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Groupe RT international
Thème : Économie

De l’épicerie à l’usine : de Roger Tremblay au Groupe RT international

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, 13 août 2002


En 1949, à l’âge que de vingt-trois ans, Roger Tremblay achète une petite boucherie dans le village de Rivière-au-Renard. Il investit toutes ses économies, 1 900 $ gagnés chèrement dans les chantiers de Shelterbay (Port Cartier) comme forgeron. De boucherie, son petit commerce devient une épicerie puis, tranquillement, en 1952, une maison de distribution alimentaire sous régionale. En 1984, monsieur Tremblay cède ses actifs à un regroupement d’actionnaires qui continuent son œuvre. L’expansion de la compagnie sous la raison sociale Groupe RT s’étend presque aussitôt au-delà des frontières régionales et ses activités se diversifient en plusieurs champs. La compagnie mise maintenant sur les pêcheries, la distribution, le marché au détail, le transport et la recherche.
 
Le village de Rivière-au-Renard en 1949
 
Rivière-au-Renard est un gros village pour la Gaspésie. En 1949, il compte 2 750 personnes qui vivent de la pêche ou de la forêt. Mais il n’y a pas que la pêche à Rivière-au-Renard. Le secteur agro-alimentaire dans lequel se lance le jeune Tremblay y est bien représenté. Le village possède plusieurs commerces bien établis et au moins une entreprise de distribution dans l’agro-alimentaire (marchandises sèches), la Maison Brochet et Tremblay. La clientèle est sollicitée entre l’épicerie de la compagnie Robin, à un bout du village, et le magasin Hyman, situé à l’autre bout. Ces deux magasins appartiennent à des compagnies jersiaises. À l’opposé, la Coop regroupe des intérêts locaux. Et puis il existe plusieurs petits épiciers, quatre ou cinq dans tout le village. 
 
À côté de ces fournisseurs locaux, des unités de production alimentaire tirent leurs profits de la mise en valeur des richesses halieutiques. Le village de Rivière-au-Renard est, en ce domaine, à l’avant-plan de la recherche. Le Syndicat des Pêcheurs-Unis maintient une ligne de morue salée et séchée. Il profite pour ce faire d’un « séchoir à morue mécanique » inauguré en 1948. Grâce à des frigidaires, une nouveauté dans l’alimentation, il se préoccupe aussi de la mise en marché de produits nouveaux. Ses employés font dans les filets de morue frais ou congelés ainsi que dans les filets fumés. Une entreprise de Montréal, arrivée au village juste avant la Guerre de 1939-1945, Les Produits marins gaspésiens, expérimente depuis de nouveaux produits commerciaux. Ses chimistes ont mis au point une technique d’extraction de l’huile de foie de morue qu’elle entend substituer à la production norvégienne, dominante sur le marché canadien. Une mise en conserve des foies de morue constitue une autre des facettes de sa recherche. Ses employés ont aussi obtenu une farine alimentaire pour les animaux qu’ils produisent à partir de résidus de poisson. Les Produits Marins gaspésiens ont de plus essayé un autre moyen de mise en marché de la morue fraîche en la mettant en conserve.
 
La présence de ces producteurs alimentaires donne l’occasion à Roger Tremblay de tirer sa part de profits en emplissant ses camions de poissons ou de leurs dérivés lorsque ses chauffeurs montent chercher sa viande ou ses fruits et ses légumes à Montréal. Il évite de la sorte des voyages en blanc et finance les déplacements de sa flotte.
 
La Compagnie Roger Tremblay
 
Pour un jeune marchand comme Roger Tremblay, la situation économique du village est encourageante. Les progrès enregistrés dans les transports assurent la régularité des approvisionnements à de meilleurs coûts. Les nouvelles technologies implantées chez les Pêcheurs-Unis assurent une plus grande productivité et de meilleures perspectives d’emplois. Ces changements jouent autant en sa faveur qu’en celui de sa clientèle. L’assurance d’un travail, des salaires plus élevés, ajoutés à l’apparition des allocations familiales favorisent tout le monde. La population gaspésienne voit sa qualité de vie assurée et le marchand finance plus facilement ses opérations.
 
Au début de son commerce de viande, Roger Tremblay tient boutique lui-même puis son frère Henri l’assiste dans la gestion du commerce pendant qu’il suit une formation de boucher. Sa sœur Jeanne s’occupe de la caisse puis de l’administration au quotidien. Son Épouse, Claire Plourde, met la main à la pâte. Elle sert la clientèle au comptoir, décharge les marchandises à force de bras et conduit les camions au besoin. En plus, elle s’occupe de la famille, qui vient assez vite. En 1950, il ajoute à ses actifs un camion pour la livraison, puis un autre. Les employés occasionnels sont souvent des voisins immédiats. Puis d’occasionnels, ils deviennent permanents. En 1952, la Compagnie Tremblay élargit ses opérations au commerce des fruits et légumes pour pallier à des difficultés d’approvisionnement. Elle va chercher ses stocks à Cap-Chat et bientôt à Mont-Joli puis à Montréal. L’élargissement des opérations de la compagnie l’oblige à se doter à partir de 1963 d’un entrepôt, d’un frigidaire et d’un garage pour la réparation de la machinerie. Au début, Roger Tremblay fournit les épiceries de Rivière-au-Renard, puis celles du territoire en allant jusqu’à Grande-Vallée. En 1965, il étend sa clientèle vers Gaspé, Douglastown et Percé. L’entreprise familiale est devenue une affaire presque régionale qui emploie, dans les années 1970, jusqu’à vingt-sept personnes. 
 
Le Groupe RT
 
En 1984, Renaud Samuel, un fils de Rivière-au-Renard qui a grandi à côté de son entreprise, regroupe vingt-trois de ses employés autour d’une table et présente une offre d’achat à Roger Tremblay et à son frère Henri. L’offre est acceptée. Les nouveaux propriétaires décident de diversifier encore davantage les opérations. La compagnie mise d’abord sur les pêcheries en créant les Pêcheries Marinard, spécialisée dans la capture et la transformation de la crevette. Celles-ci produisent plus de dix millions de livres de crevettes par année et achète la production de vingt crevettiers pour son usine de Rivière-au-Renard. Elles assurent aussi la transformation du crabe des neiges à la Tabatière. Distribution alimentaire RT et Roger Tremblay Ltée s’occupent de la distribution alimentaire. Le marché au détail est assuré par plusieurs épiceries regroupées sous l’entité commerciale Marché Griffon. Un revue mensuelle, Le Gourmet, informe les clients des spéciaux offerts en magasin. Le groupe transport, qui compte désormais une quarantaine de véhicules, est connu sous la raison sociale Transport Roger-Tremblay RT. Enfin, le Groupte RT international assure la mise en marché à travers le monde de ses produits de la pêche commerciale.
 
En 1996, Les Pêcheries Marinard, par le biais de sa filiale Marinard Biotech, se lance dans la recherche pour produire à partir des résidus de crevettes de la chitine et de la chitosane, utilisées dans l’industrie pharmaceutique. Elle crée alors douze emplois et investit plus de 2,5 millions de dollars dans le projet. Dans la poursuite de son développement, elle ajoute à ses activités en l’an 2000 la mytiliculture (moules), la mariculture (truite mouchetée) et bientôt celle des huîtres. À la faveur de ces développements, Le Groupe RT a encore davantage étendu son champ d’action. Son territoire couvre désormais une bonne partie du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et le Nord-Est du Nouveau-Brunswick. Il s’étend jusqu’à la Tabatière sur la Basse-Côte-Nord et il procure du travail à plus de 800 personnes.
 
Finalement, comment, après cette rétrospective, ne pas être en accord avec l’épigraphe inscrite dans le programme du cinquantième anniversaire de la compagnie? Cette sentence résume on ne peut mieux à la fois l’histoire d’une entreprise et l’esprit qui anime ses directeurs et son personnel: « Né d’un besoin, le Groupe RT a évolué grâce à la vision des gens qui l’ont créé, de ceux qui y ont cru et de tous ceux qui continuent d’y croire. Il est agréable de récolter ce que d’autres ont semé, mais bien plus encore de semer afin d’en récolter le fruit et de préparer le terrain pour ceux qui viendront. »
 

Bibliographie :

Bélanger, Bernard. « L’aquaculture – Un secteur prometteur mais aussi semé d’embûches », Gaspésie, vol. 37, no 2, automne 2000, p. 38s.
Lemieux, Michèle. « Les Pêcheries Marinard fabriquent de la chitine/chitosane à partir de résidus de crevettes », Gaspésie, vol. 35, no 2, automne 1998, p. 37.
Mimeault, Mario, « L’année 1949 – C’était le bon temps pour se lancer en affaires ». Rivière-au-Renard, le 6 novembre 1999. Conférence. 16 p.
Québec, Rapport général du Ministre de la Chasse et des Pêcheries de la province de Québec concernant les activités du Département des Pêcheries pour l’exercice financier 1948 - 1951. Québec, Rédempti Paradis, 1949-51.
Riou Narcisse. Notice sur la paroisse de la Rivière-au-Renard - Causerie radiophonique. Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Fortin et Fils, 1949. 24 p.
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