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Le Village Gaspésien De L’Héritage
Thème : Culture

Le Village Gaspésien De L’Héritage Britannique de la Gaspésie

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, 22 septembre 2002


Le Village Gaspésien De L’Héritage Britannique de la Gaspésie se trouve à la sortie ouest de New-Richmond, seulement à quelques kilomètres de la route nationale. Musée vivant et à la fois centre d’interprétation, le village historique voulait, au départ, présenter une facette spécifique, mais quand même élargie, de la culture britannique en région. D’une représentation des caractères culturels, sociaux et économiques d’un groupe ethnique, le concept a depuis évolué pour devenir un lieu de rencontre interculturel.
 
Un projet corporatif
 
Affiliée au Comité culturel de la ville de New-Richmond, la Corporation du Village Gaspésien De L’Héritage Britannique est une entité à but non lucratif. Animée par des bénévoles, elle est dirigée par un conseil d’administration composé de douze personnes issues du milieu gaspésien. Bien que centrée sur l’apport britannique, elle n’en est pas moins ouverte aux autres cultures. Ainsi compte-t-elle dans ses rangs autant d’anglophones que de gens qui maîtrisent le français. Le ministère de la Culture et des Communications du Québec reconnaît l’importance de l’une des composantes du village historique, la Maison-Gendron, en lui versant une petite subvention. Des démarches sont en cours pour obtenir une reconnaissance et un appui plus substantiel pour l’ensemble du site. 
 
Au plan municipal, s’est établie une étroite collaboration avec le bureau du maire et ses employés, d’autant que le village constitue une des principales attractions touristiques de la ville. La Corporation du Village Gaspésien De L’Héritage Britannique a su trouver des appuis financiers auprès d’un grand nombre d’organismes étatiques, tant fédéraux que provinciaux, et de regroupements régionaux. L’organisme culturel a pu, de la sorte, dégager suffisamment de fonds pour engager en 2002 un directeur des opérations (manager) et franchir ainsi un pas important dans l’exercice de son mandat. Ces allégements financiers lui permettent, en plus, de procéder à l’engagement d’une dizaines d’étudiants et autant d’adultes pendant la saison touristique, sans compter la contribution d’une vingtaine de bénévoles.
 
Le concept initial
 
L’idée d’un village historique est née en 1984 au moment des célébrations entourant le 200e anniversaire de l’arrivée des Loyalistes en Gaspésie. Le comité de citoyens qui avait organisé les fêtes entourant l’événement voulait simplement rappeler le souvenir des personnes qui, désireuses de conserver leur allégeance britannique, avaient fui les États-Unis pour se réfugier au Canada. Quatre cents d’entre elles choisirent alors de s’installer en Gaspésie. Elles avaient, en arrivant, mis pied à terre à la pointe Duthie, là où se concentrèrent justement les festivités de 1984. Il fut proposé à cette occasion d’élever un monument commémoratif sur le site de leur débarquement. Le lieu s’y prêtait d’autant que s’y trouvaient encore des vestiges de l’établissement Carswell et la maison Willett construite au tournant des années 1800. 
 
C’est dans ce contexte qu’a été retenue l’idée de recréer un village loyaliste représentant les conditions de vie des premières familles à travers le patrimoine bâti. Une intervention de la municipalité de New-Richmond permet à la Corporation de se porter acquéreur de la Pointe-Duthie puis d’installer les premières maisons et bâtiments ancestraux déjà offerts aux concepteurs du projet. Souvent des équipements de ferme et des objets domestiques accompagnent les donations qui viennent de tous les horizons. Cette collaboration spontanée de la population gaspésienne fait comprendre l’intérêt qu’il y avait d’honorer les autres ethnies britanniques implantées en région, qu’elles soient galloise, irlandaise, écossaise ou jersiaise. 
 
L’évolution du projet
 
Comme le quotidien de ces gens ne s’était pas fait en vase clos, le concept voulait aussi rendre compte des interrelations des familles britanniques avec les autres communautés de la Baie des Chaleurs. Cette vision des choses s’imposait du fait que les descendant(e)s de ces pionniers ont épousé des Micmacs, des Acadiens et des Canadiens français. Le meilleur exemple en est probablement ce monsieur Guité, arrière-petit-fils d’Azariah Pritchard, qui personnifie aujourd’hui son aïeul au Centre de l’héritage. De musée, le site historique est maintenant devenu, en conséquence de cette évolution, un village historique animé qui recrée la vie des premiers habitants de la Gaspésie.
 
Les composantes du village historique
 
Les premières constructions arrivent sur le site du Village Gaspésien De L’Héritage Britannique en 1988. Ses opérations débutent l’année suivante, alors que le site regroupe dix maisons anciennes. Il se présente comme un musée à ciel ouvert qui rappelle les 100 premières années (1790-1890) de vie des Loyalistes en terre gaspésienne. Les acquisitions aussi significatives qu’importantes en nombre se multipliant, les visiteurs ont maintenant accès à vingt-quatre bâtiments historiques disposés chronologiquement sur quatre-vingt acres de terre. 
 
Chaque construction s’est vue attribuer une nouvelle vocation. Le village compte à son entrée le Magasin J.-A.-Gendron de Caplan (1890-1910), un bâtiment sauvé in extremis de la destruction. Magnifiquement restauré, il se distingue des autres constructions du genre en ce que son architecture témoigne à la fois d’activités commerciales et familiales, puisque son propriétaire demeurait dans l’une des ailes de la bâtisse. On en a fait le centre d’accueil et on y a ouvert une boutique d’artisanat ainsi qu’une cantine. Tout à côté, la Maison-Harvey abrite un centre de documentation généalogique. En avançant sur le terrain, le touriste peut visiter d’autres résidences dont la Maison-Carswell qui évoque les lendemains de la Conquête. Les travaux de la forge sont représentés dans une construction d’époque faite en bois équarri. En fait, granges, maisons, école, hangars, entrepôt à grain, église, bureau de poste, chacun des aspects de la vie quotidienne des pionniers de la Baie des Chaleurs trouve sa fidèle représentation. Et même, dans un cas, surgit une surprise de taille. La Maison-Campbell recèle une pièce secrète découverte uniquement au jour de son déménagement sur le site du village. Elle avait été scellée à tout jamais pour préserver le souvenir d’une personne défunte, probablement une mère de famille puisque se cachaient derrière ces murs un métier à tisser, un rouet et un dévidoir.
 
Le Village Gaspésien De L’Héritage Britannique dépasse aujourd’hui la vocation de musée et de centre d’interprétation qu’il s’était originellement donné. Le regroupement des maisons historiques est le prétexte à la tenue d’activités culturelles diverses. Autour du Centre d’art Almond, se tiennent en alternance le Jour des Irlandais, le Jour des Écossais, des soirées dansantes, la Fête du violoneux, les célébrations du Jour du Canada, etc. Le site abrite en plus une aire de jeu pour les enfants et un sentier pédestre qui conduit à une plage. Une boutique de souvenirs offre aux visiteurs une gamme de produits confectionnés par les artisan(e)s de la région : souvenirs, vêtements, articles de décoration, tricots, tissages, livres, conserves, vaisselle, etc. Le village historique adopte en outre un mandat socio-culturel en animant depuis quelques années un camp de jour pour les enfants de six à douze ans. Les échanges à travers les jeux et les activités proposées s’y faisant en français et en anglais, c’est l’occasion pour cette jeune clientèle d’apprendre une langue seconde.
 
En définitive, le Village Gaspésien De L’Héritage Britannique de New-Richmond est un lieu de rencontre et de convergence interculturelle qui se veut à l’image de la nouvelle Gaspésie, composée de gens issus de tous les courants ethniques.
 
 
Bibliographie :

Cyr, Mario. « Tellement British », Graffici, juillet 2002, p. 21.
Jobin, Jean-Marie. Histoire de New Richmond. New Richmond. Ville de New Richmond, 1996, p. 133-135.
Metté,Charles et Guy Tremblay. « Le Village Loyaliste de New-Richmond », Continuité, printemps 1990.
Perreault, Françoise L. « Investissement dans la culture à New Richmond », Graffici, juillet 2002, p. 3.
Willet, Walter. Entrevue avec Mario Mimeault, le 14 septembre 2002.
Site Internet :
http://www.geocities.com/gbhcm/
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