et de la scierie, Laniel se spécialise dans le tourisme et la pêche commerciale.  
 
 
Bibliographie :

Archives nationales du Canada. Fonds Département des Travaux publics, Commission de la régularisation des eaux de l’Outaouais, 5 mai 1903.
Caya, Raoul. Entrevue réalisée par Marc Riopel. Laniel, Société d’histoire du Témiscamingue, novembre 1983. 40 minutes. 
Denis, Adrien. Entrevue réalisée par Marc Riopel. Laniel, Société d’histoire du Témiscamingue, novembre 1983. 40 minutes. 
Ministère des Travaux publics du Canada. Rapports annuels, 1908-1914. 
 
Chania
Chania
Chania
Chania