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La chapelle du Sacré-Cœur
Thème : Société et institutions

La chapelle du Sacré-Cœur des Petites Franciscaines de Marie à Baie-Saint-Paul

Serge Gauthier. Historien et ethnologue. Président de la Société d’histoire de Charlevoix. Notre-Dame-des-Monts, 1er octobre 2002


La Maison mère de la communauté religieuse des Petites Franciscaines de Marie à Baie-Saint-Paul est un bâtiment fort impressionnant. Il n’est toutefois pas très connu car l’accès en est limité aux membres de la communauté et à des visiteurs occasionnels accueillis par les religieuses. Ces derniers ont le privilège unique de découvrir la belle chapelle du Sacré-Cœur intégrée au bâtiment de la Maison-mère des Petites Franciscaines de Marie.
 
C’est l’abbé Ambroise-Marial Fafard, alors curé de Baie-Saint-Paul et aussi fondateur de la communauté des Petites Franciscaines de Marie, qui a l’idée de construire cette chapelle. Toutefois, à sa mort survenue le 12 août 1899, le projet est à peine élaboré. Il se réalise grâce aux efforts de la supérieure de la communauté Mère Marie-Anne-de-Jésus et avec l’appui des gens de Baie-Saint-Paul qui soutiennent généreusement le projet.
 
Les travaux débutent le 2 juillet 1900 et ne se terminent qu’en 1904. L’emplacement choisi pour la chapelle est à proximité de l’hospice Sainte-Anne dirigé par les religieuses, tel que l’a souhaité l’abbé Ambroise-Martial Fafard. La chapelle est construite d’après les plans de l’architecte Eugène Talbot de Québec et elle est intégrée à l’ensemble de l’architecture de la Maison-mère. Le plan de l’architecte divise la chapelle en quatre parties. Il y a une tribune arrière, une section de la nef séparée par une balustrade de la partie avant et un chœur en hémicycle. La chapelle est en plâtre blanc accompagné d’une discrète dorure.
 
La nef de la chapelle connaît peu de changements jusqu’à nos jours si ce n’est un léger ajustement aux nouvelles normes liturgiques de Vatican II dans les années 1960. La voûte sous la forme hémisphérique se décore de moulure. La chapelle possède un très beau maître-autel. Il repose sur un tombeau encadré de quatre pilastres terminés par des volutes. Deux statues, une de Sainte- Claire et une autre de Saint François d’Assise, ornent la chapelle. Huit peintures produites entre 1932 et 1939 et qui sont l’œuvre d’une religieuse se retrouvent aussi dans la chapelle. Ces œuvres d’art comprennent notamment une représentation des quatre évangélistes, la stigmatisation de François d’Assise, une présentation de l’Enfant Jésus par la Vierge à Saint Antoine, une Annonciation, la mort de Saint Joseph. Réalisées par Laura Pageau, connue sous le nom de Sœur Marie-Odoric-de-Jésus dans sa communauté, ces toiles prennent un ton très moderne car cette religieuse a fréquenté l’École des Beaux-Arts avant de se joindre à la communauté des Petites Franciscaines de Marie.
 
Toutefois, l’attrait le plus étonnant de la chapelle reste encore son éclairage. Sœur Michelle Garceau, historienne de la communauté, décrit dans son livre Par ce signe, tu vivras le caractère surprenant pour l’époque de cet éclairage : « Par une heureuse idée de son génie pratique, le curé Ambroise Fafard, en société avec un ami, avait exploité une source d’énergie électrique, ce qui permettait à ses légataires d’utiliser, sans trop de parcimonie, le précieux courant... La sereine majesté de l’architecture subit une sorte de transfiguration sous les feux de l’éclairage. Onze cent cinquante petites ampoules électriques illuminent la voûte; disposées en deux rangées sur les arcs doubleaux et fixées entre les mordillons de la corniche, elles brillent d’un éclat à la fois éblouissant et doux, diadème de flamme qui avive et couronne le recueillement du lieu saint. »
 
Discrète œuvre d’art magnifiquement conservée par les membres de la Communauté des religieuses Petite Franciscaines de Marie, la chapelle du Sacré-Cœur de Baie-Saint-Paul est un des plus remarquables trésors patrimoniaux de la région. Il témoigne de l’histoire des Petites Franciscaines de Marie établies à Baie-Saint-Paul depuis 1889 mais aussi de leur enracinement dans un milieu qui les a accueilli depuis plus cent ans.


Bibliographie :

Garceau, Michelle. Par ce signe tu vivras. Baie-Saint-Paul, Petites Franciscaines de Marie, 1956. 53 p.
Hudon, André et al. La chapelle du Sacré-Cœur. Maison-mère des Petites Franciscaines de Marie. Baie-Saint-Paul, Petites franciscaines de Marie, 1989. 26 p.
 
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