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Paspébiac, site industriel patrimonial
Thème : Culture

Le Banc de Paspébiac, site industriel patrimonial

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, 17 novembre 2002


Le Banc de Paspébiac est situé sur le versant sud de la Gaspésie, presqu’au centre de la Baie des Chaleurs. Le site historique qui s’y est développé tire son nom de la flèche de sable sur laquelle il se trouve. C’est à cet endroit que se sont fixées en 1766 la plus puissante compagnie de pêche anglo-normande de la Gaspésie, la Charles Robin and Company, et, plus tard, sa concurrente la Le Boutillier Brothers. Ces deux maisons commerciales y ont développé le plus beau complexe industriel de la pêche qui soit. 
 
Historique
 
Le village de Paspébiac est l’un des premiers regroupements de pêcheurs qui aient vu le jour au lendemain de la Conquête britannique. La Charles Robin and Company y concentre toutes ses opérations, et ce depuis le XVIIIe siècle jusqu’aux années les plus récentes. Charles Robin d’abord, son neveu Philip, puis le représentant de leur firme, demeurent à Paspébiac. C’est de là que les directives sont données à tous les commis installés dans les postes de pêche de la compagnie, qu’ils soient sur les côtes de la Gaspésie, du Nouveau-Brunswick ou du Labrador. À chaque année, tout le poisson est amené à Paspébiac et c’est de cet endroit qu’il est expédié sur les marchés mondiaux. Et la compagnie Le Boutillier Brothers, dont les propriétaires sont d’ailleurs issus de la Charles Robin and Co., agissent de façon identique. 
 
Le résultat de cette concentration des opérations fait de l’endroit la plaque tournante du commerce international des pêches au Canada. L’importance des opérations qui s’y déroulent conduit au développement d’infrastructures vouées à l’embarquement et au débarquement des marchandises, à l’entreposage du poisson, à l’entretien et à la réparation des équipements, à l’hébergement du personnel. Tout un complexe industriel se développe à la faveur des opérations des deux compagnies. Il subsistait encore en son entier lorsqu’un incendie le détruit dans sa presque totalité en 1964. S’en suit pour la Robin un désintéressement marqué pour les activités maritimes et une réorientation de ses opérations vers la vente au détail. Dans les années qui suivent, la communauté locale, comprenant l’importance patrimoniale des bâtiments qui restent et les avantages qu’elle pouvait en tirer au plan touristique, crée le Comité de sauvegarde des bâtiments historiques de Paspébiac.
 
L’ensemble architectural
 
Un patrimoine industriel de type maritime unique, bien que largement appauvri, demeurait encore debout. Des quarante bâtiments existants, seulement onze subsistaient de la grande époque des pêches, mais leur état leur permettait de témoigner encore des activités reliées à la transformation de la morue et au commerce du poisson. 
 
La structure architecturale la plus imposante du site est celle du B.B., pour Le Boutillier Brothers. Cet édifice, un entrepôt géant, a été construit au début des opérations de la compagnie, entre 1845 et 1850. Il s’agit d’un bâtiment de six étages, si on compte le rez-de-chaussée et les combles, fait entièrement en bois. La structure interne, très visible, laisse voir la minutie du travail des charpentiers de marine qui y ont œuvré. L’édifice était consacré uniquement à l’entreposage du poisson. Aujourd’hui, la bâtisse sert de centre d’interprétation des pêches. Elle abrite une exposition sur le commerce international de la morue et une salle de projections multimédias qui peut aussi bien servir de lieu de spectacle où se produisent des artistes de la région. 
 
Parmi les plus importants éléments architecturaux mis en valeur sur le banc de Paspébiac, il y a ce hangar de bois de la compagnie Robin datant de 1840 et restauré en 1982. Il accueille une salle d’exposition portant sur l’implantation des compagnies jersiaises en région et les bureaux de la Corporation du site historique. 
 
Trois bâtiments de pierre ou de béton ont, de leur côté, résisté à l’incendie de 1964. « L’Office », comme il a été baptisé, aurait pu servir de bureau des douanes dans les années 1860 et son aménagement rappelle les tâches administratives qui incombaient aux gérants et commis des compagnies. La chambre forte, seul vestige du magasin général de la Robin sur le banc, est faite de béton. La poudrière, dont le nom dit bien l’usage, n’a pas encore trouvé de vocation au plan de l’interprétation. 
 
La charpenterie, la forge, le hangar à farine et les « cook rooms » rappellent les activités industrielles et artisanales qui se pratiquaient au temps des Robin et de la Le Boutillier Brothers. Aujourd’hui, un des « cook rooms » sert de lieu d’accueil pour les touristes et un second comme atelier d’animation illustrant le travail du forgeron. Enfin, près des bâtiments, quelques Gaspésiennes, type de goélettes de pêche construites toutes de bois, sont placées sur des bers. Il s’agit des derniers spécimens du genre. Hormis au Manoir Le Boutillier, à L’Anse-au-Griffon, c’est le seul endroit où il est possible d’examiner ces témoins d’une autre époque. 
 
Particularité de la visite
 
La visite de ces lieux est le prétexte pour parler des grandes familles qui ont marqué l’histoire de la pêche en Gaspésie et dans tout le golfe Saint-Laurent, les Robin et les Le Boutillier. C’est aussi l’occasion d’expliquer les rudiments de la pêche et de la conservation de la morue. Le touriste peut goûter la morue séchée, se faire expliquer par le charpentier les techniques de fabrication de la barge traditionnelle et même, avec l’aide du forgeron, façonner lui-même un clou selon les méthodes artisanales. Les visiteurs, tout en échangeant avec les guides, s’étonneront d’entendre l’accent caractéristique des "Paspéyas", d'origine basque française pour la plupart, et de découvrir la richesse du vocabulaire régional. 
 
D’ailleurs, s’il est chanceux, le visiteur pourra se payer à la salle de spectacle du site une soirée en compagnie d’Abel, ce fils de pêcheur et habitant traditionnel à l’accent si prononcé, joué par Fernand Allain. Il peut aussi compléter sa visite un dégustant un met typiquement gaspésien au restaurant L’Ancre tenu dans un des bâtiments et s’acheter des souvenirs fabriqués par les artisans locaux au centre d’artisanat « La Barge ». 
 
De nos jours
 
De nos jours, les habitants de Paspébiac pratiquent toujours une pêche commerciale. En saison, il est intéressant de rencontrer les crabiers sur le quai, tout près des installations patrimoniales, et d’observer leur travail. Quant au site du Banc de Paspébiac lui-même, il a été classé en 1981 site historique par le ministère des Affaires culturelles du Québec et il vient de recevoir en 2002 un soutien financier du ministère du Patrimoine canadien. Cet apport pécunier lui permettra, notamment, de définir et d’appliquer les normes de conservation muséales à ses collections et de définir des orientations de recherche liées aux thématiques du site. 
 
 
Bibliographie :

Lepage, André. Le Site historique-de-banc-de-Paspébiac. Québec, Les Publications du Québec, 1997. 36 p., carte, ill.
Loisel, Marc et Johanne Murray, « Le site historique du Banc de Paspébiac – Une prise de main », Gaspésie, vol. XXI, no 1, janvier – mars 1983, p. 8-10.
Soucy, Chantale et Jean-Louis Roy. Le Banc-de-Paspébiac. Histoire-Patrimoine et développement régional. Gaspé, Musée de la Gaspésie, 1983. 36 p., ill.
Sites Internet:
http://www.mcc.gouv.qc.ca/region/11/pamu/bancpasp.htm
www.clsc-chsld.org/villes/textes/Paspebiac.htm >
http://www.clsc-chsld.org/villes/textes/Paspebiac.htm
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