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La Poulette Grise Inc. 
Thème : Économie

Une industrie régionale. La Poulette Grise Inc. 

Christian Harvey. Historien. Société d’histoire de Charlevoix. La Malbaie, 16 août 2002

 

« C’est la poulette grise qui a pondu dans l’église... ». La Poulette grise : une chanson folklorique héritée de l’ancienne France recueillie dans Charlevoix notamment par l’ethnologue Marius Barbeau. C’est d’ailleurs l’écrivain Félix-Antoine Savard, un proche du chercheur, qui propose ce nom à une entreprise d’élevage de la région. Débutée en 1937 par Louis-Philippe Dufour, l’industrie charlevoisienne La Poulette Grise, produisant de la volaille et des œufs, prend une place importante sur le marché régional, puis national. Vendue en 1990 à la Coopérative Dorchester, l’entreprise doit fermer ses portes en 1997 devant la concurrence accrue.
 
Les activités de l’entreprise débutent modestement. En 1937, le fondateur de l’industrie, Louis-Philippe Dufour, élève 35 poules dans un minuscule poulailler situé à Rivière-Malbaie. L’entreprise se concentre à cette époque sur la production d’œufs et également l’abattage de volailles. Ce dernier produit devient à la fin des années 1940 un met populaire aux États-Unis et par la suite au Québec. L’entreprise se positionne alors comme un joueur important sur le marché régional. Louis-Philippe Dufour, en plus d’assumer la direction de l’entreprise, occupe également la fonction de protonotaire du district judiciaire de Saguenay de 1926 à 1945. Il quitte alors sa fonction afin d’accorder tout son temps au développement de la Poulette Grise. Ses fils Julien, Henri-Paul et Jean viennent l’appuyer par la suite maintenant le caractère familial de l’entreprise. 
 
Dans les années 1950, la Poulette Grise s’ouvre au marché de la Côte-Nord, puis le Lac-Saint-Jean, le Saguenay, Québec et Montréal. L’entreprise installe alors une usine d’aliments pour animaux, emménage un nouveau couvoir et construit une usine d’abattage. Dans les années 1960, La Poulette Grise et ses filiales sont des joueurs importants. En 1967, l’intégration avicole peut produire au-delà de 15 000 000 livres de chair et de volailles et 12 000 d’œufs par année. Au centre du groupe, la compagnie-mère où les opérations industrielles s’effectuent, se retrouve la Ferme de la Poulette Grise Inc. comprenant : une usine d’abattage située à La Malbaie où 2 000 oiseaux circulent par heure, une meunerie pour la production de la moulée pour les animaux, un poste de mirage et de classification des œufs et un réseau d’élevage chez les cultivateurs de la région. L’entreprise comprend deux filiales. La Poulette Blanche Inc., située à rivière Malbaie, s’oriente uniquement vers l’élevage de volailles et possède une capacité de production de 5 000 000 livres par année. La compagnie Couvoir Dufo Inc., créée en 1967, voit à la production de poussins dans le secteur de Cap-à-l’Aigle. 
 
L’entreprise est d’une importance certaine dans l’économie locale de Charlevoix, tout spécialement sur le plan de l’emploi. La Poulette Grise et ses filiales emploient ainsi en 1967 près de 100 personnes et assure un revenu à une trentaine de cultivateurs vendant leur production. Dans les années 1990, 250 employés travaillent à la Poulette Grise Inc. Une réussite régionale importante. 
 
En 1990, la famille Dufour vend La Poulette Grise à la Coopérative Dorchester, devenue par la suite Exceldor. L’heure est à celle du regroupement des producteurs. La Poulette Grise fournit toujours le marché régional en volailles et, sur le plan national, notamment les rôtisseries Saint-Hubert. Toutefois, le secteur agro-industriel est alors un marché hautement concurrentiel, la pointe la plus avancée de la mondialisation. Les usines d’abattage plus petites, comme celle de La Malbaie, deviennent moins rentables. En janvier 1997, l’usine de La Malbaie ferme ses portes laissant plus de 140 personnes sans travail. Toutefois, mince consolation, la Poulette Blanche Inc. et le Couvoir Dufo Inc. maintiennent leurs activités. Une page de l’histoire de Charlevoix disparaît. 


Bibliographie :

 « La Ferme de la Poulette Grise Inc. », Le Confident, 18 octobre 1967, p. 13. 
 
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