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L’éco-tourisme en Gaspésie...
Thème : Économie

L’éco-tourisme en Gaspésie et tourisme d’aventure

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, 17 août 2002


Le climat économique de la Gaspésie est morose. Tous les secteurs industriels sont dans le rouge. Les réserves forestières ne suffisent plus à la demande des usines, les stocks de morue sont épuisés par la prédation naturelle et la surpêche, la seule ville minière de la région ferme parce que son filon de cuivre a livré son potentiel. De son côté, l’agriculture manque de relève. Une seule lueur, ou presque, s’offre à la région, le tourisme, ressource renouvelable, perfectible et durable. De tous les secteurs de cette industrie associés au développement régional, il en est, l’éco-tourisme et le tourisme d’aventure, qui prennent leur essor.
 
Le tourisme, une industrie 
 
Le tourisme existe en Gaspésie depuis plus de cent ans, en quelque sorte à l’état sauvage. Jamais, du moins avant les années 1970, le milieu n’a cru bon de planifier son développement. Aujourd’hui, considéré sous l’angle d’une industrie, il se présente comme la poule aux œufs d’or. Les experts estimaient en 1970 à environ 375 000 par année le nombre de visiteurs à s’être rendus dans la péninsule, pour un apport économique de 45 millions $. Depuis, ces données ont augmenté de près de 55 %. La région a attiré à la fin des années 1990 jusqu’à 580 000 visiteurs pour une injection à chaque année d’environ 100 millions de dollars dans l’économie. Comment, avec un tel poids ne pas considérer le tourisme comme une industrie. Elle a bien sûr ses points faibles. Sa structure est éclatée en un nombre infini d’intervenants qui ont de la difficulté à s’orchestrer. Les efforts de financement s’arriment non sans problèmes, mais ils sont présents. L’Association touristique régionale (ATR) prévoit en 2001 un budget de promotion de 3,6 millions $ sur quatre ans et le gouvernement du Québec, via Le Fonds de développement touristique de la Gaspésie, 1 million $. Le contrôle de la qualité des produits offerts et la formation des intervenants relèvent d’initiatives non sollicitées. Le Cégep de Matane et celui de la Gaspésie-Les-Îles-de-la-Madeleine ont initialement, chacun de leur côté, consacré des efforts à la formation touristique et se sont depuis 2002 concertés à l’intérieur du Groupe Collégia pour donner des cours en tourisme, écotourisme, récréo-tourisme et le tourisme d’aventure. Au-delà de ces problèmes structurels, il n’en demeure pas moins que l’industrie commence à se renouveler.
 
Les nouvelles avenues estivales
 
Le cyclisme est probablement un des attraits qui a le plus progressé alors que la péninsule s’est arrimée à la Route verte. Ce réseau de 2 400 km de pistes balisées pour les bicyclettes traverse le Québec et doit être achevé en 2005. Actuellement, la réfection de la route nationale en Gaspésie s’accompagne d’accotements asphaltés sur lesquels les mordus du deux roues se promènent déjà. Localement, des projets de pistes aménagées pour les adeptes du vélo, comme il en est un de 10 km en cours de réalisation à Gaspé, et un autre déjà en place à Miguasha, se greffent au circuit provincial. Dans la Baie des Chaleurs, les cyclistes peuvent longer la Bonaventure sur dix-huit km tandis qu’un parcours de vingt-huit km les attend à l’intérieur des terres, à Saint-François-d’Assise. 
 
Rafraîchissants, les plaisirs de la mer demeurent peut-être les plus présents et les plus accessibles. La navigation à voile peut maintenant emprunter le Corridor bleu, un réseau de marinas éparpillées sur le pourtour de la péninsule. Ce circuit nautique assure les propriétaires de navire des meilleures conditions de plaisance et de villégiature. Quant aux moins bien nantis, ils peuvent se livrer au kayak de mer dans la baie de Métis, à Carleton ou Bonaventure; les véliplanchistes trouveront des vagues porteuses à Forillon, Gaspé et Carleton tandis que plusieurs autres endroits mettent des motos marines à la disposition des vacanciers. 
 
Spectaculaires et enlevants, le deltaplane et le parapente sont devenus la marque touristique du village de Mont-Saint-Pierre, sur le versant nord de la Gaspésie. L’endroit se veut la capitale du vol libre de tout l’est du Canada. Plus terre à terre, mais pas moins sollicitant, il y a le Sentier international des Appalaches, un tracé en milieu naturel réservé exclusivement aux amateurs de la marche à pieds. Arrivé jusqu’à Matapédia en 1997, s’y sont ajoutés depuis 583 kilomètres de sentiers à travers les monts Chic-Chocs et McGerrigle. Ils traversent la réserve faunique de Matane, passent par le village de Mont-Saint-Pierre et aboutissent à l’extrémité de la péninsule, dans le Parc Forillon. Ce réseau pédestre permet de découvrir la Gaspésie de l’intérieur, celle des montagnes, des plateaux et de la forêt. Son tracé s’associe depuis 2002 aux relents de la mer que les randonneurs goûtent en longeant la côte nord de la péninsule. Des circuits locaux offrent les mêmes agréments sur de plus petites distances. La Corporation de développement du Mont-Saint-Joseph a, par exemple, mis en place entre Carleton et Maria un ensemble de pistes avec des aménagements, ponts, escaliers et belvédères, qui permettent aux amants du milieu naturel de marier les joies de la marche au plaisir d’admirer des sites panoramiques. 
 
Le tourisme d’hiver
 
Le tourisme d’hiver et les activités de neige attirent un grand nombre d’Européens et d’Américains. La Route blanche, le pendant de la Route verte, sillonne la Gaspésie, mais cette fois-ci, comme le laisse entendre son nom, au profit de la motoneige. Des sommes d’argent, plus de 650 000 $ en 2001-2002, ont été allouées à la douzaine de clubs de motoneigistes de la Gaspésie pour damer les sentiers l’hiver, construire ou maintenir en opération des sites de repos et ériger des ponts sur les cours d’eau. Le Gîte du Mont-Albert offre une multitude d’activités de plein air à ceux qui désirent vivre l’aventure des Chic-Chocs : des randonnées alpines, du ski télémark, de la raquette, du ski de longue ou de courte randonnée. Le traîneau à chiens représente une manière tout aussi stimulante de patrouiller et de goûter la Gaspésie. À Gaspé, Mirage sur la Banquise organise depuis plusieurs années des courses qui mettent les moshers de la Gaspésie et de la province en compétition. Cette rencontre attire plusieurs centaines de visiteurs, mais, si les vacanciers veulent participer activement, il y a d’autres entreprises, comme Élan Blanc, de Saint-Elzéard, qui leur offre des randonnées de traîneaux de cinquante km et bientôt de 100 km, à travers montagnes et forêts, avec des forfaits d’une journée ou deux.
 
En définitive, le tourisme en Gaspésie, ce n’est plus uniquement l’expectative, la contemplation ou l’admiration devant les beautés du paysage. Ce sont la participation, la découverte et l’aventure qui s’offrent aux visiteurs. À toutes ces activités déjà citées, s’ajoutent la plongée sous-marine, la descente sous terre aux Grottes de Saint-Elzéar, l’escalade, le canotage en rivière, l’équitation en montagne, le VTT sur 850 km de sentiers. Plusieurs PME, dont Nature-Aventure à Matapédia, Cîme-Aventure à Bonaventure, Carrefour Aventure à Mont-Saint-Pierre, organisent des forfaits pour débutants ou experts en forêt, en montagnes et sur les rivières, d’une durée de un à six jours. Leurs agents offrent aussi des randonnées en mer, des voyages de pêche en haute mer, des balades à cheval à travers champs et rivières ou au bord de l’eau. Le visiteur n’a plus maintenant qu’à faire son choix.

 
Bibliographie :

Bellerive, Karine. « Le CRCD fait le bilan de son action », Le Pharillon, 4 août 2002, p A2; « Le CRCD investit 2,9 millions $, ibid., p. A3.
Couture, Alain. « Le tourisme gaspésien : une industrie d’avenir? » Gaspésie, vol. XXXV, no 1, été 2001, p. 24-27.
Gagnon, Sophie I. « Tourisme d’hiver : la Gaspésie nous donne carte blanche », Gaspésie, vol. XXXIV, no 3, p. 40-42.
Harrison, Kim. « Eco-tourism comes to the Gaspé coast with the extension of the Appalachian Trail ». SPEC, 12 may 2002, p. 10.
Leblanc, Anne-Julie. « Le Sentier international des Appalaches se poursuit au Québec », Trans-Gaspésien, no 34, 5 octobre 1997.
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