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La Compagnie Câbles Reynolds
Thème : Économie

La Compagnie Câbles Reynolds à La Malbaie (1964-1992). Un projet de développement régional

Serge Gauthier. Historien et ethnologue. Président de la Société d’histoire de Charlevoix. Notre-Dame-Des-Monts, 4 octobre 2002

 

C’est le 18 décembre 1963 que la société des Câbles Reynolds Limitée choisit de s’établir dans le parc industriel de Clermont-Rivière-Malbaie. Cette décision découle de l’implication du milieu derrière le projet mais aussi de la politique de décentralisation menée par le gouvernement québécois de l’époque dirigé par le premier ministre libéral Jean Lesage. Le ministre des Richesses Naturelles de l’époque, René Levesque a joué un rôle majeur et ses initiatives répétées ont favorisé l’installation de Câbles Reynolds dans la région de Charlevoix. 
 
L’annonce de la venue de Câbles Reynolds fait l’objet d’un dévoilement le 19 décembre 1963 où René Levesque est tout naturellement présent. Le journal Le Confident de la rive nord relate cette inauguration dans son édition du 8 janvier 1964 : 
 
« Le 19 décembre dernier vers 3h45, sur le site où sera érigée la nouvelle usine de barres d’aluminium de Reynolds Extrusion Sales Co. Ltd à Rivière-Malbaie... nous apercevons l’honorable René Levesque , ministre des Richesses Naturelles de la province de Québec procédant à la première pelletée de terre marquant l’inauguration des travaux de construction de la nouvelle usine de 2 000 000 $...Des centaines de spectateurs venus de toute part du comté de Charlevoix ont grandement apprécié ce geste qui représente pour eux une plus grande aisance dans l’avenir, alors que cette usine créera de nombreux emplois à l’usine même et indirectement dans divers autres secteurs de l’économie de la région, particulièrement dans le transport, le commerce, la construction domiciliaire et chez l’industrie secondaire de la région. »
 
Ce sont des sous-contracteurs engagés par la Firme Fondation Construction de Montréal qui effectuent les travaux de construction de l’usine. Les travaux se déroulent très rapidement et dès l’année 1964 la production de barres d’aluminium peut commencer à l’aluminerie de la Cie Reynolds à Rivière-Malbaie. À ce moment, l’utilisation commerciale et industrielle de l’aluminium est remplie de promesses d’avenir. Toutefois, avec le temps, ce marché tend cependant à diminuer même si l’aluminium occupe encore aujourd’hui une place privilégiée dans les secteurs de la construction, du transport, de la machinerie, de l’équipement, des biens de consommation. Cette évolution rend souvent incertaine l’existence de l’usine de la Cie Câbles Reynolds à La Malbaie au cours de ses opérations qui s’étendent de 1964 à 1999. À son apogée en 1970, cette usine emploie tout au plus 80 personnes. Dans les années 1980, en période de récession économique, la Reynolds ne conserve souvent qu’une trentaine d’employés et parfois moins à son service. C’est un projet qui tient donc peut-être plus d’un intérêt politique que d’un véritable positionnement adéquat de la région dans cette industrie.
 
L’usine de Rivière-Malbaie concentre ses activités dans la transformation de la tige d’aluminium. Les câbles qui y sont produits servent comme ligne de transmission. Cette production de câbles à l’usine de Rivière-Malbaie représente dans les meilleures périodes jusqu’à 9 % de la production de Câbles de la Cie Reynolds en Amérique du Nord. Ce marché des lignes de transmissions électriques connaît une large expansion alors que les projets de dévelopement d’Hydro-Québec des années 1960 et 1970 sont nombreux mais le déclin de cette activité oblige Reynolds à vendre bientôt la majorité de ses produits à l’extérieur du pays.
 
En fait, l’usine Reynolds de La Malbaie issue d’une volonté politique tend à décroître à mesure que les projets de développement économique du Gouvernement québécois dans le sillage de la Révolution tranquille s’amenuisent. La période 1980-1990 est particulièrement pénible. La rumeur publique annonce souvent la fermeture définitive de l’usine de Rivière-Malbaie. Toutefois, en 1992, la Cie Câbles Reynolds vend cette usine à la Compagnie Phillips Câble qui devient la propriété de la compagnie anglaise BICC Câbles. En 1999, BICC Câbles vend à la compagnie américaine General Câbles. Cette entreprise emploie environ 85 personnes en 2002 toujours affectées à la production de câbles d’aluminium mais aussi à celle de câbles servant pour l’isolation souterraine vendus surtout en Saskatchewan et aux États-Unis.
 
La production de l’usine charlevoisienne ne semble pas devoir connaître une croissance majeure dans l’avenir. Il est peu probable que l’usine de Général Câble désormais située désormais dans la municipalité regroupée de La Malbaie depuis 1999 connaisse un développement important au cours des prochaines années. Cette usine, une des seules à être actives dans Charlevoix avec celle de l’Abitibi-Consalidated de Clermont reste donc loin des promesses des années 1960 n’assurant à la région qu’un apport économique somme plus réduit que prévu mais très appréciable dans le milieu charlevoisien qui, tout au long de son histoire, ne s’est presque jamais industrialisé.


Bibliographie :

Brassard, Martin. « Reynolds, une compagnie présente dans Charlevoix depuis 25 ans », Charlevoix, 9 décembre 1989, p. 21-22.
Perron, Normand et Serge Gauthier. Histoire de Charlevoix. Québec, PUL-IQRC, 2000. p. 288.
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