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Les Micmacs au XXe siècle
Thème : Société et institutions

Les Micmacs au XXe siècle. La renaissance

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, 20 octobre 2002

 

La communauté micmaque de la Gaspésie, culturellement et économiquement éprouvée aux siècles précédents par ses contacts étroits avec la culture blanche, connaît aujourd’hui une renaissance dans tous les domaines.
 
La population micmaque
 
La Nation micmaque fait partie de la famille des Algonquiens et occupe l’ensemble des Maritimes depuis des temps immémoriaux. Ceux de ses membres qui habitent la Gaspésie sont répartis en trois bandes dont deux, Ristigouche (Listuguj) et Maria (Gesgapegiag), vivent en réserve. Dans la communauté de Gaspé (Gespeg), les autochtones demeurent en totalité hors réserve. 
 
Les Micmacs de la Gaspésie constituent la branche la plus au nord de la Nation. Selon les plus récentes statistiques, ils forment environ 25 % de tous les autochtones qui habitent la côte est du Canada. Ils sont 4 341 personnes à posséder leur statut d’Indien en Gaspésie et, de ce nombre, la majorité demeure en région. La réserve de Ristigouche compte à elle seule 1 688 individus et Maria 505. Gaspé rassemble 478 autochtones à Pointe-Navare et dans les paroisses environnantes. À ces Amérindiens, s’ajoutent ceux qui résident ailleurs en Gaspésie ou dans la province de Québec et qui totalisent 1 910 membres enregistrés.
 
Survivance culturelle
 
La langue micmaque est encore parlée au foyer par au moins 40 % de la population, mais c’est l’anglais qui domine à Ristigouche et le français à Gaspé, tandis que les habitants de Maria se partagent entre l’anglais et le français. Dans tous les cas, le bilinguisme est chose courante. Au plan religieux, l’ensemble de la population micmaque de la Gaspésie, à l’instar de toute la Nation, est de dénomination catholique romaine. Pour elle, la fête de Sainte-Anne est depuis leur conversion au catholicisme l’occasion de festivités annuelles, mais les traditions ancestrales marquent encore de leurs couleurs les usages indigènes. Par exemple, lors de la prise de possession d’un bateau de pêche à Rivière-au-Renard au printemps 2000, le chef Jalbert ne manquait pas, en guise de célébration, d’honorer les éléments de la nature par un rituel autochtone.
 
L’organisation socio-politique
 
Chaque communauté autochtone de la Gaspésie possède son propre Conseil de bande. Les nominations s’y font par élection et, signe d’une évolution de la tradition, les femmes ont leur mot à dire dans le choix des chefs. Plus encore, marquant par là un changement notable, certaines d’entre-elles ont, dans les dix dernières années, été élues chefs à Ristigouche et à Gaspé. Une autre s’est présentée comme candidate à l’élection de 1997 à Maria. 
 
Le Conseil de bande a autorité sur toutes les affaires locales. C’est lui qui régit les services communautaires sur les réserves. Un corps de police amérindien, indépendant de la Police provinciale, assure la sécurité à Ristigouche et à Maria et un service de pompiers autochtones volontaires protège les citoyens des incendies. Les mêmes Conseils de bande offrent les services d’aqueduc, d’égout et de déneigement et s’assurent que les personnes de leur communauté en situation de crise trouvent un support social adéquat. Ainsi Gesgapegiag a créé un centre de désintoxication pour les personnes aux prises avec des problèmes de drogue ou d’alcool alors que Ristigouche s’est doté de centres d’hébergement pour les femmes victimes de violence et les jeunes en difficulté. C’étaient-là, jusqu’aux années 1980, des services assurés hors réserve par les institutions de la province de Québec et du Nouveau-Brunswick. 
 
À Gaspé, où la bande micmaque vit parmi la communauté blanche, le Conseil de bande a obtenu sa pleine reconnaissance du ministère des Affaires indiennes en 1972. Des renégociations lui ont permis de signer en 1999 une entente-cadre avec la province de Québec lui reconnaissant son autonomie gouvernementale. Une entente particulière avec les mêmes autorités provinciales établit, une année plus tard, des modalités de programmation et de concertation portant sur leur développement communautaire. Déjà des initiatives allant en ce sens marquaient l’action de la bande de Gaspé. Ses membres avaient, dans les années 1980, aménagé un centre administratif et communautaire dans une ancienne école et ils y avaient depuis concentré leurs activités de groupe. En plus, un membre de la bande est engagé à titre de permanent à l’éducation et au développement économique. Cet agent suit, à ce titre, les progrès et le développement des jeunes Micmacs inscrits dans les écoles de la région et de la province. 
 
Enfin, en l’année 2000, les trois bandes micmaques de la Gaspésie posaient les bases d’un secrétariat commun aux fins de constituer un outil de développement social et économique pour les trois partenaires. Ainsi, comptent-elles se donner les ressources pour mener à bien certaines tâches qui demandent une expertise qu’elles ne sauraient se donner autrement. En même temps, elles comptent de la sorte acquérir dans certains dossiers un plus grand pouvoir de négociation face aux gouvernements provincial et fédéral.
 
Vie économique
 
Plusieurs ententes entre les Conseils de bande micmacs de la Gaspésie et le gouvernement du Québec ont, depuis ces dernières années, apporté à ces communautés le contrôle de leur développement, particulièrement dans le secteur de la pêche au saumon. Par exemple, à Maria, la Société de gestion des rivières Cascapédia, composée d’autochtones et de non-autochtones, assume la gestion du poisson sur la rivière Cascapédia et embauche une trentaine de travailleurs amérindiens à titre de guides-pêcheurs. Propriétaire en plus de quatre crabiers, la bande bénéficie de vingt autres emplois reliés à la pêche en mer. À Ristigouche, les ententes signées avec le gouvernement fédéral en l’année 2000 permettent aux Micmacs de la réserve de capturer le homard pour leurs besoins personnels. 
 
Le commerce et le tourisme assurent aussi aux Micmacs des entrées d’argent importantes. À Gaspé, la reconstitution d’un village traditionnel attire plusieurs milliers de visiteurs à chaque été tandis qu’à Maria une coopérative d’artisanat met en marché la production des vanneurs locaux qui se sont gagné une réputation internationale. À Gaspé, un partenariat économique a été instauré en 2000 entre la communauté micmaque et les hommes d’affaires de la place pour former une entreprise, Les produits forestiers gaspésiens, centrée sur la transformation du bois en région. Le projet n’a pas encore abouti, mais il a laissé place à une entente entre la bande de Gaspé et le gouvernement fédéral à propos des droits de pêche en haute mer. Après avoir obtenu un permis pour la crevette, les Micmacs de Gaspé faisaient en 1999 l’achat d’un bateau de pêche et menaient une première campagne au printemps suivant. 
 
Premiers bâtisseurs de la Gaspésie, les Micmacs comme il appert, comptent redevenir des agents dynamiques de leur développement autant que de celui de la région. Du coup, ils envisagent de reconquérir l’autonomie qui était leur marque quand les premiers Européens ont mis le pied à terre en Gaspésie au XVIe siècle.
 
 
Bibliographie :

Dow, Cynthia. « Micmac Chiefs sign historic accord », Spec, 13 août 2000, p. 6.
Gagné, Gilles. « Élections à la communauté micmac de Gesgapegiag – Miser sur l’éducation », Le Soleil, le 24 juillet 1997, p. A-3.
Listuguj. « Listugij – Une communauté en développement – A Growing Community ». (Le Pharillon), (Éditions Québecor), (2002). 20 p., cartes, ill. (Encart publicitaire).
Martel, Pierre. « Des gens d’affaires de Gaspé et des Micmacs s’associent », Le Soleil, 16 août 2000, Cahier B-1.
Tremblay, Luc. « Les Micmacs gaspésiens unissent leurs forces », Le Trans-Gaspésien, 20 août 2000, p. 5.
Sites Internet :
SITES INTERNET : 
http://www.mce.gouv.qc.ca/d/html/d0466001.html > Le Secrétariat des affaires autochtones.
http://www.apcfnc.ca/fisheriesinfo/htm/who.htm > First Nations Fisher Training Network.
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