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Thème : Société et institutions

Mgr François-Xavier Ross et la création du diocèse de Gaspé

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, 15 septembre 2002


D’ascendance écossaise, François-Xavier Ross est un fils de la Gaspésie. Né en 1869 à Grosses-Roches, sur le versant nord de la péninsule, il descend d’une famille de cultivateurs. Le jeune Ross fait ses études classiques à l’extérieur de la région et reçoit la tonsure ecclésiastique à Rimouski le 19 mai 1894. L’attend ensuite une carrière qui lui fait toucher tous les aspects du sacerdoce, tant le missionnariat, la desserte paroissiale et la cure que l’enseignement et la cléricature. François-Xavier Ross est élevé à la dignité épiscopale à titre de premier évêque du diocèse de Gaspé en 1922. Il se démarque alors comme le bâtisseur d’une nouvelle division administrative recouvrant tout le territoire de la péninsule.
 
Le jeune prêtre
 
François-Xavier Ross, douzième d’une famille de quatorze enfants, commence en 1882 des études classiques dans le presbytère de Mgr François-Xavier Bossé à Pointe-aux-Esquimaux, aujourd’hui Havre-Saint-Pierre sur la Basse-Côte-Nord. En septembre 1883, sous la recommandation de son mentor, il entre au Petit Séminaire de Québec. Huit ans plus tard, les portes du Grand Séminaire s’ouvrent à lui, mais il n’a pas sitôt commencé sa formation que l’évêque de Rimouski, Mgr André-Albert Blais, le rappelle et lui confie des tâches d’enseignement à son Petit Séminaire, en plus de requérir ses services comme secrétaire personnel. Ross termine ainsi sa formation de séminariste à Rimouski où il reçoit l’ordination en mai 1894.
 
Les huit années suivantes le rapprochent de la population. Nommé d’abord missionnaire à Saint-Laurent de Matapédia en 1896, il devient, deux ans plus tard, desservant puis curé de L’Anse-aux-Gascons, dans la Baie des Chaleurs. Il est ensuite affecté à la paroisse de Saint-Louis du Ha! Ha!, dans le Témiscouata. En 1904, l’abbé Ross résigne ses fonctions pour aller étudier le droit canonique à Rome. À son retour en 1906, son évêque le nomme Principal de l’École Normale de Rimouski. Il fait sa marque à ce poste en publiant un Manuel de pédagogie qui fait référence dans le domaine de l’enseignement pendant près de vingt ans. François-Xavier Ross demeure à la direction de cette école jusqu’en 1922. Pendant ce temps, il élargit la portée de sa pensée en fondant une Société pédagogique et littéraire dont il est un des conférenciers les plus assidus. Ses crédos en pédagogie reposent sur la formation des enseignants, l’amélioration des programmes des écoles primaires et la nécessité d’études avancées pour les jeunes.
 
Les antécédents du diocèse de Gaspé
 
Jusqu’à la nomination de François-Xavier Ross au titre de premier évêque de Gaspé, la péninsule a toujours, au plan religieux, été tributaire de l’extérieur. Depuis le régime français jusqu’à l’année 1763, le diocèse de Québec s’occupait de la desservir au mieux de ses intérêts. Quelques évêques, en route pour la France, ou sur le chemin de retour, comme Mgr de Laval, font un arrêt à Percé, mais c’est tout. Seuls des missionnaires s’occupent de la région à cette époque. Des pères récollets, dont le père Joseph Denys, avaient tenu mission à Percé de 1672 à 1690. De ses confrères prennent la relève à Pabos et à Ristigouche de 1751 à 1761. 
 
Après la Conquête anglaise, les missionnaires Bonaventure Carpentier et Jean-Baptiste de La Brosse vivent un temps parmi les réfugiés acadiens de la Baie des Chaleurs. Prenant la relève à partir des années 1770 et dans les années 1800, plusieurs prêtres séculiers desservent les missions françaises et micmaques de la région. De ces prêtres, il y a les abbés Joseph-Mathurin Bourg, Louis-Jopseph Desjardins, Charles-François Painchaud, Charles-François Caron, Stanislas Malo, etc. Isolés, en lutte idéologique avec les pasteurs protestants, souvent eux-mêmes malades, ils doivent s’attaquer à de rudes problèmes sociaux. Les plus aigus sont peut-être l’ignorance, le peu d’éducation et de formation religieuse chez leurs ouailles, leur intempérance et leur manque d’assiduité aux offices. Les années 1770 à 1867 voient quand même poindre les premières paroisses de la Gaspésie : Carleton, Bonaventure, Douglastown, Percé, Rivière-au-Renard, Sainte-Anne-des-Monts.
 
C’est l’époque aussi où l’Église hiérarchique songe à rattacher la Gaspésie à un diocèse néo-brunswickois, mais, devant l’opposition du clergé régional, la péninsule est plutôt intégrée à celui de Rimouski, créé en 1867. Le clergé doit quand même affronter une multitude de problèmes. À la fondation de nouvelles paroisses, s’ajoute l’obligation de contrer les effets de la pauvreté. Par exemple, suite à la faillite des grandes compagnies de pêche en 1888, les membres du clergé doivent orchestrer à travers la province une levée de fonds en faveur des pêcheurs. En fait, les prêtres catholiques s’affirment à cette époque comme les figures de proue dans à peu près tous les domaines, la colonisation, l’agriculture, le coopératisme, l’éducation, etc. Responsable des missions de la côte nord-gaspésienne dans les années 1860, David Roussel prêche l’attachement à la terre et la cultive lui-même. En 1867, les Sœurs de la Charité de Québec ouvrent un couvent à Carleton. Henry-Joseph Mussely fonde la paroisse de Saint-Alphonse en 1899. Jacob Gagné met sur pied une fromagerie à Maria en 1905. 
 
La création d’un diocèse gaspésien
 
Pendant ce temps, l’idée d’un diocèse pour la seule péninsule gaspésienne chemine. Des pressions se font sentir pour regrouper le territoire des comtés de Bonaventure et de Gaspé en une division administrative distincte de celle de Rimouski. Le député de Bonaventure, Charles Marcil, est de ceux qui, en 1902, appuient publiquement cette idée. Mgr Joseph-Romuald Léonard, fils d’Acadien et originaire de Carleton, se montre sensible aux problèmes de la région (grandes distances, communications difficiles, influence protestante, etc. ) et à la gestion spécifique que sa position nécessite. Une Commission du chapitre cathédral de Rimouski, présidée par Mgr Ross, étudie cette possibilité et conclue en 1920 à la nécessité immédiate de créer le diocèse de Gaspé. 
 
Le choix du siège épiscopal soulève cependant des discussions serrées, d’autant que les paroisses de Bonaventure et de Grande-Rivière revendiquent cette investiture, mais Gaspé, favorisée par sa position centrale par rapport au reste de la péninsule, se gagne l’appui des membres de la Commission. Finalement, Mgr Léonard présente personnellement la supplique de son clergé à Rome et le Saint-Siège décrète l’érection du nouveau diocèse le 5 mai 1922. Le choix du premier évêque est déjà fixé, il s’agit de François-Xavier Ross. Homme d’expérience, il avait été administrateur du diocèse de Rimouski puis élevé au rang de Vicaire Capitulaire pendant les derniers mois du mandat de Mgr Blais, charge qu’il occupe encore après son décès. Mgr Ross est préconisé Évêque de Gaspé le 22 décembre 1922, sacré officiellement à Rimouski le 1er mai 1923 et intronisé dans la ville siège de son diocèse deux jours plus tard. 
 
 
Bibliographie :

Desjardins, Marc, Yves Frenette et Jules Bélanger. Histoire de la Gaspésie. (Montréal), Boréal Express/I.Q.R.C., (1999), p. 558-569.
Fortin, Alphonse. Album des Anciens du Séminaire de Rimouski. Rimouski, Imprimerie Gilbert Limitée, 1940, p. 16s.
Lebel, Camille. « Mgr François-Xavier Ross », Revue d’histoire de la Gaspésie, vol. II, no 1, janvier-mars 1964, p. 25-32.
Le Moignan, Michel. « Mgr F.-X. Ross, un grand éducateur », Revue d’histoire de la Gaspésie, vol. IV, no 1, janvier-mars 1966,, p. 35-43.
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