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Les communications en Gaspésie
Thème : Société et institutions

Les communications en Gaspésie

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, 6 août 2002

Les moyens de communication de la Gaspésie demeurent pendant 400 ans intimement liées au transport maritime. Les routes et le chemin de fer apportent à la fin du XIXe siècle une liaison intrarégionale plus régulière et sur une plus longue durée de l’année. Par la suite, la presse écrite démocratise la circulation des idées bien que l’information demeure le privilège des gens instruits. Enfin, la radio et la télévision, avec en plus dans ce dernier cas le renfort de l’image, rejoignent chaque famille au cœur même des foyers.
 
Les communications maritimes
 
Les communications maritimes ont largement dominé depuis 400 ans les moyens de transport au Québec. La Gaspésie occupe dans ce contexte les premières loges. Presque chaque famille possède sa barque et les marchands leur goélette. Communiquer avec l’extérieur leur est facile. Le seigneur de Pabos, Jean-François Lefebvre de Bellefeuille, n’a pour écrire à son frère à Saint-Malo en 1750 qu’à expédier sa lettre par le premier bateau de pêche en partance pour la Bretagne. Quand l’homme d’affaires et député John Le Boutillier désire en 1860 rejoindre ses capitaines quelque part en Amérique du sud ou en Méditerranée, il leur envoie ses directives par l’un de ses deux ou trois bateaux qui prennent le large dans les jours qui viennent. Au début des années 1870 et jusqu’en 1940, si la femme d’un pêcheur veut aller chez sa fille en ville, elle prend dans les jours ou les semaines qui suivent le navire de ligne qui relie Montréal à Halifax. Bien sûr, la rapidité des communications, leur régularité et le confort n’y sont pas, mais les conditions qui prévalent pour la péninsule demeurent les mêmes que pour les autres régions. 
 
Les voies terrestres
 
En Gaspésie, le développement des liens routiers s’articule autour des établissements de pêche et il est difficile d’oublier que ces derniers appartiennent aux compagnies jersiaises. Quand le gouvernement du Canada-Uni décide d’améliorer le transport terrestre, les hommes politiques les mieux placés pour défendre les intérêts de la région sont plus souvent qu’autrement des représentants de ces firmes. Ainsi se marient intérêts privés et intérêts publics. Résultat, les premiers tronçons routiers à relier la Gaspésie à la province au milieu des années 1850 parviennent jusqu’à la seigneurie de Sainte-Anne-des-Monts, propriété de la John Le Boutillier and Company. L’autre segment de route que le gouvernement complète à la même date met les villages de Rivière-au-Renard, de L’Anse-au-Griffon et de Cap-des-Rosiers en lien direct avec la baie de Gaspé, là où, dans tous les cas, les firmes jersiaises possèdent des installations. Et puis la route Gaspé-Percé, dont la finalisation est entre les mains de Georges Le Boutillier, joint encore deux villages où les intérêts de la compagnie familiale sont concentrés. 
 
Au début du XXe siècle, le tourisme motorisé force la mise en place d’un système routier plus coûteux. Son prolongement parvient à Rimouski en 1920 et rejoint Matane en 1925. De là, le ministère de la Voirie entreprend la réfection des bouts de chemins locaux en allant vers l’est puis la Baie des Chaleurs et les relie ensuite pour ceinturer la péninsule. Ainsi naît en 1929 le Boulevard Perron, rebaptisé depuis la 132. Grâce à ce lien avec le monde, plus de 50 000 touristes visitent le village de Percé en 1939, marquant les débuts du traditionnel voyage de noces en Gaspésie. Après la deuxième guerre mondiale, le gouvernement de Maurice Duplessis investit 300 000 $ dans la construction de ponts, l’élargissement et le redressement du tracé routier ainsi qu’à son pavage sur 160 kilomètres. C’est encore essentiellement ce tracé, rénové depuis les années 1970, que les touristes empruntent en admirant le paysage.
 
Le chemin de fer gaspésien naît pour sa part des liens tissés entre l’entreprise privée et le gouvernement. En 1871, le député de Bonventure, Théodore Robitaille, membre d’une famille d’industriels du bois, forme la Compagnie de la Baie des Chaleurs, laquelle se donne comme mandat de joindre Matapédia à Paspébiac. Les membres du conseil d’administration sont pour la plupart des marchands locaux et des hommes d’affaires au nombre desquels se trouvent deux de ses frères. Le projet avorte en raison de changements politiques à Ottawa, mais il est relancé en 1882 par le beau-frère des Robitaille, Joseph Riopel. Un manque de fonds, des manifestations ouvrières et des poursuites judiciaires paralysent la reprise des travaux. Ces derniers recommencent en 1891 grâce à l’appui du député provincial de Bonaventure, Honoré Mercier, et le chemin de fer arrive finalement à son but initial, Paspébiac, en 1902. Des investisseurs montréalais et torontois intéressés dans l’exploration pétrolière à Gaspé créent alors l’Atlantic Quebec and Western Railway pour assurer le prolongement de la ligne jusqu’à l’extrémité de la péninsule, où elle arrive finalement en 1911.
 
La presse écrite
 
La navigation, les routes et les chemins de fer assurent la circulation des biens et des personnes, mais celle des idées est davantage servie par la presse écrite et électronique. Les premiers journaux distribués en Gaspésie viennent de l’extérieur. L’Écho du Golfe, imprimé à Rimouski à partir de 1885, fait la promotion de l’agriculture en région alors que le Québec Mercury, le Montreal Weekley et le Chronicle, Commercial and Shipping Gazette de Montréal rejoignent essentiellement les hommes d’affaires anglophones. Le Soleil, qui annonce fièrement en 1900 posséder 1 500 abonnés dans le comté de Gaspé, a pour sa part l’écoute de l’élite canadienne-française. 
 
Le premier journal imprimé en Gaspésie est The Gaspé Gazette, fondé en 1848 et distribué au Québec et dans les Maritimes. Suivent dans les années 1900, parmi plusieurs hebdos issus du monde des affaires Le Cri de l’Est de Matane en 1911, Le Gaspésien en 1930, La Voix de Matane en 1945, Le Journal de Gaspé-Nord en 1967, The SPEC en 1975. Le clergé diocésain fonde aussi ses organes de presse, La Voix de Gaspé en 1928, Ma Gaspésie en 1952, La Voix Gaspésienne en 1955, Gaspésie en 1959, etc… Ces imprimés ont en commun de faire une large place à l’actualité régionale, mais, malheureusement aussi, une longévité aussi variable que limitée. Les plus récents hebdos gaspésiens, Le Pharillon, Le Chaleur et Le Havre, sont lancés dans les années 1970 par la famille Bellavance de Rimouski. Passés depuis sous la houlette de Québecor, ils font davantage place à la publicité.
 
La presse électronique
 
La presse électronique est présente sous toutes ses formes en Gaspésie. Elle débute par de petites radios locales, CHNC New-Carlisle (1933) et CKBL Matane (1948). La télévision régionale suit à peine de cinq ans la télévision d’État avec CKBL-TV Matane et CHAU-TV Carleton, en 1957 et 1959. Les moyens techniques ne sont pas les mêmes que ceux de Radio-Canada et la couleur tarde à venir dans les foyers. Qu’importe. La presse électronique parle de la région, c’est ce qui compte. Aujourd’hui, et depuis 1972, Radio-Canada est propriétaire de la station CBGA Matane, radio et télévision. Il ne reste cependant plus, dans son cas, que la radio de Radio-Canada. Pour sa part, CHAU-TV est passée aux mains du réseau T.V.A. et diffuse seulement dans la Baie des Chaleurs. Des radios communautaires ont pris le relais des grandes chaînes radiophoniques à Matane, Sainte-Anne-des-Monts, Gaspé et Carleton entre 1975 et 1980 et ceinturent aujourd’hui la péninsule par leur réseau d’émissions.
 
Comme il appert, le développement des communications en Gaspésie dépend très largement des intérêts privés, mais il présente une incidence importante au plan de la collectivité. Plus les navires joignent ses ports d’attache, plus la toile routière se ramifie, plus le chemin de fer avance vers l’est, plus les journaux se créent une clientèle et plus la presse électronique rejoint les Gaspésiens dans leur foyer, plus se développent une conscience collective et un sentiment d’appartenance régionale qui n’existaient pas au début.


Bibliographie :

Desjardins, Marc, Yves Frenette et Jules Bélanger. Histoire de la Gaspésie. (Montréal), Boréal Express/I.Q.R.C., (1999). 797 p., cartes, ill.
Loiselle, Alphonse. La Gaspésie d'aujourd'hui (La Bretagne canadienne). Montréal, Auteur, 1948. 116 p., ill.,
Roy, Jean-Louis. Les communications en Gaspésie. D'hier à demain. (Gaspé), Musée de la Gaspésie, (1984). 44 p., ill. (Cahiers Gaspésie culturelle, 1).
Roy, Jean-Louis. « Le transport maritime sur la côte de Gaspé au XIXe siècle », Gaspésie, vol. XXVI, no 3, septembre 1988, p. 9-20; vol. XXVI, no 4, décembre 1998, p. 18-30, vol. XXVII, no 1, mars 1999, p. 22-28.
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