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Le Parc de la Gaspésie
Thème : Territoire et ressources

Le Parc de la Gaspésie

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, l2 juillet 2002


Le Parc de la Gaspésie est une aire immense située en plein centre de la péninsule gaspésienne. Fondé en 1937, il répondait aux souhaits de la majorité des naturalistes, hommes de science et géographes qui en avaient fait l’exploration au cours des cent dernières années. Aujourd’hui, le visiteur y a accès par Cap-Chat, Sainte-Anne-des-Monts et Murdochville. Une route le traverse du nord au sud depuis Sainte-Anne-des-Monts jusqu’à New-Richmond, dans la Baie des Chaleurs. Bientôt, un autre chemin permettra de s’y rendre par Mont-Saint-Pierre. Dans tous les cas, le visiteur peut s’y livrer à une multitude d’activités en lien direct avec la nature : observation des animaux, escalade, camping, randonnée pédestre, ski alpin, etc. 
 
Description physique
 
Le Parc de la Gaspésie couvre l’arrière-pays de Saint-Anne-des-Monts et s’étend d’ouest en est depuis le mont Logan jusqu’au mont Jacques-Cartier, et même au-delà. Il totalise 802 kilomètres carrés de verdure, de forêt, de lacs et de montagnes. Il compte dans ses limites une bonne partie des monts Chic-Chocs et McGerrigle. Plusieurs de ces montagnes atteignent et dépassent les 1 000 mètres d’altitude: le mont Jacques-Cartier est le plus élevé avec ses 1 268 mètres, suivi du mont Albert avec 1 154 mètres. Le nom attribué à plusieurs des montagnes du parc rappelle ceux des scientifiques qui ont pris la défense du milieu : Logan, McGerrigle, Bayfield, Richardson. Ces montagnes sont parmi les plus vieilles du Québec. Elles ont plus de 350 millions d’années et remontent à une époque appelée Dévonien. Elles sont soit formées de roches sédimentaires issues d’une époque où cette partie de la croûte terrestre n’était rien d’autre que le fond d’une mer immense, soit de masses volcaniques. En basse altitude, une forêt de type boréal abrite une forte concentration d’orignaux tandis qu’en haute altitude, en milieu arctique-alpin, règnent quelques centaines de caribous. 
 
Les débuts du Parc de la Gaspésie
 
Les débuts du Parc de la Gaspésie remontent à 1937. Sa constitution, longtemps souhaitée, prend alors un nouvel élan en raison du travail conjoint d’hommes politiques gaspésiens membres du gouvernement de Maurice Duplessis. Le promoteur du projet s’appelle Alphonse Pelletier, homme d’affaires de Sainte-Anne-des-Monts et député du comté de Gaspé-Nord. Le troisième homme s’appelle Camille Pouliot, député du comté de Gaspé-sud. Tous deux profitent de l’appui du député de Matane, Onésime Gagnon, de surcroît ministre des Finances. 
 
La province de Québec est sortie de la crise de 1929 et le gouvernement de Duplessis en est, en 1937, à la première année de son premier mandat. Les politiciens veulent, d’une part, protéger l’environnement, en particulier les saumons des rivières qui ont connu une surpêche, et, d’autre part, un troupeau de caribous que les chasseurs ont largement décimé depuis 1900. En même temps, les objectifs déclarés sont de créer de l’emploi dans un milieu où il est difficile d’implanter des industries. Au début, il n’est pas question de céder des droits sur le milieu naturel, par exemple des droits de prospection dans le parc, mais il en sera consentis pendant la deuxième guerre mondiale pour appuyer la contribution militaire canadienne et cela malgré l’opposition marquée du député de Matane. La vision des choses diffère cependant pour la forêt, le premier directeur du parc étant d’accord pour exploiter les arbres de plus de cinquante ans afin d’éviter les feux de forêt. 
 
Les aménagements de départ
 
Le gouvernement veut, par ailleurs, apporter du travail aux Gaspésiens, ce que les aménagements du parc permettent de faire dès le début. Les premiers mois d’exploitation sont consacrés au déboisement des secteurs est de la rivière Sainte-Anne et à construire des infrastructures d’accueil, comme des camps et des maisons pour les forestiers chargés de la surveillance des lieux. La construction du Gîte du Mont-Albert débute à l’été 1938 et plus de quarante kilomètres de routes sont tracés pour ouvrir le territoire aux travailleurs. En 1939, année où la deuxième guerre mondiale éclate, le gouvernement fait quand même compléter les installations hôtelières. Une centaine de Gaspésiens trouvent alors du travail.
 
La guerre interrompt cependant les travaux, mais ils reprennent aussitôt celle-ci terminée et le retour au pouvoir du gouvernement de Maurice Duplessis. Un des protagonistes de cette reprise est le docteur Charles-Eugène Pouliot, ministre de la Chasse et de la Pêche. Le principal atout du parc devient la transgaspésienne que l’on trace du nord au sud entre Sainte-Anne-des-Monts et New-Richmond. Les travailleurs assurent en outre l’achèvement des infrastructures d’accueil et de randonnées. Ils voient à faciliter l’accès aux lacs du parc et construisent un camp au sommet du Mont-Albert pour prolonger le séjour des randonneurs.
 
Une vocation d’accueil
 
La construction du Gîte du Mont-Albert reprend à l’été 1946 et, quatre ans plus tard, l’hôtellerie est prête à recevoir ses premiers visiteurs. Déjà, des activités d’accueil avaient été organisées. Dès 1946, le Parc de la Gaspésie est l’hôte de la Chambre de Commerce senior de la Gaspésie. L’année suivante, c’est au tour des membres de la Société botanique d’Amérique qui choisissent de faire l’ascension du Mont-Albert, un haut lieu, dans tous les sens du mot, de la faune et de la flore québécoises de type arctique. La construction en 1955 d’un camping près du Gîte du Mont-Albert ouvre le parc à une toute nouvelle clientèle, le tourisme qui se déplace en automobile. S’il est exact que l’ouverture de l’hôtellerie du Mont-Albert est passée inaperçue en raison d’événements plus frappants pour l’imagination, comme l’incendie des villes de Rimouski et de Cabano, elle s’est cependant reprise de belle manière depuis, particulièrement par l’ouverture de cours d’hôtellerie dispensés depuis 1955 et une table qui gagne en renommée d’année en année grâce au travail de son personnel cuisinier.
 
Une vocation renouvelée
 
En 1981, le gouvernement de la province de Québec fait du Parc national de la Gaspésie, nouvellement rebaptisé ainsi, un endroit voué à la conservation du milieu naturel. « La mission première du parc national de la Gaspésie, peuvent écrire ses responsables, est de protéger un échantillon représentatif de la région naturelle du massif gaspésien et les éléments exceptionnels qu’on y retrouve. Le troupeau de caribous de la Gaspésie, les écosystèmes forestiers exceptionnels, la flore arctique-alpine et les espèces de plantes menacées sont autant d’éléments fragiles qui justifient les mesures de protection mises en place. » En 1987, le Parc de la Gaspésie passe aux mains de la Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ) qui rénove et agrandit le Gîte. 
 
Le Parc de la Gaspésie attire actuellement 150 000 visiteurs par années, ce qui représente des retombées économiques évaluées à quatre millions de dollars et 160 emplois directs. L’accès à ses installations n’est plus gratuit, mais les argents ainsi recueillis sont réinvestis dans l’amélioration des services et des infrastructures. Par contre, des investissements majeurs injectés conjointement par différents ministères du gouvernement veulent en faire désormais une destination quatre-saisons. Réfection des routes d’accès, l’agrandissement et la rénovation du Centre d’interprétation du Parc, un réseau de sentiers couvrant plus de 100 kilomètres de chemin à parcourir, incluant la portion du Sentier international des Appalaches, marquent une ère nouvelle ouverte au tourisme de plein air et d’aventure.
 
 
Bibliographie :

Boulanger, François. « Le parc de la Gaspésie – 50 ans d’histoire », Gaspésie, vol. XX, no 3 septembre 1987, p. 18-21.
Fournier, Nelson et André Beaulieu. « Le caribou de la Gaspésie – Notre patrimoine naturel », Gaspésie, vol. XXXVI, no 3, hiver 2000, p. 15-18.
Saint-Laurent, Augustin, « Le gîte du Mont-Albert a 50 ans », Gaspésie, vol. XXXVII, no 1, printemps 2000, p. 3-11; vol. XXXVII, no 2, automne 2000, p. 40-41.
SÉPAQ, En coulisses – Parc national de la Gaspésie – Journal Chic-Chocs, tournée 2002-2003. 20 p.
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