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La scolarisation chez les Micmacs
Thème : Société et institutions

La scolarisation chez les Micmacs de la Gaspésie au XXe siècle

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome, Gaspé, 19 octobre 2002


Tout comme la communauté blanche, celle des Micmacs de la Gaspésie accorde au début du XXe siècle peu de valeur à la formation scolaire. De toute manière, l’enseignement de la langue et des matières académiques ne dépasse guère, à ce moment, la quatrième année scolaire dans leurs communautés. Une progression et un intérêt marqué s’observent toutefois à la faveur des efforts des missionnaires et du gouvernement, au point où, à la fin des années 1990, les communautés amérindiennes prennent en main leur propre formation.
 
Un début de siècle chancelant
 
Au début du XXe siècle, l’instruction des jeunes Micmacs de Ristigouche, bien qu’assurée dans la langue ancestrale, se limite à la formation religieuse. L’assiduité aux cours laisse aussi à désirer. Sur quarante et un élèves inscrits à l’ouverture d’une école par les Sœurs du Saint-Rosaire en 1903, treize seulement se présentent à tous les jours. Il faut cependant souligner que le manque de considération à l’égard des études est un phénomène commun à la société canadienne et non pas particulier aux autochtones. 
 
Pendant plusieurs années, les Micmacs vont bénéficier d’un enseignement dans leur langue. En 1920, le département, et plus tard le ministère des Affaires indiennes du Canada institue une formule scolaire appelée Indian Day School dont il confie l’application aux Sœurs du Saint-Rosaire. En vertu de cette mesure académique, les jeunes Amérindiens ont désormais accès à sept années de scolarisation sur la réserve, eux qui n’avaient, au siècle précédent, accès qu’à une instruction anglaise, pratiquement toujours donnée hors réserve. 
 
Malgré l’apparent désintéressement que manifeste la faible fréquentation scolaire chez les Micmacs, un premier jalon est posé par l’action des Sœurs du Saint-Rosaire et dès lors l’idée du bien-fondé d’une instruction progresse dans la communauté autochtone. De la soixantaine d’étudiants à s’enregistrer à l’ouverture d’une nouvelle école en 1908, ils sont 126 étudiants en 1923 et leur nombre grimpe encore, à ce point qu’un nouveau complexe scolaire construit dans les années 1950 accueille 534 jeunes Micmacs. Deux cent quarante-neuf étudiants sont inscrits dans des classes anglaises et 285 dans des classes françaises. À cette époque, suite aux recommandations du Rapport Parent, le système des écoles polyvalentes est institué par toute la province de Québec, ce qui oblige les Micmacs à compléter leur secondaire hors de la réserve. En attendant de décider si leurs enfants iraient à l’école de Matapédia ou de Bonaventure, la Commission scolaire de Carleton installe les étudiants de la réserve à Pointe-à-la-Croix, mais leur école passe au feu en 1966.
 
Jusque-là, seule la réserve de Ristigouche bénéficiait d’un système scolaire intégré allant depuis la maternelle jusqu’à la onzième année. Suite à cet incendie, la bande de Ristigouche prend entente avec les gouvernements québécois et néo-brunswikois et dirige ses enfants vers l’école secondaire de Campbellton où des professeurs autochtones leur offrent des cours optionnels de micmac. Ailleurs en Gaspésie, particulièrement à Gaspé, les membres de la Nation micmaque sont obligés de s’intégrer à la communauté blanche s’ils veulent recevoir une instruction. Il est, pour cette raison, impossible d’établir des statistiques sur la fréquentation scolaire antérieure aux années 1980. Il est certain, cependant, que l’établissement en 1946 d’une allocation aux familles dont les enfants fréquentent l’école incite les jeunes Amérindiens à se scolariser.
 
Un programme autochtone pour Ristigouche et Maria
 
Depuis la fin des années 1990, un programme scolaire ramène en partie la clientèle des jeunes Micmacs sur la réserve de Ristigouche. En effet, en septembre 1997, la bande locale inaugure une toute nouvelle école primaire de onze classes, dotée de locaux de sciences et d’espaces multidisciplinaires capables d’accueillir les 400 élèves de la réserve. Elle a pour nom Alaqsite’W Gitpu (Aigle qui va voler). Des enseignants micmacs, qui préparent d’ailleurs eux-mêmes leur matériel didactique, dispensent un enseignement de deux heures et demi par semaine aux élèves des deux premières années du primaire. Ceux des quatre dernières années du primaire profitent de quarante-cinq minutes d’étude de la langue maternelle par jour. Construire cette école s’est avéré bénéfique autant pour les enfants que pour les adultes. Elle leur fournit l’occasion de se perfectionner dans les différentes techniques de la construction en suivant des cours de formation professionnelle au Service de l’éducation des adultes. 
 
À Maria, les enfants de la réserve de Gesgapegiag ont d’abord, dans les années 1960, profité d’un programme local de langue micmaque et, depuis 1984, l’école Wejgwapniag accueille un peu plus d’une centaine d’enfants du préscolaire à la deuxième année du secondaire. (Voir illustration 2 sur la population étudiante de Gesgapegiag) Le corpus des cours offerts est semblable à celui des écoles blanches, à ceci près que s’ajoutent des cours de culture centrés sur la vie micmaque. Les élèves ont aussi l’opportunité d’approfondir leurs connaissances des modes de vie ancestraux grâce à la contribution des aînés. Ces derniers initient les enfants au tissage des perles, à la fabrication de paniers de frêne, à la couture de vêtements de cuir et la vente de leur production permet de financer leurs projets. Au plan de l’encadrement scolaire, la mise en commun des moyens des communautés de Ristigouche et de Maria a justifié la mise sur pied d’un Programme d’étude alternatif visant à contrer le décrochage. Dans le cas de certains étudiants, cette mesure prévoit même leur offrir le service d’enseignants à domicile. 
 
Après le premier cycle de l’école secondaire, les enfants de Maria doivent prendre le chemin de la polyvalente de Bonaventure. Deux enseignants autochtones, un homme et une femme, les rencontrent deux fois par semaine afin de leur fournir un soutien académique. En cas d’échec, les mêmes aides font aussi du tutorat pendant l’été pour les préparer aux examens de reprise. Ceux qui désirent poursuivre leurs études à un niveau supérieur doivent, comme tous les Gaspésiens de la Baie des Chaleurs, s’inscrire au campus du Cégep de la Gaspésie et des îles à Carleton ou se rendre à Gaspé si les cours désirés y sont dispensés. Ainsi, un professeur de Ristigouche y a donné des cours de langue micmaque à une quinzaine de personnes en 1994-95.
 
Gespeg, une communauté hors réserve
 
À Gaspé, les Micmacs, concentrés à Pointe-Navarre, vivent tous hors réserve et doivent envoyer leurs enfants à l’école primaire de Saint-Majorique. S’ils désirent poursuivre leurs études au niveau secondaire, ils s’inscrivent à partir des années 1970 à la Polyvalente C.-E.-Pouliot de Gaspé où ils reçoivent leurs cours en français et se perdent dans la masse de la communauté blanche. Les standards de l’enseignement reçu se conforment obligatoirement, dans ce contexte, aux règles du ministère de l’Éducation du Québec et au curriculum de ses programmes scolaires. Par exemple, les jeunes Amérindiens doivent se plier au choix de cours qui leur sont offerts à chacun des degrés scolaires et bénéficient, comme pour leurs confrères blancs, du libre choix confessionnel. S’ils ont besoin d’un soutien, il leur est possible, comme pour tout étudiant blanc, de recourir aux personnes ressources de l’école ou de s’inscrire à un programme d’enseignement individualisé. À un niveau scolaire supérieur, quelques uns des guides-interprètes du village Gespeg ont bénéficié des cours de langue autochtones dispensés au cégep local.
 
S’ils veulent aller plus loin dans leur formation, les enfants micmacs de Gaspé, de Maria et de Ristigouche sont obligés de poursuivre leurs études dans une université du Québec ou du Nouveau-Brunswick. Au demeurant, en 1999, près de 140 étudiant(e)s micmacs ont reçu une formation supérieure dans l’une ou l’autre province et ce dans tous les domaines : les sciences, les arts, le droit, le travail social, l’enseignement, les médias, l’administration, etc. Le meilleur exemple de l’intégration de cette valeur occidentale que peut représenter la scolarisation chez la communauté micmaque est peut-être celui du chef de la bande de Gaspé qui possède une maîtrise en développement régional ou encore ces adultes de Maria qui fréquentent la bibliothèque publique du Centre d’études local et ces autochtones de Ristigouche qui s’initient aux techniques de soins à domicile et suivent des cours en techniques médicales d’urgence.
 
 
Bilbliographie :

Bock, Philip K. The Micmac Indians of Restigouche: History and Contemporary Description. Ottawa, National Museum of Canada, 1966. (Bulletin 213). 95 pages, carte.
Desjardins, Marc, Yves Frenette et Jules Bélanger. Histoire de la Gaspésie. (Montréal), Boréal Express/I.Q.R.C., (1999). 797 p., cartes, ill.
Gagné, Gilles. « L’école micmac ouvrira à la rentrée, en Gaspésie », Le Soleil, le 14 avril 1997; « Listuguj - L’école rouvre après 28 ans », Le Soleil, le 15 août 1997, p. A-3; « Élections à la communauté micmac de Gesgapegiag – Miser sur l’éducation », Le Soleil, le 24 juillet 1997, p. A-3. 
Simpson, Danièle et alii. G’mgiminu - Notre terre - Les Micmacs du Québec. Québec, Ministère de l’Éducation/Musée de la Civilisation/Graficor, 40 p., ill.
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