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Nicholas Cox
Thème : Société et institutions

Nicholas Cox, lieutenant-gouverneur de la Gaspésie, 1724-1784

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, 7 septembre 2002


Nicholas Cox est né en Angleterre vers 1724. Officier de l’armé britannique, il a pris part à la Guerre de la Conquête. Il a, dans ce cadre, participé à la prise de Louisbourg et à la bataille des Plaines d’Abraham. En 1775, après plusieurs années de service, Cox se voit offrir le poste nouvellement créé de Lieutenant-gouverneur de la Gaspésie. La mise en place de cette fonction en région surprend dans une colonie où seule les grands centres comme Montréal, Québec et Trois-Rivières peuvent espérer voir les hauts fonctionnaires s’occuper de leurs intérêts. 
 
Contexte constitutionnel
 
Quand le gouvernement colonial confie la responsabilité de Lieutenant-gouverneur au major Nicholas Cox, le roi vient juste de doter la province de Québec d’une nouvelle constitution. Il s’agit de l’Acte de Québec par lequel il redonne aux Canadiens français les droits dont il les avait privés après la Conquête. En réorganisant l’administration de sa colonie, le souverain britannique tente, en fait, d’endiguer un mouvement de soulèvement qui se manifeste en Nouvelle-Angleterre et de se gagner la faveur des Canadiens. Par exemple, pour rendre la justice plus présente, et peut-être plus efficace, il crée deux districts judiciaires, un à Montréal et l'autre à Québec. En plus, il multiplie la représentation du gouvernement en créant les postes de Lieutenant-gouverneur pour Détroit, dans la région des Grands-Lacs, et la Gaspésie, à l’extrémité est de la colonie. 
 
À cette époque déjà, la péninsule gaspésienne contenait une forte proportion de citoyens britanniques qui se livraient à un important commerce international de la morue. Les gens d’affaires ne pouvaient jusqu’alors compter que sur un seul officier de justice pour toute la région bien qu’ils auraient eu besoin d’une plus grande présence du gouvernement. Ainsi, pourraient-ils désormais faire valoir plus directement leurs besoins et obtenir un arbitrage légal quand leurs opérations commerciales le nécessiteraient.
 
L’urgence de la nomination
 
Le choix du titulaire semble se faire assez rapidement. Nicholas Cox, qui a, à ce moment, une longue carrière militaire derrière lui, est nommé au mois de mai 1775. Il a servi le roi en Écosse dès l’âge de dix-huit ans et s’est retrouvé au service des forces d’outre-mer en débarquant en Acadie en 1750. Il participe à la prise des forts de Beauséjour et de Gaspareau, puis, en 1758, quand l’armée anglaise prend la forteresse de Louisbourg, il fait partie d’une brigade de jeunes officiers commandés par le général Wolfe. La même unité se retrouve à Québec en 1759, à la bataille des Plaines d’Abraham. 
 
À sa nomination de lieutenant-gouverneur de la Gaspésie en 1775, Cox, qui revient d’Angleterre, laisse sa famille à Québec et se rend dans la péninsule pour établir un premier relevé de la population, mais il doit revenir d’urgence au cœur de la colonie où le gouverneur lui demande de reprendre du service. La Nouvelle-Angleterre envahit à ce moment le Canada et il doit former rapidement des troupes pour résister aux Américains. Nicholas Cox agit alors à titre d’instructeur et demeure au sein de l’armée active jusqu’au retrait des insurgés à l’été 1776. 
 
À défaut d’avoir gagné l’appui des Canadiens, la Nouvelle-Angleterre s’en prend à partir de ce moment aux établissements de pêche du golfe Saint-Laurent. C’est ainsi que des corsaires détruisent les installations de la Robin, Pipon and Co. à Arichat. Des flibustiers se risquent plus au nord et rôdent jusqu’aux abords de la baie de Gaspé où deux de leurs navires sont coulés après avoir offert une faible résistance. Le gouverneur Carleton renvoie Nicholas Cox en Gaspésie à l’été 1777. Il lui demande de faire un état de l’économie régionale et de prendre le pouls de la population face aux rebelles américains. En conformité avec sa mission, le nouveau lieutenant-gouverneur organise la défense de la région en mettant un corps de milice sur pieds. Il n’a pas sitôt complété ses premiers groupes de volontaires à l’été 1778 que des navires bostonnais s’en prennent aux magasins de la Robin à Paspébiac et de Raymond Bourdages à Bonaventure. Charles Robin en est si affecté qu’il préfère se retirer à Jersey en attendant le retour de la paix. Il a probablement raison. Les incursions des pirates américains se poursuivent, à ce point qu’à l’été 1780 les habitants de Percé, sous le commandement du capitaine de milice Peter Fraser, doivent repousser les attaques de nouveaux forbans.
 
Au retour de la paix
 
Le traité signé entre l’Angleterre et sa colonie en 1783 ramène la paix sur le territoire confié au lieutenant-gouverneur Cox. De ce moment, sa tâche est d’abord de représenter le gouvernement et d’appuyer son administration. Le haut-fonctionnaire a deux résidences successives dans la région. La première est construite par Félix O'Hara à Barachois, tout près de Percé. Cette humble demeure abrite l'Hôtel du gouvernement. La présence de son occupant en fait le centre de l'appareil administratif régional et le quartier général de la milice, sans compter que les juges y tiennent leurs auditions. Quand, dix ans plus tard, les Loyalistes arrivent en Gaspésie, le lieutenant-gouverneur va les rejoindre dans la Baie des Chaleurs et s'installe à New-Carlisle.
 
Le rôle de Cox en tant que représentant de l’État revêt plusieurs facettes importantes pour la région et le gouvernement canadien. Par exemple, le recensement qu'il effectue dès son retour en Gaspésie en 1777 permet de connaître pour la première fois la véritable composition de la population qui réside sur les côtes et l'état de ses effectifs dans les pêches. Plus tard, lorsque le gouverneur Haldimand planifiera l'implantation de colons loyalistes, Cox a la charge de déterminer avec Félix O'Hara les meilleurs lieux d'établissement pour les nouveaux arrivants. Responsable de l'attribution des terres, il a aussi à arbitrer un important litige à propos des terres des Micmacs, un problème que le chef Joseph Glaude fait valoir en 1787.
 
A vrai dire, Nicholas Cox ne réside pas longtemps dans la région. Il passe davantage de temps à Québec. Il est remplacé à son décès, survenu en 1794, par deux ex-officiers de l’armée britannique, Francis LeMaistre, puis Alexander Forbes en 1804. Ces derniers ne demeureront cependant pas en région tant et si bien que la fonction perdra de son importance aux yeux des administrateurs de Québec et qu’elle sera abolie en 1831. Le poste de Lieutenant-gouverneur de la Gaspésie n'a toutefois pas laissé un mauvais souvenir dans l’esprit de la population car plus tard, dans les années 1840, il y a encore des gens pour demander sa restauration. On croit toujours qu'un titulaire bien informé défendrait mieux les intérêts de la région auprès du gouvernement qu'une administration sans attache.


Bibliographie :

Desjardins, Marc, Yves Frenette et Jules Bélanger. Histoire de la Gaspésie. (Montréal), Boréal Express/I.Q.R.C., (1999). 797 p., cartes, ill.
Lieutenants-gouverneurs de la Gaspésie », Revue Canadienne. Troisième série. Tome deuxième. 1889, p. 100-111.
Lee, David. « Nicholas Cox », Dictionnaire Biographique du Canada. P.U.L/U.T.P., 1980. Vol. IV, p, 194-196.
Mimeault, Mario. « Le district judiciaire de Gaspé 1788-1988 », Gaspésie, vol. XXVI, no 2, juin 1988, p. 17-52.
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