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Le fort Témiscamingue, 1760-1901
Thème : Économie

Apogée et déclin du fort Témiscamingue, 1760-1901

Marc Riopel, Ph.D. Histoire, À travers le temps enr., 29 avril 2002


Après la Conquête de 1760, la Nouvelle-France passe aux mains de l’Angleterre. Cette dernière prend possession de toute la colonie, y compris des postes de traite de fourrures. Ainsi, dès 1763, les marchands anglais s’établissent sur les rives du lac Témiscamingue et du lac Abitibi. Ils y poursuivent la traite des fourrures avec les Algonquins, amorcée par les Français. Cela entraîne cependant de nombreuses transformations dans le fonctionnement de la traite des fourrures, notamment au sujet de l’émission des permis de traite et du rôle du poste de Témiscamingue. Pendant cette période, les Algonquins s’intègrent davantage au commerce des fourrures. Mais ce secteur d’activité économique amorce son déclin au début du XIXe siècle, comme l’illustre l’exemple du commerce des fourrures au Témiscamingue, de 1760 à 1901. 
 
À cette époque, de nouvelles règles régissent le commerce des fourrures. Dorénavant, la traite des fourrures est ouverte à tous, marquant la fin du système des congés de traite exclusifs, instauré par les Français. Ainsi, à compter de 1763, de nombreux marchands de fourrures se lancent dans l’aventure de la traite au Témiscamingue et en Abitibi. Cela entraîne notamment une prolifération de petits marchands dans la région du Témiscamingue et de l’Abitibi. Cette situation durera environ 30 ans, jusqu’à ce que la Compagnie du Nord-Ouest acquière le poste de traite de Témiscamingue, en 1795. La Compagnie en confie la gestion à Simon McTavish et Joseph Frobisher, deux de ses agents montréalais, qui restructurent les activités du poste de Témiscamingue.
 
Comme première mesure, McTavish et Frobisher éliminent la multitude de marchands de fourrures en activité dans ce secteur. Ensuite, ils entreprennent le développement du poste. En 1811, ils construisent un second magasin de traite, communément appelé le fort. Un petit village de quelques bâtiments l’entoure, où demeurent les employés de la compagnie. En 1869, un troisième magasin est construit, qui sert aussi pour la vente au détail aux quelques habitants de la région. En fait, entre 1795 et 1820, le fort Témiscamingue devient l’un des postes de traite les plus importants dans l’Est du Canada. Il est aussi le dépôt central des cinq postes situés au sud de la baie James, les forts Abitibi, Grand Lac Victoria, Lac-à-la-Truite, Mattatchewan et Timagami. 
 
Chaque année, au mois de juin, deux canots partent de Montréal chargés de matériel et de marchandises en direction du fort Témiscamingue et, de là, du fort Abitibi. Les bourgeois des postes des environs arrivent au lac Témiscamingue à la même période. Ceux-ci remettent les peaux de fourrures échangées aux Algonquins et prennent des marchandises de traite, de la nourriture et du matériel divers. Ensuite, les fourrures recueillies des divers postes sont comptées puis chargées à bord des canots qui redescendent à Montréal. Les canots reviennent au Témiscamingue, en septembre ou octobre, avec les provisions nécessaires pour l’hiver. 
 
De leur côté, les Algonquins descendent au fort Témiscamingue et au fort Abitibi en juin, pour livrer leurs fourrures et reviennent en juillet pour prendre leurs objets du troc, qui consistent en des pièges de fer, des armes, des couvertures, des toiles manufacturées et des vivres. 
 
Au fil des ans, des changements se remarquent dans le mode de vie des Algonquins. Ainsi, au début du XIXe siècle, plusieurs Algonquins chassent principalement pour le commerce des fourrures. Les objets qu’ils obtiennent en retour deviennent une première nécessité pour eux. Par ailleurs, certains Algonquins travaillent toute l’année pour les compagnies de fourrures et demeurent à proximité des postes de traite. 
 
Des Canadiens se marient à des Algonquines. Leurs enfants, Métis, travailleront pour la compagnie de fourrures. Par contre, le degré d’intégration des Algonquins à l’économie occidentale varie d’un individu à l’autre. Certains Algonquins demeurent encore dans les bois et participent marginalement au commerce des fourrures. Ils conservent alors leur culture et leurs méthodes de chasse traditionnelles. 
 
Par ailleurs, en 1821, après plusieurs années de guerres et de luttes, les deux compagnies rivales, la Compagnie du Nord-Ouest et la Compagnie de la baie d’Hudson, décident de fusionner. La nouvelle compagnie prend le nom de la Compagnie de la baie d’Hudson. Dès lors, la vocation du fort Témiscamingue change. Il tombe sous la juridiction de Moose Factory, situé sur les rives de la baie d’Hudson. Les forts Témiscamingue et Abitibi y envoient désormais les fourrures recueillies, de même qu’ils tirent leur approvisionnement du poste de Moose Factory. Les bateaux en provenance d’Angleterre y accostent, laissent les provisions pour ensuite charger les ballots de fourrure en direction de la mère patrie. Moose Factory est mieux situé pour recevoir les bateaux anglais. Fort Témiscamingue reste cependant un des postes les plus importants de la Compagnie de la baie d’Hudson. 
 
Au début du XIXe siècle, le secteur du commerce des fourrures connaît des difficultés. Peu à peu, l’exploitation forestière tend à le remplacer comme principale activité économique du Canada. Au début des années 1860, les marchands de bois s’implantent dans la région du lac Témiscamingue. La coupe des arbres entraîne la destruction de l’habitat du castor et éloigne les animaux des terres de chasse des Algonquins. Dès lors, le fort Témiscamingue change de vocation. Il devient principalement un magasin général pour les colons, de plus en plus nombreux. La traite des fourrures se fait dorénavant dans ses postes éloignés à l’intérieur de la forêt, tel que celui d’Hunter’s Point. Les années suivantes, le commerce des fourrures diminue considérablement et le fort Témiscamingue ferme ses portes, en 1901. La compagnie de la baie d’Hudson déménage alors à Haileybury, dans la partie nord-ouest du lac Témiscamingue. 
 
Bref, le commerce des fourrures se développe considérablement sous l’impulsion de la Compagnie du Nord-Ouest. Après la fusion avec la Compagnie de la baie d’Hudson, le rôle du poste de Témiscamingue se modifie et les activités de gestion et d’approvisionnement se font désormais à Moose Factory. Les Algonquins participent en plus grand nombre au commerce des fourrures, mais plusieurs d’entre eux vivent encore de façon traditionnelle. L’arrivée des marchands de bois entraîne finalement le déclin des fourrures. 


Bibliographie :

Buies. Arthur. L’Outaouais supérieur. Québec, Darveau, 1889. 390 p. 
Couture, Yvon. Les Algonquins. Val-d’Or, Éditions Hyperborée, 1983. 184 p.
Mitchell, Elaine Allan. Fort Temiskaming and the Fur Trade. Toronto, University of Toronto Press, 1977. 306 p. 
Francis, Daniel et Toby Morantz.. La traite des fourrures dans l'est de la baie James, 1600-1870. Québec, Les Presses de l'Université du Québec, 1984. 261 p. 
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