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Le flottage du bois
Thème : Économie

Le flottage du bois sur les affluents de l’Outaouais supérieur 

Marc Riopel, Ph.D. Histoire, À travers le temps enr., Hudson, 20 septembre 2002

 
À compter de 1918, la Riordon Pulp & Paper Company organise un système de flottage du bois dans le secteur des lacs Simard et Des-Quinze, complémentaire à celui en vigueur sur le lac Témiscamingue. Lorsque la Canadian International Paper Company achète les actifs de la Riordon, en 1925, elle étend considérablement ce réseau pour atteindre graduellement le secteur du Grand Lac Victoria. Ce réseau compte une série de camps de drave, situés à des points stratégiques, et des remorqueurs de bois qui se relaient les estacades d’un lac à l’autre. Cela permet à la CIP d’acheminer sans problème les billes de bois coupées par ses sous-traitants forestiers des sources de la rivière des Outaouais supérieur au lac Témiscamingue puis à son moulin de Témiscaming, comme l’explique ce texte.
 
Les billots d’épinettes transformés au moulin Kipawa de Témiscaming proviennent d’aussi loin que du Grand Lac Victoria, situé dans le parc de La Vérendrye. Ces billes flottent librement sur la rivière des Outaouais supérieur jusqu’au rapide de l’Esturgeon, situé à huit kilomètres au nord du lac Simard. Là, elles sont assemblées en estacades et des remorqueurs les prennent en charge jusqu'à Angliers. Au pied de la rivière Des-Quinze, des draveurs défont les estacades pour acheminer les billes librement jusqu’au lac Témiscamingue, où, de nouveau, elles sont rassemblées en estacades et remorquées jusqu’au moulin Kipawa, ou encore vers les usines de l’Outaouais. Afin d’assurer le succès des opérations de flottage, la CIP fonde une compagnie, la Lake Expanse Booming and Driving Company, dans les années 1930, et lui donne l’exclusivité du flottage du bois sur les lacs Simard et Des-Quinze.
 
Pour assurer la liaison entre ces différents points, on procède à la construction et à l’organisation de quatre camps de drave. Il s’agit du Riordon Depot, du Boom Camp, du Grassy Narrow et de celui d’Angliers. Ainsi, en 1918, la Riordon construit le Riordon Depot à la Baie Gillies, sur le lac Des-Quinze. Pendant l’été, ce camp loge les draveurs et assure l’approvisionnement des bateaux et des hommes. Dans les années suivantes, le déplacement vers le nord des zones de coupes forestières amène la Riordon à établir un second camp de draveurs, situé de l’autre côté du lac Simard, nommé le Boom Camp. Il s’agit du camp le plus important de la compagnie papetière puisque tous les billots provenant de la rivière des Outaouais supérieur et de ses affluents y sont assemblés en estacades par les draveurs. Le Boom Camp comprend quatre bâtiments : un dortoir, une cuisine, un entrepôt et un bureau. 
 
L’ouverture d’un troisième camp de draveurs, situé au Grassy Narrow, s’avère nécessaire après la construction des ponts du Grassy Narrow, au début des années 1940. À cet endroit, le Henderson termine son voyage et remet les estacades à un second remorqueur, le T.E. Draper. La construction des ponts rend impossible le passage des estacades sous ceux-ci. Les draveurs défont alors les trains de bois, acheminent les billes sous les ponts et rassemblent les estacades de l’autre côté. Ce camp, de dimension plus modeste, compte un dortoir, un bureau et une cuisine et il loge une quinzaine d’hommes. La CIP y installe un gros réservoir à essence pour les besoins de ses deux remorqueurs de bois. 
 
La CIP établit un quatrième camp de draveurs à Angliers. Leur travail consiste à défaire les trains de bois et à faire passer les billots dans le glissoir du barrage. Ensuite, les billots flottent librement jusqu’au lac Témiscamingue, où les travailleurs de la ICO les regroupent et les expédient à Témiscaming, notamment. Pour structurer ce camp de draveurs, la CIP achète à Angliers un grand entrepôt de la compagnie W.C. Edwards et en fait le centre d’approvisionnement des camps de drave l’été et de ses chantiers l’hiver. La CIP embauche des équipes de draveurs qui assurent le bon déroulement du flottage sur la rivière Des-Quinze, évitant ainsi les embâcles le long des rapides. Elle recrute ses travailleurs parmi les Algonquins de Notre-Dame-du-Nord. 
 
Le métier de draveurs n’est pas de tout repos. Ils travaillent six jours de 12 heures par semaine, et les employés au remorquage s’activent sept jours sur sept. Comme mentionné précédemment, deux principaux bateaux assurent le remorquage du bois du rapide de l’Esturgeon à Angliers, le T.E. Draper et le J.A.H. Henderson. Le plus important est sans contredit le T.E. Draper. Il tient son nom de T.E. Draper, fondateur et premier gérant de la division forestière Kipawa. La CIP acquiert ce remorqueur, en 1929. La compagnie John Inglis a fabriqué ce bateau et l’a expédié par train jusqu’à Laverlochère, où les différentes pièces sont transportées par des chevaux jusqu’à la Baie Gillies, où il est assemblé. Le Draper mesure 19 mètres de longueur et plus de cinq mètres de largeur et il pèse 100 tonnes. Il effectue le trajet de Grassy Narrow à Angliers. Cela lui prend entre 24 et 36 heures, selon la température et les conditions de navigation. 
 
En 1930, la CIP met en service un second remorqueur, le J.A H. Henderson, également construit par la compagnie John Inglis. Nommé ainsi en l’honneur de l’ingénieur en chef de la compagnie, il arrive à Angliers tout assemblé. Le Henderson parcours la distance du Boom Camp au pont du Grassy Narrow en 18 heures, s’il fait beau, ou en plus d’une journée si la température est mauvaise. Trois ou quatre heures sont nécessaires pour effectuer le trajet de retour lorsque les estacades sont vides. Avec l’abandon du flottage du bois en Abitibi et au Témiscamingue, à la fin des années 1970, cesse l’utilisation de ces bateaux dans la région. Le T.E. Draper a été mis en cale sèche, à Angliers, où il a été transformé en centre d’interprétation de l’histoire. 
 
En somme, la Riordon puis la CIP structure un réseau de flottage du bois dans la partie nord de la région, couvrant le trajet entre Angliers et le parc de La Vérendrye. Des camps de drave assurent l’approvisionnement et le logement des draveurs. Les billots d’épinettes peuvent être ainsi transportés jusqu’au lac Témiscamingue. 
 

Bibliographie :

Gourd, Benoît-Beaudry. Angliers et le remorqueur T.E. Draper. Rouyn, Cahiers du département d'histoire et de géographie, 1983. 95 p. Collection Travaux de recherches no 5. 
Lienert, Albert. The Story of the (Kipawa) Noranda Woods Division. Sans lieu, CIP, 1966. 98 p.
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