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Le village en chanson de Petite-Vallée
Thème : Culture

Le village en chanson de Petite-Vallée

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, 17 juin 2002

 

Le Festival en chanson de Petite-Vallée est un événement culturel annuel qui a maintenant ses vingt ans. Il est devenu, depuis, un des plus importants, sinon le plus important des événements du genre au Québec. La Société de développement culturel de l’Estran (SOCLE), constituée en 1998, en est aujourd’hui le maître d’œuvre sous la direction artistique d’Allan Côté. Cette corporation est issue de la fusion des corporations sans but lucratif du Café de la Vieille Forge et des Productions du Festival de la Parenté qui assumait jusqu'alors la gestion du Festival en Chanson de Petite-Vallée. La nouvelle entité gère maintenant le Village en chanson de Petite-Vallée.
 
Un intérêt populaire
 
Petite-Vallée est un village gaspésien situé sur le versant nord de la Gaspésie. Ses plages donnent sur les eaux qui sont presque à la limite de l’estuaire et du golfe Saint-Laurent. La chanson et le folklore ont toujours été importants pour les habitants de cette petite localité où les liens parentaux sont tissés serrés. Les soirées familiales sont depuis des générations égayées par les danses et la musique traditionnelles. La jeunesse du jour aime aussi la musique et le chant contemporain. Les initiateurs du projet de festival ont voulu exploiter ces filons tout en attirant les communautés environnantes. En 1983, ils ont mis sur pied un concours local d’amateurs de chansons à l’intérieur d’un Festival de la Parenté. La même année, les gens de Petite-Vallée, qui font au plus 250 personnes, ouvrent un café dans une forge tout juste restaurée et qui appartenait au père de l’un des organisateurs du projet, monsieur Alfred Lebreux. Ainsi naissait Le Café de la vieille forge. Ces deux institutions culturelles allaient désormais se chevaucher et progresser de concert.
 
Les objectifs des initiateurs du projet culturel 
 
L’objectif principal sous-jacent au projet du Village en Chanson se veut aussi simple qu’efficace : contribuer au développement de l’intérêt populaire pour la culture et, plus précisément, pour la chanson québécoise. À l’idéal poursuivi, les pionniers de ce projet culturel au caractère unique voulaient apporter un lieu de convergence concret. « Si la culture a toujours occupé une place de choix dans ce secteur de la Côte de Gaspé, écrivent-ils, maintenant elle a un lieu spécifique où elle peut s’y ancrer. » Cette volonté s’est matérialisée avec l’inauguration en 2001 d’un véritable village de la chanson avec une salle de spectacle, une salle d’interprétation et un camp de formation spécialisé en chanson.
 
Évolution d’un rêve 
 
Après le lancement initial du Festival en Chanson de Petite-Vallée en 1983, huit années de participation populaire ont attiré l’attention du personnel de la Société Radio-Canada de Matane. Celle-ci diffuse depuis 1988 l’événement sur son réseau radiophonique, d’abord en différé puis, depuis peu, directement sur les ondes. Ainsi, le Festival jouit d’une visibilité nationale de plus en plus grande. Sont invités des auteurs-compositeurs-interprètes et des interprètes qui débutent dans le domaine musical. Nelson Minville est le premier à se classer en tête du palmares en 1989. Parmi les lauréats, il y a eu, depuis, Isabelle Boulay (1990) et Daniel Boucher (1997) qui ont utilisé ce tremplin pour lancer une carrière prolifique. À l’affût de nouveautés, les organisateurs créent des catégories qui permettent à plus d’artistes de poser leur candidature. Plus tard, s’ajouteront d’autres classifications destinées aux paroliers et aux compositeurs de musique.
 
La formule du Village en Chanson s’enrichit continuellement depuis 1990. On ajoute à la recette initiale la formule des artistes-parrains ou marraines. Elle apporte davantage de crédibilité à l’événement annuel, mais elle permet aussi aux jeunes créateurs de côtoyer la vieille garde de la chanson québécoise, une occasion unique. Sylvie Tremblay, qui lance la formule, est suivie au fils des ans de Richard Séguin, Laurence Jalbert, Sylvain Lelièvre, Gilles Vigneau, Plume Latraverse, Michel Rivard, Louise Forestier, Claude Gauthier, et, en 2002, de Luce Duffaut et à nouveau de Richard Séguin.
 
Le Café de la Vieille Forge est, dès le début, le lieu de rencontres et d’échanges entre les participants et ces invités de marque. Au départ, l’événement ne durait qu’un jour ou deux, mais il a pris de l’ampleur depuis 1993. Il dure maintenant huit jours. C’est l’occasion de dispenser des ateliers d’écriture de chansons. La formule plaît tellement que l’on passe des quatre-vingt candidatures de l’année précédente à plus de 140 inscriptions en 1995. 
 
Ouverture sur le monde
 
Après que Radio-Canada Matane ait apporté sa contribution, le Festival en Chanson s’est doté d’outils de promotion. On lance en 1994 un premier disque-compact sur lequel sont gravées les meilleures chansons du festival. En 1996, les organisateurs du Festival en Chanson de Petite-Vallée établissent des liens avec l’Europe. Ils participent alors à des rencontres francophones avec la Provence. Une entente passée l’année suivante avec la revue Chanson fait que celle-ci publiera désormais un texte de chacun des quatre candidats sélectionnés par le Festival dans la catégorie auteurs et compositeurs. 
 
Toujours la même année, de nouvelles alliances sont signées afin d’offrir une plus grande vitrine aux finalistes du Festival. Ainsi, le Festival en Chanson de Petite-Vallée s’associe aux Francofolies de Montréal, au Réseau Organisateur de Spectacles de l’Est du Québec (ROSEQ) et avec les Rencontres Francophones de la Chanson (Salon de Provence). Un événement pan-canadien, Coup de Coeur Francophone, organisé à Montréal, met en scène une soirée « Petite-Vallée remonte le fleuve avec Plume à la barre ou Sous le ciel de la Gaspésie » qui obtient un vif succès. Suite à cet événement où était présent un diffuseur français, un spectacle de nature similaire traverse l’Atlantique en mars 2001 pour effectuer une tournée dans la région Rhône-Alpes françaises. En l’an 2001, Le Festival en Chanson organise une présentation de sa tournée « Petite-Vallée traverse l’Atlantique avec Laurence Jalbert à la barre » dans huit villes. Opération de commercialisation, ce spectacle est un réel produit d’appel pour le Québec, la Gaspésie et Petite-Vallée; un succès sur toute la ligne.
 
Financement de toutes provenances
 
Le financement d’un événement annuel d’une telle envergure rencontre toujours des problèmes. Les sommes d’argent sont rares. En 1995, l’artiste-invitée Laurence Jalbert, Gaspésienne d’origine, apporte spontanément son soutien en redonnant son cachet au Festival. L’année suivante, le mouvement Desjardins accorde pour chacune des deux années à venir une somme de 10 000 $, une entente renouvelée en 1997 pour cinq autres années. L’intérêt et la vigueur de l’événement attirent, entre-temps, d’autres commandites dont celle d’Hydro-Québec, du ministère des Relations Internationales et du Conseil des Arts et des Lettres. Les entreprises publiques et privées voient rapidement l’avantage de s’associer au Festival en Chanson. De nouveaux partenaires économiques se greffent à l’événement culturel à partir de l’année 2000. Ils viennent non seulement de la Gaspésie, mais du Québec et d’ailleurs au Canada, comme Air Nova, la SOCAN, la SAQ, CHAU-TVA, Québec-Tel, Axor, Noranda Fonderie Gaspé et Unibroue.
 
Un bilan concret et positif 
 
Depuis que Le Village en Chanson de Petite-Vallée a été inauguré, des efforts sont consacrés à la diversification des activités culturelles entourant le Festival. Le Café de la Vieille Forge y a grandement contribué. Il possède sa troupe de théâtre, Jeune-théâtre, qui a présenté à ce jour vingt-cinq productions sur la scène. S’ajoutent à ces représentations des spectacles de chansons de toutes sortes, une centaine en quinze ans. Depuis 1993, quatre mille spectateurs ont passé une soirée au Café en saison estivale. Sa nouvelle salle de théâtre n’est pas en reste. L’été 1998 fut marqué par la production et la présentation de trois créations théâtrales régionales. Malheureux qui comme Ulysse de Alain Saint-Yves, Une rivière avant la nuit de Nelson Minville et Les Parlementeries régionales de Joël LeBreux, Alan et Simon Côté. En 2001, la salle de spectacles a permis avec une seule création régionale, Attention, 4 chasseurs, d’attirer 2 500 spectateurs en seulement treize représentations. Dernière nouveauté en titre, une résidence de création d’un spectacle a eu lieu du 14 au 21 octobre 2001 dans le cadre de l’événement international France au Québec / La saison. Elle mettait en scène deux artistes français, Néry et Polo, la québécoise d’origine acadienne Marie-Jo Thério et les Chanteurs du village de Petite-Vallée. Une semaine magique qui s’est terminée par un spectacle à l’échelle de cette dernière. Spectacle présenté également en clôture de l’événement montréalais Coup de cœur francophone.
 
L’ensemble de toutes ces réalisations a attiré l’attention des milieux municipaux sur les gens de Petite-Vallée. Le 9 juin 2000, Monsieur Rodrigue Brousseau, président de la Société de développement culturel de l’Estran, reçoit le Mérite Municipal 2000 du gouvernement du Québec par l’entremise de Madame Louise Harel, ministre des Affaires municipales. Ce témoignage d’estime et de reconnaissance dans la catégorie « organisme communautaire » a été remis à l’organisme pour souligner la qualité exceptionnelle de son engagement dans la municipalité.
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