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Les quais
Thème : Économie

Les quais dans Charlevoix. Un instrument de développement

Christian Harvey. Historien. Société d’histoire de Charlevoix. La Malbaie, 4 octobre 2002

 

L’arrivée des « bateaux blancs » de la Richelieu & Navigation Company - devenue en 1913 la Canada Steamship Lines - au quai de Pointe-au-Pic s’impose comme un moment fort de la vie sociale charlevoisienne. De riches estivants venus de Toronto, de New York et de Montréal sont attendus par des charretiers qui se chargent par la suite de les mener vers leur résidence d’été ou les auberges de Pointe-au-Pic. La population locale est présente venue admirer le faste et la toilette parfois singulière des villégiatrices. La construction d’un quai dans cette partie de la seigneurie de Murray Bay a sans conteste contribué au développement de la villégiature dans ce secteur. D’autres localités de Charlevoix obtiennent à la même époque un quai facilitant le transport maritime. Des problèmes majeurs se posent toutefois au moment d’ériger un quai dans la baie de Baie-Saint-Paul. 
 
Au milieu du XIXe siècle, l’amélioration des communications fluviales devient une préoccupation majeure du gouvernement du Canada-Uni. Le développement économique passe alors, selon eux, par la construction de quais sur les rives du Saint-Laurent. La région de Charlevoix ne compte pas alors de véritables infrastructures nécessaires à l’accueillent des bateaux à fort tonnage tels les bateaux à vapeur. Les goélettes doivent s’échouer à marée basse sur les rives de la région afin de transborder marchandises et voyageurs pour enfin repartir à marée haute. Le gouvernement du Canada-Uni opte dans un premier temps pour la construction de deux quais dans les principaux chef-lieu de la région : La Malbaie et Baie-Saint-Paul. 
 
Dès 1847, un rapport étudie les différentes possibilités de localisation pour un quai dans le secteur de La Malbaie. Pointe-au-Pic est retenue car l’eau y est profonde et les conditions de navigations y sont satisfaisantes. Les « bateaux blancs » de la Richelieu & Ontario peuvent y accoster dès 1853. La construction d’un quai devant desservir les environs de Baie-Saint-Paul pose de nombreux problèmes. La baie de la Baie-Saint-Paul est balayée par de forts vents et, surtout, un phénomène d’envasement, ce qui rend le projet trop onéreux. Le site de la grande des Éboulements, dans le secteur de Saint-Joseph-de-la-Rive, est alors retenu et un quai est construit à cet endroit vers 1854. Les habitants de Baie-Saint-Paul ne sont guère heureux de ce choix. 
 
La construction d’un quai devient rapidement un enjeu électoral important. Différentes pétitions circulent alors afin d’ériger un quai dans tel ou tel localité, condition sine qua non, selon les élus municipaux et les citoyens, à l’écoulements des produits agricoles et forestiers. Dans les années 1850, les habitants de Baie-Saint-Paul, de Saint-Irénée et de l’île aux Coudres font parvenir des requêtes à cet effet. Les demandes portent fruits. Des quais sont finalement érigés à Saint-Irénée, à l’île aux Coudres et à Cap-à-l’Aigle. Des municipalités comme Petite-Rivière-Saint-François et même Saint-Fidèle doivent toutefois attendre la fin du siècle avant de compter sur une infrastructure portuaire. 
 
En 1874, un « quai » est enfin construit à Baie-Saint-Paul. Il s’agit d’une jetée connue sous le nom de « la cage » où les bateaux peuvent laisser marchandises et voyageurs qui sont par la suite transportés vers la terre ferme. Ce quai ne fait toujours pas l’affaire des résidents de Baie-Saint-Paul. On croit alors que l’on veut délibérément empêcher les bateaux blancs de la Richelieu & Ontario d’accoster à Baie-Saint-Paul et, du même coup, de développer la localité comme un véritable site de villégiature. 
 
Néanmoins, les difficultés avec le quai favorisent le développement à Baie-Saint-Paul d’une activité artistique importante. En effet, les peintres se rendant sur le boulevard des Falaises à Pointe-au-Pic se détournent rapidement de ce secteur afin de retrouver la nature intouchée et cadre villageois de la région. En 1885, William Brymner est l’un des premiers à se rendre à Baie-Saint-Paul. Suivront, les Clarence Gagnon, le Groupe des Sept, les René Richard, les Jean-Paul Lemieux. Baie-Saint-Paul y trouve finalement son compte. 


Bibliographie :

Normand Perron et Serge Gauthier. Histoire de Charlevoix. Québec, Presses de l’Université Laval, 2000. 387 p. 
 
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