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Le Bourg de Pabos
Thème : Culture

Le Bourg de Pabos

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, 9 novembre 2002


Le Bourg de Pabos, c’est l’évocation d’un univers maritime longtemps perdu et retrouvé. C’est un passé que le visiteur peut toucher à nouveau du doigt.
 
Un souvenir retrouvé
 
Au XVII1e siècle, l’industrie de la pêche en Nouvelle-France se concentrait dans le golfe Saint-Laurent où l’on retrouvait en grand nombre des pêcheurs saisonniers provenant de différentes régions de la mère patrie. Ils arrivaient au printemps pour repartir à l’automne. Pabos, fut sous le régime français, le plus important village de pêcheurs permanents de la côte gaspésienne. La famille de Bellefeuille sait profiter de sa situation à l’embouchure de deux rivières et d’un vaste barachois. Elle fait de la seigneurie de Pabos, et plus tard de celle de Grande-Rivière, un lieu où l’industrie des pêcheries était des plus florissantes.
 
Malheureusement, la Guerre de la Conquête met brusquement fin à ses activités commerciales. Le Bourg, comme tous les autres villages du golfe Saint-Laurent, est brûlé par les troupes anglaises en 1758. Ses habitants se réfugient à Ristigouche avant de se disperser à nouveau, avec le retour de la paix, sur tout le territoire gaspésien. 
 
Après la Conquête, plusieurs tentatives de relance sont entreprises, toutes vouées à l’échec. Il faut, cependant, noter l’érection d’une importante scierie sur les berges de l’ancien bourg de pêcheurs en 1844 par la Gaspé Fishery and Coal Mining Company. Elle modifiera le paysage industriel du territoire de l’ancienne seigneurie française en profitant de la Baie du Grand Pabos et des deux rivières qui s’y jettent pour développer l’industrie du bois. La compagnie des King Brothers poursuit le travail entrepris avant de démanteler ses installations pour les transporter de l’autre côté de la Baie en 1913, ce qui marque la naissance de Chandler qui devient, au XXe siècle, le pôle industriel de tout le secteur de la MRC du Rocher Percé.
 
Site historique et archéologique
 
À partir du début des années 1970 le milieu commence à s’intéresser à son passé. Les pressions de différents organismes font en sorte que la Direction du Patrimoine du Ministère des Affaires Culturelles du Québec classe « site archéologique » le territoire occupé par la communauté dirigée par les seigneurs de Bellefeuille. Cependant, en 1978, l’enfouissement d’une baleine échouée sur un site protégé suscite de vives réactions dans le milieu. Un groupe de citoyens crée en 1981 la Corporation du Bourg de Pabos afin d’assurer la protection de ce lieu reconnu pour son importance historique.
 
Une recherche historique et une reconnaissance archéologique menées à la demande de la Corporation confirment le passé méconnu de l’établissement de pêche qui s’y trouvait jadis et qui, à un certain moment, comptait jusqu’à 200 habitants permanents. À partir de 1983, la Corporation du Bourg de Pabos, supportée par le Ministère des Affaires Culturelles du Québec, procède à cinq campagnes de fouilles archéologiques. Ainsi sont dégagées les bases calcinées des bâtiments d’époque. L’identification de milliers d’artefacts parcellisés par les incendies de la Conquête permet de reconstituer le mode de vie de ses résidants, leur régime alimentaire et les pratiques liées à leur dur labeur.
 
La mise en valeur
 
Encouragés par les résultats de l’étude historique et des fouilles archéologiques, les membres du conseil d’administration de la Corporation du Bourg de Pabos élaborent un plan de mise en valeur du site dès 1986. L’idée de reconstitution de l’ancien village de pêcheurs est rejetée en raison des coûts exorbitants liés à un tel aménagement. Ses membres s’orientent plutôt vers un projet visant à créer un espace où la population reconnaîtrait ses racines tout en respectant l’environnement redevenu sauvage. On parle d’un « agora » servant de base à un « écomusée » de la baie du Grand Pabos.
 
Il s’ensuit une mobilisation des instances municipales et gouvernementales. Cinq années sont consacrées à les convaincre d’investir dans la conservation des traces de ce passé. Des subventions de 988 000 $ sont allouées pour la réalisation d’un projet de 1 120 000 $ conditionnellement à l’injection de la différence par le milieu, ce qui nécessite deux autres années de travail. Entre temps, un concours d’architecture permet à une firme d’architectes montréalais de proposer un concept répondant aux aspirations de la Corporation du Bourg de Pabos. La firme Cormier, Cohen, Davies proposera un design architectural avant-gardiste et novateur. 
 
Le mariage histoire-archéologie-environnement se concrétise, depuis 1993, sous la forme du centre d’interprétation du Bourg de Pabos. La structure faite de poutres de métal se compose d’éléments mobiles repliables qui permettent d’offrir à la clientèle une visite des lieux en demeurant à l’extérieur et en foulant le sol de l’ancienne seigneurie. Son ingénieuse disposition et l’allure moderne de ses formes ont valu, en 1994, à ses concepteurs et à la Corporation du Bourg de Pabos le Grand Prix d’architecture de l’Ordre des architectes et le Prix du Gouverneur-général du Canada pour l’architecture. Ainsi, la Corporation du Bourg de Pabos réalisait sa mission de protéger le site, où l’on retrouve les racines de familles souches, tout en permettant à la population de profiter d’un environnement naturel si représentatif de notre culture actuelle.
 
Le Parc du Bourg de Pabos
 
Aujourd’hui, le Parc du Bourg de Pabos s’étend sur une superficie de trois kilomètres carrés. Il abrite les vestiges de l’ancien village de pêcheurs, présentés in situ, et un centre d’interprétation aux formes non conventionnelles ouvert sur son milieu environnant. Un camping dont l’aménagement est aussi original et respectueux de l’environnement que le centre d’interprétation, permet aux familles de se délasser dans une belle forêt aménagée pour les amants de la nature.
 
Le Parc du Bourg de Pabos est également sillonné de sentiers pédestres et cyclables qui longent la baie et aboutissent aux plages qui, autrefois, permettaient le séchage de la morue. Le restaurant de la Grave permet aux visiteurs de se sustenter et de se désaltérer par des menus simples et variés, tout en profitant d’une vue incomparable sur le barachois et l’Ile des seigneurs Lefebvre de Bellefeuille.
 
En résumé, le Parc du Bourg de Pabos offre un produit diversifié, convenant à tous les goûts, où culture et nature convergent et se complètent. Agent culturel dynamique, l’organisme crée en saison touristique une dizaine d’emplois liés directement aux opérations du Parc en plus d’engager entre dix et quarante personnes sur des bases occasionnelles pour réaliser des projets particuliers de développement. 
 
 
Bibliographie :

Bourg de Pabos. Profil du Bourg de Pabos – Origine du centre d’interprétation. Année 2002. 7 p.
Brotherton, Gérald et alii. Pabos, site historique et archéologique. (Gaspé), Musée de la Gaspésie, (C l985). 78 p., ill., cartes, (Cahiers Gaspésie Culturelle, 4).
D’Astous, Alexandre. « Le Bourg de Pabos amorce sa neuvième saison », Le Havre, 14 juillet 2002, p. 13.
Nadon, Pierre. « La seigneurie de Pabos. Fouilles archéologiques », Gaspésie, vol. XXI, no 1, janvier-mars 1993, p. 15-24.
Sites Internet :
http://www.bourgdepabos.com/ http://www.mcc.gouv.qc.ca/pamu/champs/archeo/partenai/pabos.htm >
http://www.mcc.gouv.qc.ca/region/11/pamu/pabos.htm
 
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