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La maison de la culture de Sainte-Anne-des-Monts
Thème : Culture

La maison de la culture de Sainte-Anne-des-Monts

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, 5 novembre 2002


Les bâtiments de ferme connaissent souvent une nouvelle vocation liée à la culture. Qui ne se rappelle pas, dans les années 1960, de la boîte à chanson de Raoul Roy, nichée dans une grange de Saint-Fabien-sur-mer, près du Bic. À Petite-Vallée, la forge de monsieur Alfred Le Breux est à l’origine du Village en Chanson. À Sainte-Anne-des-Monts, c’est la Grange à Francis qui retient l’attention.
 
La Grange à Francis
 
À Sainte-Anne-des-Monts, l’ancienne grange d’Alphonse Pelletier, transformée par les soins de son fils Francis, devient en 1966 une salle de spectacle hautement prisée. On y joue des pièces de théâtre, présente des expositions, monte des ateliers. Son principal animateur s’y dévoue à telle enseigne que la population l’appelle rapidement «La Grange à Francis ». Plus de soixante comédiens amateurs y font leurs premières armes. Une vingtaine de pièces y sont montées et presque autant sont jouées un peu partout en Gaspésie et même hors de la région. Le répertoire y est des plus variés, allant d’Eugène Ionesco jusqu’à Antonine Maillet, en passant par les auteurs locaux. En 1978, une troupe de théâtre professionnelle, Pince Farine, s’y installe et présentera des créations, à chaque été, pendant huit ans.
 
Tout ceci pour dire que la culture est intimement imprégnée dans la mentalité locale. Il n’y a pas, en effet, que la Grange à Francis à Sainte-Anne-des-Monts, mais aussi plusieurs chorales, un ciné club, une école de musique, un club de photo, une société d’histoire et d’archéologie, etc. L’avenir de la Maison de la Culture de Sainte-Anne-des-Monts se dessinait à travers le travail d’une pléiade d’activités.
 
Un projet collectif
 
Bâtiment sans prétention à l’œil, la Grange à Francis devient un tel bouillon de culture qu’il faut l’agrandir dix ans plus tard puis songer à lui substituer une structure culturelle à caractère plus permanent. Naît ainsi en 1985 un projet de prise en charge d’un nouveau centre culturel par la municipalité. Appuyée par les différents paliers de gouvernement, l’idée est reprise et présentée à un Sommet économique de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine tenu en 1987. De la simple idée d’un agrandissement de la Grange, voilà qu’enrichi d’idées nouvelles le projet prend la forme d’un Centre culturel. Il comprendra une bibliothèque municipale et une salle de spectacle multifonctionnelle.
 
Les objectifs visés
 
La mise en place et l’ouverture de la Maison culturelle veulent répondre à des besoins locaux. Elle a, au premier titre, le mandat de promouvoir, diffuser, développer et rendre accessible les arts visuels et les arts de la scène tout en permettant l’expression et le développement de l’identité culturelle locale. Dès le départ, ses promoteurs et coordonnateurs entendent présenter des expositions et spectacles de toutes disciplines, offrir un soutien aux organismes culturels et artistes annemontois(e)s et offrir une forme d’enseignement théorique et pratique aux personnes intéressées à l’expression artistique. Peut-être, par dessus tout, en vue de préparer l’avenir, de développer la sensibilité des jeunes aux arts et à la culture par un travail de concertation avec le milieu scolaire, social et municipal.
 
Un bâtiment multifonctionnel
 
La Maison de la culture de Sainte-Anne-des-Monts est le premier projet émanent du Sommet économique gaspésien à prendre forme. Évalué à 1,5 millions de dollars, le bâtiment, qui se dresse au centre-ville, est inauguré à l’été 1990. Il comprend une salle polyvalente de spectacles capable d’accueillir un peu plus d’une centaine de personnes. S’ajoutent une bibliothèque, un laboratoire de photographie doté d’une chambre noire capable de recevoir dix personnes, divers espaces réservés à des ateliers et expositions.
 
L’intérêt du concept architectural sous-jacent à la Maison de la culture réside dans sa salle de spectacle dont le réaménagement permet une transformation des lieux pour en arriver à donner vie à d’autres activités. La moitié de ses sièges sont, en effet, mécaniquement escamotables. Le principal locataire en est Les Productions de la Salle Comble qui font partie du Réseau des organisateurs de spectacles de l’est du Québec (ROSEQ). Hormis les spectacles d’artistes de la chanson, la Maison de la culture présente des spectacles de variétés, des créations gaspésiennes et du théâtre d’auteurs québécois. 
 
Transformée en espace-atelier, la salle d’exposition sert à donner des ateliers de peinture, dessin, bricolage, langue espagnole, langue anglaise… Il y a du temps réservé pour tous les centres d’intérêt et pour tous les âges, enfants, adultes, troisième âge : yoga, tai chi, ballet jazz, contes pour enfants, anti-gymnastique, etc. 
 
Une salle d’exposition permanente permet aux artistes régionaux de trouver à Sainte-Anne-des-Monts une vitrine intéressante pour leurs œuvres. Y ont exposé depuis 1990 plus de trente artistes en arts visuels, en photographie et en scuplture. Entre autres, mentionnons les artistes professionnels Yolande Fortin, Andrée Jutras, Claude Paquette…
 
La Bibliothèque municipale Blanche-Lamontagne est partie intégrante de la Maison de la culture. Elle a été baptisée du nom de la première poétesse du Canada français, Blanche Lamontagne-Beauregard. L’attribution se justifiait d’autant que Blanche Lamontagne était la fille d’Émile Lamontagne et la petite-fille de Théodore-Jean Lamontagne, riches marchands et industriels de Sainte-Anne-des-Monts au XIXe siècle. À la bibliothèque, les habitants de la MRC Haute-Gaspésie disposent d’un espace d’environ trente places assises et peuvent puiser dans une collection de 23 000 volumes. Les usagers y trouvent également cassettes, vidéocassettes et disque compacts. 
 
Viennent se greffer à la bibliothèque municipale des activités culturelles complémentaires ou accessoires, comme L’Heure du Conte pour les enfants de trois à neuf ans les fins de semaines. Un cercle littéraire qui a vu le jour en 1997 attire deux fois par mois une douzaine de mordus qui partagent leurs lectures. Il organise des visites d’écrivains et des exercices d’écriture. 
 
La Maison de la culture de Sainte-Anne-des-Monts, qui sert déjà de modèle à quelques projets similaires en Gaspésie, a un impact important sur la vie culturelle de la municipalité. Par exemple, le fait d’être située à côté de l’école Gabriel - Le Courtois, le centre culturel attire un nombre important d’élèves qui viennent puiser dans sa bibliothèque. Celle-ci dessert une clientèle de 7 176 personnes. En 2002, elle compte 1 502 abonnés actifs, dont 727 ont moins de vint-trois ans. Ce sont ces mêmes jeunes qui y amènent leurs parents et leurs grands-parents…

 
Bibliographie :

Henley, Gaston. « La Maison de la culture : c’est parti », La Voix gaspésienne, septembre 1989. 
Lepage, Germaine et Marie-Josée Saint-Pierre. La vie culturelle et sociale à Sainte-Anne-des-Monts de 1968 à 1990. 75 p., ill.
Pelletier, Francis et Yolande Fortin, « À Sainte-Anne-des-Monts, une Maison de la culture et une bibliothèque sous le même toit », Gaspésie, été 2001, p. 5-7.
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