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Le théâtre gaspésien
Thème : Culture

Le théâtre gaspésien

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, 23 novembre 2002


Le théâtre en Gaspésie, comme pour toutes les autres régions de la province, est un défi constant. Défi à l’œuvre, mais défi aussi au genre. La clientèle intéressée à cette forme d’expression de l’art n’est pas aussi dense en région que dans les grands centres, mais des amateurs et des professionnels ont pris la gageure d’y réussir. 
 
Les débuts
 
Le théâtre gaspésien pourrait avoir commencé dans les salles paroissiales, mais il ne reste rien de ce travail de pionnier. À peine a-t-on conservé le souvenir d’activités théâtrales au Petit Séminaire de Gaspé. À chaque année, depuis la fin des années 1930, les élèves de Belles-Lettres montaient, avec leur professeur de français Claude Allard, l’un des grands classiques au programme, Le Cid de Corneille, L’Avare de Mollière, quelques fois des pièces engagées comme Sur la terre comme au ciel. En 1959, Antonin Lamarche, c.s.v., crée et monte Le jeu de la croix de Gaspé, à la mémoire de la prise de possession du Canada par le célèbre Malouin. C’est une occasion pour les étudiants de s’ancrer dans l’histoire nationale tout en célébrant l’oeuvre de l’Église sous le régime français.
 
Il y a bien eu les représentations de troupes itinérantes, comme celle de Jean Grimaldi, qui ont par la suite amené le théâtre de variété aux Gaspésiens avec Manda, La Poune, Jean Duceppe et combien d’autres. Un théâtre professionnel à demeure fait son apparition en région avec l’ouverture en 1956 du Centre d’Art de Percé où Suzanne Guité invite les troupes de Montréal à jouer un répertoire estival. Paul Hébert, Albert Millaire, Denise Pelletier et son frère Gilles sont passés sur les planches locales. 
 
Les pionniers gaspésiens
 
L’une des premières véritables troupes amateures issues du terroir à voir le jour est L’Astran. Cette compagnie monte pour la première fois sur les planches au Cégep de Gaspé en 1969 à l’initiative des professeurs du tout nouveau Collège de la Gaspésie et d’un petit groupe de mordus locaux. Départ canon, quatre pièces en trois ans, avec des auteurs québécois : Antoine Leclerc, Robert Lamoureux et Félix Leclerc. La troupe, incorporée en 1979, se renouvelle à chaque année et monte depuis, malgré le manque de ressources professionnelles, vingt pièces en vingt-cinq ans.
 
La même année où les comédiens de L’Astran s’initiaient au théâtre, un autre groupe de passionnés se ramassait à Sainte-Anne-des-Monts autour de la Grange à Francis. La Troupe de théâtre de la Grange monte douze pièces entre 1974 et 1989. On joue des auteurs québécois, mais on monte aussi plusieurs créations d’auteurs gaspésiens dont Yolande Fortin, Francis Pelletier, Jeanne Mimeault et David Lonergan. Certaines pièces, au moins cinq, sont même présentées au Centre d’Art de Percé. L’enthousiasme de ces pionniers se communique à d’autres qui forment bientôt La troupe de théâtre amateur de Sainte-Anne-des-Monts et Pince-Farine, la première compagnie qui tente de vivre exclusivement du Grand Art en Gaspésie. Cette dernière organise même des ateliers de théâtre de création. 
 
Aujourd’hui

Aujourd’hui, une dizaine de troupes de théâtre professionnelles et amateures exercent leur art à l’année, pour certaines, et durant l’été pour d’autres. Le Théâtre de la Vieille Forge de Petite-Vallée joue depuis deux ans Quatre chasseurs, une pièce qui se veut l’adaptation de Broue et qui connaît un succès équivalent au plan régional. Le Théâtre de l’Hippogriffe, anciennement Les Productions de l’Auguste théâtre, de Francine Guimont, formées depuis 2000, a produit La Céleste bicyclette de Roch Carrier à la salle Chouin’Art de L’Anse-au-Griffon, en plus d’y tenir pendant l’été un camp en théâtre. L’été 2002 a donné lieu à une lecture animée de Ah! Ibabelle, de Catherine Anne. Cette forme de jeu scénique voulait intégrer le Manoir Le Boutillier à l’action dramatique tout en impliquant les spectateurs au jeu des comédiens. Un succès!
 
Dans la Baie des Chaleurs, le Théâtre de la Petite Marée, de Bonaventure, une compagnie professionnelle qui rassemble des créateurs gaspésiens et québécois, mène de son côté une expérience tout aussi unique. En adaptant des œuvres de la littérature à des jeux scéniques qui intègrent personnages humains et marionettes, cette troupe parvient à intéresser adultes et enfants. Les Productions À tour de rôle, du théâtre La Moluque de Carleton, est une autre troupe professionnelle qui vit des arts de la scène depuis vingt ans. Elle s’est méritée, en 1999, le Prix de la meilleure production en régions et le meilleur Texte original en 2000 à la Soirée des Masques. 
 
Une école de théâtre, La Passerelle
 
Presqu’en même temps que L’Astran monte sur les planches en 1969 et que la Grange à Francis ouvre ses portes en 1970, soit cette même année, le théâtre de création fait son apparition à la polyvalente de Paspébiac à l’instigation d’un professeur d’art dramatique, Wilfrid Joseph. Deux ans plus tard, a lieu La Grande affaire, un genre d’olympiade du théâtre, en fait un festival où les écoles de Matapédia, de Carleton, de Bonaventure et de Paspébiac présentent chacune une demi-heure de créations théâtrales. Le succès de l’expérience suscite l’intérêt de la population étudiante à telle enseigne qu’un programme de formation Arts-Études est créé à la polyvalente de Paspébiac sous le nom d’Atelier de théâtre La Passerelle.
 
Le cours dispensé à Paspébiac axe sa formation sur le théâtre de création. Les élèves inscrits au programme touchent tous les aspects du spectacle depuis l’écriture jusqu’au montage des pièces à interpréter, en passant par la réalisation. La synergie qui se développe autour de cette activité conduit ses concepteurs à imaginer puis à réaliser un festival de théâtre qui prend le nom de Festival du Trac, un acronyme signifiant Théâtre Régional Amateur de Création. À sa dixième édition, celle de 2002, qui a eu lieu du 24 au 26 mai, l’événement regroupe vingt-deux troupes. Y participaient, entre autres groupes, des étudiants du Collège Édouard-Monpetit, de Montréal, ceux de la troupe les Boutons d’Art, de Campbellton, et plusieurs professionnels dont la Troupe professionnelle de Québec Danse contemporaine, la Troupe professionnelle Bas les masques, de Montréal, auxquels s’ajoutent les Cent façons, Troupe amateur adulte de Québec, etc…. Depuis les débuts du Festival du TRAC, deux Prix Essor, prix d’excellence du ministère de l’Éducation du Québec, sont venus couronner les efforts de cet organisme.


Bibliographie :

Bourget, Monique. « L’Astran et la relance du théâtre à Gaspé », Gaspésie, vol. XXVII, no 1, mars 1999, p. 46-48.
Collectif. Cahier souvenir – Le théâtre de L’Astran Inc. 1969-1994 – 25 ans. 75 p., ill.
Harvey, Michelle. « Le Centre d’Art de Percé a 25 ans », Gaspésie, vol. XX, no 3, juillet- septembre 1982, p. 9s.
Lepage, Germaine et Marie-Josée Saint-Pierre. La vie culturelle et sociale à Sainte-Anne-des-Monts de 1968 à 1990. 75 p., ill.
Mimeault, Mario. Entrevue avec Claude Allard et Clément Thibaut, le 23 novembre 2002.
Site Internet :
Festival du Trac : http://festivaldutrac.tripod.com/historique.html
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